Éolien flottant : le projet géant d’Eni entre la Corse et l’Italie fait débat

Le projet d’éolien flottant porté par Eni entre la Corse et l’Italie entre dans une phase sensible. Alors qu’une enquête publique transfrontalière est ouverte en Haute-Corse depuis le 5 mai 2026, le groupe italien défend un programme offshore présenté comme stratégique pour la transition énergétique méditerranéenne. Avec 48 turbines prévues au large du Cap Corse, le dossier cristallise désormais les tensions entre impératifs climatiques, protection des fonds marins et sécurité du trafic maritime.

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Éolien flottant : le projet géant d’Eni entre la Corse et l’Italie fait débat
Éolien flottant : le projet géant d’Eni entre la Corse et l’Italie fait débat © L'EnerGeek

Éolien offshore : Eni accélère son projet entre Corse et Italie

Le groupe italien Eni, via sa filiale Plenitude, pousse un ambitieux projet d’éolien flottant en Méditerranée. Baptisé « Atis », ce parc offshore doit être implanté dans les eaux italiennes entre l’archipel toscan et la Corse. L’installation prévoit 48 éoliennes réparties sur 264 km² pour une capacité totale de 864 MW. Ce volume ferait d’Atis le plus vaste projet d’éolien offshore jamais développé en Méditerranée occidentale. En parallèle, l’Italie cherche à accélérer sa production renouvelable afin de respecter ses engagements européens de décarbonation.

Le projet d’éolien se situe à 28 kilomètres du nord-est du Cap Corse et à seulement 6 kilomètres des eaux territoriales françaises, selon la préfecture de Haute-Corse. Cette proximité explique l’ouverture d’une enquête publique en France du 5 mai au 5 juin 2026. La procédure s’inscrit dans le cadre de la convention d’Espoo de 1991 sur les impacts environnementaux transfrontaliers. D’après la préfecture de Haute-Corse, l’avis final reposera notamment sur les conclusions du commissaire enquêteur ainsi que sur l’analyse de l’Office français de la biodiversité. Cependant, cette montée en puissance de l’éolien flottant en Méditerranée suscite déjà une forte vigilance politique et environnementale.

Corse et Italie sous tension autour de l’éolien flottant

Le futur parc d’éolien offshore se développe dans une zone maritime particulièrement fréquentée. Selon les documents relayés par Le Point le 17 mai 2026, environ 18 000 navires traversent chaque année cette portion de la mer Ligurienne, dont près de 6 000 supertankers. Dès lors, les interrogations concernent autant la sécurité maritime que les conséquences écologiques liées à l’installation des infrastructures flottantes et des câbles sous-marins nécessaires au transport de l’électricité. Les inquiétudes sont d’autant plus fortes qu’un écosystème marin rare se situe à proximité du projet d’éolien. Des anneaux de coralligènes vieux de plus de 21 000 ans ont été identifiés au large du Cap Corse par le laboratoire Andromède océanologie. Ces formations biologiques reposent à environ 120 mètres de profondeur. Elles constituent l’un des patrimoines marins les plus sensibles de Méditerranée. Par conséquent, plusieurs associations écologistes italiennes demandent des garanties supplémentaires avant toute validation administrative du programme offshore. L’association Italia Nostra figure parmi les opposants les plus actifs. Selon Le Point, l’organisation réclame une « révision radicale » du projet afin d’éloigner les installations des secteurs jugés les plus vulnérables autour de l’archipel toscan. Les critiques portent également sur les nuisances potentielles provoquées par les opérations de construction et par la pose des câbles interéoliens. Certains défenseurs de l’environnement craignent des perturbations durables pour la biodiversité marine et certaines espèces protégées présentes entre la Corse et l’Italie.

Face à ces critiques, Eni tente de rassurer les autorités françaises et italiennes. Claudio Piccinelli, responsable de l’éolien offshore et des énergies renouvelables chez Plenitude, a déclaré dans Le Point le 17 mai 2026 : « Ce parc éolien flottant en mer, d’une capacité de 864 MW, sera construit au large des côtes toscanes. » Le dirigeant défend une conception pensée pour limiter les impacts écologiques du projet offshore. Selon lui, les études préliminaires montrent des effets contenus sur les milieux naturels. Toujours dans Le Point, Claudio Piccinelli affirme : « Nos choix de conception reposent sur des principes qui assurent la protection des écosystèmes marins, en tenant compte de toutes les contraintes environnementales. » Le responsable du programme ajoute également : « La plupart des évaluations ont abouti à un faible impact, tant pour les phases de construction que d’exploitation, et les activités de suivi permettront de réaliser des mesures d’atténuation supplémentaires. » Ces déclarations interviennent alors que l’enquête publique française doit précisément mesurer les conséquences potentielles du projet d’éolien sur les habitats marins transfrontaliers.

La Méditerranée devient un terrain stratégique

Le projet Atis dépasse désormais le seul cadre régional. En réalité, il s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus vaste de développement de l’éolien flottant en Italie. Selon les données présentées par Plenitude dans sa documentation corporate publiée en avril 2026, le groupe multiplie les investissements dans les infrastructures offshore afin de renforcer rapidement ses capacités renouvelables. Plusieurs programmes sont actuellement développés au large des Pouilles, de la Calabre, de la Toscane et de la Sardaigne. La filiale d’Eni considère l’éolien flottant comme un levier central de la transition énergétique méditerranéenne. Dans un document publié par Plenitude consacré aux projets européens d’énergie renouvelable, le groupe rappelle que son portefeuille offshore italien doit approcher 3 GW de capacité.

Certaines installations pourraient fournir environ 7 TWh d’électricité renouvelable par an, soit l’équivalent des besoins de près de 2,5 millions de foyers italiens, selon les estimations relayées par Plenitude en 2026. Cette stratégie repose sur un avantage technologique majeur. Contrairement aux fondations fixes utilisées dans le nord de l’Europe, l’éolien flottant permet d’installer des turbines dans des zones maritimes profondes, particulièrement nombreuses entre la Corse et l’Italie. Cette capacité ouvre des perspectives considérables pour la Méditerranée, où les contraintes géologiques limitent souvent les projets offshore traditionnels. Plenitude estime que ces structures bénéficient de régimes de vent plus stables et moins sensibles aux variations saisonnières. Le groupe italien défend d’ailleurs cette approche dans ses communications récentes. Selon les déclarations relayées par Le Point, Eni considère que « l’énergie éolienne flottante peut permettre une expansion rapide des énergies renouvelables ». Le groupe ajoute qu’elle « exploite des profils de production constants, moins soumis aux aléas saisonniers ».

Cette position illustre la volonté italienne d’accélérer la décarbonation du mix électrique national tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles importées. Cependant, la montée en puissance de l’éolien offshore en Méditerranée risque aussi de multiplier les conflits d’usage. Entre pêche professionnelle, navigation commerciale, biodiversité marine et impératifs industriels, les arbitrages deviennent particulièrement sensibles. Le dossier Atis pourrait ainsi servir de précédent pour les futurs projets transfrontaliers en Méditerranée occidentale. D’autant que la Corse se retrouve directement concernée par un programme développé hors des eaux françaises mais suffisamment proche du littoral insulaire pour provoquer des impacts potentiels sur les écosystèmes locaux. Les prochaines semaines seront donc décisives. L’enquête publique ouverte en Haute-Corse jusqu’au 5 juin 2026 doit permettre aux citoyens, aux associations et aux collectivités de formuler leurs observations sur le projet d’éolien offshore. Les autorités françaises devront ensuite transmettre leurs conclusions aux autorités italiennes dans le cadre de la procédure environnementale transfrontalière. Entre ambitions climatiques et protection maritime, le projet Atis devient désormais un test grandeur nature pour l’avenir de l’éolien flottant en Méditerranée.

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