Avril 1989 marque un tournant tragique dans l’histoire militaire soviétique avec l’incendie puis le naufrage du sous-marin nucléaire Komsomolets dans la mer de Norvège. Cet événement, qui a allumé des inquiétudes sur les risques liés aux déchets radioactifs en mer, a déclenché plusieurs expéditions et études scientifiques. Ces travaux ont été motivés par la crainte persistante de rejets de matières radioactives alors que les tensions géopolitiques montaient.
L’accident et ce qui s’est passé juste après
En avril 1989, le sous-marin Komsomolets a pris feu à 335 m de profondeur lors d’une mission en mer de Norvège. Bien qu’il ait pu remonter en surface dans un premier temps, il a finalement coulé, entraînant la mort de 42 membres d’équipage sur les 69 présents à bord ; seulement 27 survivants ont été recueillis.
L’épave repose aujourd’hui à 1 680 m de profondeur, à environ 180 km au large de l’île aux Ours (Norvège). Sa position pose de sérieuses questions sur la gestion des risques liés à un tel accident, puisqu’elle contient un réacteur nucléaire et deux ogives nucléaires montées sur torpilles, alerte Science et Vie. Ces éléments ont alimenté l’inquiétude publique quant à la possibilité de fuites radioactives dangereuses.
Les expéditions pour évaluer et réduire les risques nucléaires
Une expédition russe en 1994 a montré que du plutonium s’échappait d’une des ogives. Face à l’urgence, des opérations menées en 1995 ont permis de sceller les fractures de l’épave et les tubes lance-torpilles pour limiter toute fuite potentielle. Bien que ces interventions aient été déterminantes, les mesures réalisées par la suite ont montré que l’eau de mer diluait efficacement la radioactivité libérée, réduisant les accumulations locales dangereuses dans la zone.
Malgré tout, des questions restaient en suspens, ce qui a motivé une nouvelle enquête norvégienne en 2019 menée par Justin Gwynn et Hilde Elise Heldal. À l’aide du Ægir 6000, l’équipe a prélevé des échantillons d’eau et de sédiments près du compartiment des torpilles et d’une conduite de ventilation de l’épave.
Ce que l’enquête de 2019 a révélé
L’analyse de 2019 n’a trouvé aucune preuve de libération de plutonium provenant des ogives au niveau du compartiment des torpilles. En revanche, elle a détecté des rejets intermittents de matières radioactives provenant du réacteur via la conduite de ventilation. Les mesures isotopiques ont confirmé une corrosion du combustible nucléaire, le rapport plutonium/uranium témoignant de cette altération.
Même si des radionucléides ont été relâchés au cours des trente dernières années, leur accumulation locale est restée limitée, principalement parce que l’eau de mer les a dilués.
Dans un article publié aux « Actes de l’Académie nationale des sciences (PNAS) », l’équipe a conclu que le destin du Komsomolets et des matières nucléaires qu’il contient peut éclairer ce que pourraient donner de futurs accidents impliquant des navires à propulsion nucléaire et des armes nucléaires en mer. Cette approche est importante face à l’augmentation des activités militaires et aux tensions géopolitiques mondiales.






