Portées par l’essor de la mobilité électrique et du stockage stationnaire, les batteries sodium-ion gagnent en légitimité. Moins coûteuses, plus durables, elles utilisent des ressources abondantes comme le sodium – souvent surnommé « le sel » – et s’adaptent mieux aux climats froids que leurs équivalents au lithium.
Le géant chinois CATL a déjà massivement investi dans cette technologie, avec une industrialisation avancée et des applications ciblant les véhicules électriques. Mais l’Europe entend ne plus rester simple spectatrice.
Un projet britannique fondé sur des ressources locales
C’est au Royaume-Uni que l’initiative prend forme. Une équipe de l’université de Swansea, en collaboration avec l’entreprise Batri, a développé une cellule de démonstration sodium-ion sans aucun recours au lithium. Particularité : tous les matériaux sont d’origine britannique.
L’anode repose sur un carbone composite dérivé du charbon gallois, tandis que la cathode a été produite localement. L’ensemble du projet bénéficie du soutien de la Faraday Institution, organisme clé du développement énergétique britannique.
Stephen Hughes, directeur technique de Batri, souligne que ce succès représente « une preuve tangible que la production souveraine de batteries est envisageable ». Une manière pour l’Europe de démontrer sa capacité à se réapproprier les chaînes de valeur stratégiques.
Vers l’industrialisation massive au pays de galles
Le prototype validé, l’objectif est désormais clair : passer à l’échelle industrielle, rapporte Frandroid. Batri prévoit l’augmentation de la production de matériaux ainsi que la mise en place d’une capacité de fabrication de cellules au Pays de Galles.
Un partenariat stratégique a déjà été scellé avec AceOn, spécialiste du stockage énergétique, pour intégrer ces batteries dans des packs modulaires interchangeables destinés au stockage stationnaire et à la mobilité industrielle. De son côté, l’université de Swansea poursuit la recherche sur de nouveaux matériaux pour affiner la performance des futures cellules sodium-ion.
L’europe cherche à se défaire de la dépendance chinoise
Cette avancée intervient dans un contexte de forte dépendance technologique de l’Europe vis-à-vis de la Chine, notamment sur le lithium, le cobalt et les composants électroniques. En misant sur des technologies moins géopolitiquement sensibles, l’Europe veut réorienter sa stratégie industrielle.
Les batteries au sel pourraient bien devenir le symbole d’une nouvelle autonomie énergétique, à condition que les projets pilotes comme celui de Batri passent le cap de l’industrialisation et soient soutenus à l’échelle européenne.






