Publié début octobre 2025, le rapport de Transport & Environment (T&E) dresse un constat sévère : les biocarburants, pourtant présentés depuis deux décennies comme des solutions clés de la transition énergétique, ne réduisent pas les émissions de CO₂ dans le transport routier européen. Au contraire, l’étude montre qu’ils pourraient, en moyenne, accroître les émissions globales de 16 % par rapport aux carburants fossiles, une fois intégrés les effets indirects liés à l’usage des sols.
Une étude sur l’ensemble du cycle de vie des biocarburants
Le rapport de T&E repose sur une analyse du cycle de vie complet (« Well-to-Wheel ») des principales filières de biocarburants utilisées en Europe : biodiesel à base de colza et d’huile de palme, bioéthanol de betterave, de maïs et de blé.
Les calculs intègrent :
- les émissions directes de production (culture, engrais, transport) ;
- les changements d’usage des sols (ILUC : Indirect Land Use Change) ;
- les émissions liées à la déforestation ;
- et la combustion finale.
En appliquant ces critères, T&E observe que le biodiesel d’huile de palme reste le plus émetteur : jusqu’à 3 fois plus de CO₂ que le diesel fossile. Les biocarburants issus de colza et de soja, plus largement utilisés en Europe, affichent une surémission moyenne de 16 %, selon TF1 Info. Ces chiffres confirment les précédentes évaluations de la Commission européenne (Joint Research Centre) sur l’impact du changement d’usage des sols, mais T&E met à jour ces données avec des modélisations basées sur les prix agricoles et les volumes d’importations 2024-2025.
L’étude souligne également le rôle du facteur temps : les émissions initiales liées à la conversion de forêts ou de prairies en cultures de biocarburants peuvent mettre plus de 100 ans à être « compensées » par la combustion supposée neutre du CO₂ biogénique. Ce différentiel temporel invalide, selon T&E, l’hypothèse d’une neutralité carbone à court terme.
Le coût caché des biocarburants : eau, sols, énergie et alimentation
L’analyse technique de T&E dépasse la simple équation carbone. Le rapport chiffre aussi les coûts environnementaux collatéraux :
- Pour parcourir 100 km avec un véhicule roulant au biodiesel, il faut mobiliser environ 3 000 litres d’eau, selon TF1 Info. Ce volume agrège les besoins d’irrigation, de raffinage et de transformation.
- En Europe, la production de biocarburants occupe aujourd’hui l’équivalent de 8 millions d’hectares de terres arables, soit près de 4 % de la surface agricole utile, détaille le cabinet Carbone 4. En France, 75 % des cultures destinées aux biocarburants sont des plantes alimentaires (colza, betterave, blé), créant une tension directe avec la sécurité alimentaire.
Ces usages conduisent à un « effet rebond » : la demande en huiles végétales et en céréales pour carburants stimule la déforestation dans les pays exportateurs et augmente la volatilité des prix agricoles mondiaux. « Les biocarburants sont parfois présentés comme des solutions idéales, mais en réalité ces cultures sont très problématiques », souligne Bastien Gebel, responsable du pôle décarbonation automobile chez T&E cité par Novethic.
L’organisation estime que, d’ici 2030, 90 % de la production mondiale reposera encore sur des biocarburants dits « de première génération », générant environ 70 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires par rapport aux carburants fossiles, si aucune réforme n’est menée.






