Climat : l’ONU adopte une résolution historique malgré l’opposition des États-Unis

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté mercredi une résolution historique consolidant les obligations légales des États en matière de climat, malgré l’opposition des États-Unis et des principales puissances pétrolières. Ce texte entérine l’avis de la Cour internationale de justice qualifiant d’« illicite » tout manquement aux engagements climatiques.

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Climat : l'ONU adopte une résolution historique malgré l'opposition des États-Unis
Climat : l’ONU adopte une résolution historique malgré l’opposition des États-Unis © L'EnerGeek

Climat : l’ONU adopte une résolution historique malgré l’opposition des États-Unis

L’Assemblée générale des Nations unies a franchi, mercredi 20 mai, un cap décisif en adoptant une résolution qui consolide les obligations légales des États en matière de climat. Portée par le petit archipel du Vanuatu, elle entérine l’avis consultatif historique rendu par la Cour internationale de justice (CIJ) en juillet 2025 — lequel qualifiait d’« illicite » tout manquement des gouvernements à leurs engagements climatiques. Cette victoire diplomatique s’est néanmoins achetée au prix de concessions substantielles, arrachées sous la pression des principales puissances émettrices de gaz à effet de serre.

Le scrutin s’est soldé par un soutien massif : 141 voix favorables contre seulement 8 oppositions et 28 abstentions. Parmi les nations ayant voté contre figurent les États-Unis, la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite et Israël — autant de pays qui comptent parmi les plus grands producteurs d’hydrocarbures ou les premiers émetteurs historiques de carbone atmosphérique. Selon Le Monde, l’adoption de ce texte marque un tournant dans la manière dont le droit international appréhende la responsabilité climatique des États.

Une mobilisation diplomatique sans précédent des îles du Pacifique

Cette résolution est l’aboutissement d’une longue bataille juridique et diplomatique conduite avec acharnement par les États insulaires du Pacifique, véritables sentinelles de la montée des eaux. Odo Tevi, ambassadeur du Vanuatu auprès de l’ONU, a rappelé, avant le vote, que « les dommages sont réels et déjà présents pour les îles et les zones côtières en basse altitude, pour les communautés confrontées à la sécheresse et aux mauvaises récoltes ». Ces mots résonnent avec une acuité particulière dans un contexte où certains territoires insulaires voient leur existence même menacée par les effets du réchauffement planétaire.

L’initiative trouve ses racines dans une démarche aussi originale qu’audacieuse : en 2024, sous l’impulsion du Vanuatu, l’Assemblée générale avait sollicité un avis consultatif de la CIJ sur la responsabilité juridique des États en matière de protection du climat. L’opinion rendue par la plus haute juridiction internationale a largement dépassé les attentes des défenseurs de l’environnement, établissant clairement qu’un État manquant à ses obligations climatiques commet un acte contraire au droit international et s’expose à d’éventuelles « réparations » envers les pays affectés. Comme le souligne The Guardian, ce vote constitue une reconnaissance sans précédent de la portée contraignante des engagements climatiques au regard du droit international.

Un texte édulcoré sous la pression des producteurs d’hydrocarbures

Le chemin vers l’adoption n’a pas été sans heurts. Les négociations ont été marquées par de multiples révisions destinées à apaiser les opposants les plus déterminés. L’idée phare d’un « registre international des dommages » — conçu pour centraliser les preuves des préjudices attribuables au climat — a ainsi été purement et simplement supprimée après avoir suscité une levée de boucliers parmi les grands émetteurs. Le Figaro rappelle que cette concession a été le prix à payer pour obtenir une majorité suffisamment large.

Cette concession majeure illustre la réticence persistante des grandes puissances industrielles à accepter tout mécanisme susceptible de les contraindre à verser des compensations financières aux victimes du dérèglement climatique. La résolution conserve toutefois une référence explicite à la possibilité pour un État en violation de ses obligations d’être tenu d’octroyer « une réparation intégrale aux États lésés », conformément à l’interprétation de la CIJ.

L’opposition farouche de l’administration Trump

L’hostilité américaine s’est exprimée avec une virulence particulière. Tammy Bruce, ambassadrice adjointe des États-Unis auprès de l’ONU, a dénoncé une résolution « très problématique » incluant « des exigences politiques inappropriées liées aux énergies fossiles ». Cette posture s’inscrit dans le prolongement direct de la politique énergétique de Donald Trump, qui a, dès son retour au pouvoir, retiré une nouvelle fois les États-Unis de l’Accord de Paris.

La mission américaine à l’ONU est allée plus loin, revendiquant avoir arraché des modifications substantielles au texte initial — au premier rang desquelles la suppression du registre des dommages, qualifié de « registre dévastateur visant à des ‘réparations climatiques’ permettant au monde d’infliger des amendes aux Américains pour leur usage énergétique ». Selon RFI, cette bataille de couloir illustre à quel point la résolution a dû être âprement défendue face à des manœuvres d’obstruction de grande ampleur.

Des enjeux vitaux pour les territoires les plus vulnérables

Au-delà des joutes diplomatiques, cette résolution revêt une dimension proprement existentielle pour de nombreux peuples. Au Tuvalu, où l’altitude moyenne n’excède pas deux mètres au-dessus du niveau de la mer, plus d’un tiers de la population a déjà sollicité un visa de migration climatique vers l’Australie. Les projections scientifiques sont sans appel : d’ici 2100, une grande partie de cet État devrait se retrouver submergée à marée haute. À Nauru, le gouvernement a entrepris de commercialiser des passeports auprès d’étrangers fortunés afin de générer les recettes nécessaires à d’éventuelles opérations de délocalisation de sa population.

Ces situations dramatiques contrastent cruellement avec l’objectif affiché de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, inscrit dans les engagements de la conférence climatique de Dubaï en 2023. Ce seuil, résumé par le slogan « 1,5 pour rester en vie », apparaît désormais hors d’atteinte selon les estimations scientifiques les plus récentes, même dans les scénarios les plus optimistes.

Une avancée symbolique aux implications juridiques majeures

Malgré son caractère non contraignant, cette résolution pourrait exercer une influence déterminante sur l’évolution du droit international climatique. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a salué « une puissante proclamation du droit international, de la justice climatique, de la science et de la responsabilité des États à protéger la population de l’escalade de la crise climatique ».

L’avis de la CIJ, désormais entériné par l’Assemblée générale, s’impose déjà comme une référence jurisprudentielle pour les tribunaux du monde entier saisis de litiges climatiques. L’adoption de ce texte pourrait accélérer cette dynamique, ouvrant la voie à une multiplication des recours juridiques contre les États récalcitrants. À ce titre, la résolution s’inscrit dans un mouvement de fond que résume bien cette analyse vidéo consacrée aux enjeux juridiques de l’avis de la CIJ.

Les défenseurs du climat conservent l’espoir que certains éléments supprimés du texte initial — à commencer par le registre des dommages — puissent ressurgir dans le cadre du rapport que doit prochainement présenter le secrétaire général de l’ONU sur les moyens de « favoriser le bon respect de toutes les obligations » mises en lumière par la Cour internationale de justice.

Cette résolution marque ainsi une étape cruciale dans la construction d’un arsenal juridique international destiné à contraindre les États à assumer pleinement leurs responsabilités face à l’urgence climatique. Le chemin vers une mise en œuvre effective s’annonce encore long et semé d’embûches — mais la direction, elle, est désormais tracée. Dans ce contexte d’accélération des engagements environnementaux, d’autres initiatives industrielles témoignent d’une volonté de transition concrète, à l’image du lancement par Thomson de la production française de pompes à chaleur avec 3i Technologies, ou encore du projet géant d’éolien flottant porté par Eni entre la Corse et l’Italie.

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