Plastiques : une omniprésence persistante dans la grande distribution française
Les plastiques continuent de régner en maîtres dans les rayons des supermarchés français, malgré les engagements pris par les enseignes et les obligations légales. Une vaste étude menée par les bénévoles du réseau Que Choisir Ensemble, en partenariat avec l’association No Plastic in My Sea, révèle l’ampleur du fossé béant entre les promesses affichées et la réalité tangible du terrain dans les magasins de grande distribution.
Cette investigation minutieuse, conduite du 7 au 21 février 2026 dans 1 659 établissements, met en lumière les défaillances criantes du secteur face aux enjeux écologiques contemporains. L’enquête embrasse onze enseignes majeures, incluant E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix, ainsi que les spécialistes bio Biocoop, La Vie Claire et Naturalia.
Des objectifs réglementaires largement manqués
La loi Antigaspillage pour une économie circulaire (AGEC), promulguée en 2020, trace des jalons ambitieux : une réduction de 20% des plastiques à usage unique d’ici fin 2025 par rapport à 2018, puis leur disparition progressive d’ici 2040. Cependant, selon Actu.fr, ces objectifs demeurent largement chimériques dans l’immense majorité des supermarchés audités.
« On n’a même pas amorcé la trajectoire », déplore Lucile Buisson, chargée de mission environnement chez Que Choisir, dans ses déclarations rapportées par l’AFP. Cette situation interpelle d’autant plus que l’écologie s’impose désormais comme un enjeu cardinal pour les consommateurs français.
L’eau embouteillée, championne toutes catégories du plastique
Les bouteilles d’eau et autres boissons plastifiées demeurent les vedettes incontestées de cette surconsommation effrénée, représentant près de 40% des plastiques à usage unique qui envahissent les grandes surfaces. Paradoxalement, les ventes d’eaux embouteillées ont progressé de 3,3% en 2025, d’après les données de Circana citées dans l’étude.
Cette tendance haussière contrarie frontalement les objectifs de la loi AGEC, qui préconise une diminution de 50% des bouteilles plastiques d’ici 2030. Les distributeurs alimentent eux-mêmes cette spirale infernale via leurs marques propres, certains proposant jusqu’à 186 références différentes. Les formats miniatures, véritables concentrés d’aberration écologique de moins de 50 cl, se retrouvent dans 81% des magasins audités.
Seul Biocoop a cessé la commercialisation d’eaux en bouteilles plastique, tandis que 350 magasins Carrefour disposent de machines de récupération avec une rémunération dérisoire de 1 à 2 centimes. Par ailleurs, 450 établissements Carrefour proposent timidement un système de consigne pour le verre.
Fruits et légumes : l’emballage plastique généralisé
L’analyse spécifique menée sur cinq produits-témoins révèle des pratiques particulièrement préoccupantes. Pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates témoignent d’une omniprésence du plastique dans nos circuits alimentaires. Dans les circuits traditionnels, 60% de ces produits non bio sont vendus emballés, majoritairement sous plastique. Pour leurs équivalents biologiques, ce pourcentage grimpe vertigineusement à 91%, dont la moitié sous matière plastique.
Cette situation paradoxale s’explique partiellement par les contraintes réglementaires imposant un emballage distinct pour les produits bio. Néanmoins, 90% des fruits et légumes sont proposés en vrac dans les enseignes spécialisées bio, démontrant qu’des alternatives viables existent bel et bien.
Le vrac en recul et le réemploi embryonnaire
L’étude pointe également le « net recul » du vrac, phénomène que devrait théoriquement enrayer un décret publié fin 2025. Ce texte règlementaire, attendu depuis cinq longues années, impose aux commerces de détail dépassant 400 mètres carrés de consacrer au moins 20% de leur surface de vente au vrac d’ici 2030.
Parallèlement, le réemploi des emballages demeure « embryonnaire » selon les associations. Elles dénoncent également la persistance de pratiques de suremballage et l’émergence particulièrement préoccupante de nouveaux produits comme les masques cosmétiques à usage unique en sachet, importés de Corée du Sud.
Réactions du secteur et perspectives d’avenir
Face à ces critiques acerbes, les professionnels de la distribution adoptent une posture défensive. Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), rappelle que « ce qui compte ce n’est pas la photographie à l’instant T mais la tendance à la baisse » et les « efforts déployés » pour respecter les échéances 2030.
Coopérative U reconnaît les « difficultés » liées à « l’évolution des modes de vie (le snacking, le besoin de praticité) » conduisant au suremballage, tout en promettant de poursuivre ses efforts. Cette reconnaissance tardive souligne les tensions profondes entre contraintes économiques, attentes consuméristes et impératifs écologiques.
Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, souligne que l’actualité géopolitique « nous amène à repenser de manière globale notre rapport au plastique », notamment en raison de l’augmentation des coûts liée aux tensions géopolitiques. Cette prise de conscience s’inscrit dans une démarche plus large de recherche d’alternatives durables au plastique.
Cette enquête révèle finalement l’ampleur titanesque du défi que représente la transition écologique dans le secteur de la grande distribution. Entre engagement affiché et réalité opérationnelle, l’abîme demeure considérable, nécessitant une accélération drastique des transformations pour respecter les objectifs climatiques et environnementaux fixés par la législation française.






