« Nous avons pu constituer une véritable “Équipe de France du Bois” », Georges-Henri FLORENTIN (Académie d’agriculture de France)

Quel bilan tirez-vous de la mobilisation de la filière bois autour des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris ?

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« Nous avons pu constituer une véritable “Équipe de France du Bois” », Georges-Henri FLORENTIN (Académie d’agriculture de France) © L'EnerGeek

En tant qu’ancien président de France Bois 2024, quel bilan tirez-vous de la mobilisation de la filière bois autour des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris ?

La mobilisation de la filière forêt-bois a été exemplaire. Pendant six ans, grâce au soutien de France Bois Forêt, du CODIFAB et des organisations professionnelles, nous avons pu constituer une véritable « Équipe de France du Bois ». Scieurs, lamellistes, constructeurs : tous ont répondu présents aux appels d’offres de la SOLIDEO et de Paris 2024. Résultat : des ouvrages emblématiques livrés dans les délais, du Grand Palais Éphémère au Centre Aquatique, en passant par l’Arena, une passerelle sur l’A1 ou encore le village olympique.

Ce dernier illustre parfaitement le chemin parcouru : 28 % du bâti en bois, soit un taux comparable à l’Amérique du Nord ou à l’Europe germanophone, contre seulement 8 % en moyenne dans la construction française. C’est une réussite collective et une véritable lueur d’espoir pour la filière.

Quels enseignements peut-on tirer de l’expérience des JO pour accélérer l’usage du bois dans la construction bas-carbone en France ?

Trois enseignements majeurs émergent.

D’abord, la conviction des maîtres d’ouvrage est essentielle : sans leur volonté de miser sur le bois comme matériau de stockage du carbone, rien n’est possible.

Ensuite, il faut intégrer le bois dès la conception des appels d’offres. On ne conçoit pas un bâtiment en béton pour ensuite y intégrer du bois : la compétitivité se joue dès le départ.

Enfin, le succès repose sur des équipes solidaires, de la forêt jusqu’au chantier. L’expérience des JO nous l’a prouvé : nous avons dû anticiper et innover, par exemple en contractualisant tôt les approvisionnements en bois pour sécuriser les projets, ou encore en développant des guides techniques pour adapter les douches du village aux parathlètes. Ces chantiers ont aussi permis à de grandes entreprises générales, encore peu habituées à travailler le bois, de se former et de s’engager à développer son usage.

Plus largement, quels sont selon vous les principaux atouts du bois pour relever le défi de la décarbonation du secteur du bâtiment ?

Ils sont évidents : le bois stocke le carbone pendant des siècles, nos cathédrales et châteaux en témoignent. C’est aussi un excellent isolant thermique, réduisant les besoins en énergie, et surtout un matériau renouvelable : seule une partie de la croissance annuelle de la forêt est récoltée. En résumé, il répond à la fois à l’urgence climatique et à la nécessité de bâtir de façon durable.

Vous évoquez aujourd’hui votre engagement au sein de l’Académie d’Agriculture de France : comment la filière forêt-bois peut-elle mieux répondre aux défis du changement climatique et aux attentes de la société civile ?

Il nous faut d’abord continuer à expliquer, surtout à une société de plus en plus urbaine, l’importance du bois et de la forêt. Les certifications existent déjà (PEFC, FSC, Bois de France), mais il faut aller plus loin et renforcer la traçabilité pour rassurer les consommateurs. France Bois 2024 avait expérimenté « France Bois Traçabilité » pour les JO : ce type d’initiative doit être poursuivi, pourquoi pas avec des blockchains.

Ensuite, il nous faut adapter nos forêts. Cela passe par la recherche des meilleures essences, en régénération naturelle comme en plantation, capables de résister à un climat qui change beaucoup plus vite que prévu. Enfin, il est indispensable que la filière reste unie et solidaire pour relever ces défis. L’Académie d’agriculture est à disposition des acteurs et professionnels pour leur apporter son expertise par ses rapports et travaux (cf. son futur rapport sur la multifonctionnalité des forêts).

À l’avenir, quels leviers faudrait-il activer pour consolider la place du bois dans la construction et garantir une filière résiliente face aux défis climatiques et économiques ?

Je vois quatre priorités.

D’abord, communiquer davantage sur les atouts environnementaux et climatiques du bois.

Puis, développer les financements liés aux aménités positives des forêts : biodiversité, paysages, rôle dans le stockage du carbone.

Troisièmement, défendre le bois et les matériaux biosourcés face aux matériaux plus carbonés, notamment en veillant à la reconnaissance de l’Analyse de Cycle de Vie dynamique au niveau français et européen.

Enfin, poursuivre la recherche et l’innovation, notamment sur la sécurité incendie, un enjeu souvent instrumentalisé par nos concurrents.

Le bois a déjà prouvé qu’il pouvait relever des défis majeurs, comme celui des Jeux Olympiques. Il doit maintenant devenir un pilier incontournable de la transition écologique de notre pays.

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