Niger : le CIRDI bloque la vente de l’uranium disputé par Orano

Au Niger, l’uranium cristallise un conflit juridique et politique inédit. Orano affirme que 1 500 tonnes sont toujours stockées sur le site d’Arlit dans l’attente d’un arbitrage international qui interdit pour l’instant toute transaction. Le dossier place Niamey et Paris face à une épreuve de force.

Publié le
Lecture : 2 min
Orano en Mongolie : une amende record pour éviter des poursuites
Niger : le CIRDI bloque la vente de l’uranium disputé par Orano © L'EnerGeek

Le 30 septembre 2025, Orano a confirmé que de l’uranium demeure entreposé à la mine SOMAÏR, à Arlit, expropriée par les autorités nigériennes. Ce stock, évalué à près de 270 millions de dollars selon le prix spot de 82 dollars la livre, est au cœur d’un arbitrage du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), qui interdit désormais au Niger toute vente ou transfert.

L’uranium d’Orano bloqué au Niger

Le groupe français s’appuie sur une décision rendue le 23 septembre par le CIRDI, organe de la Banque mondiale. Selon le communiqué officiel publié le 26 septembre, « Dans cette décision, le tribunal arbitral a ordonné à l’État du Niger de ne pas vendre, transférer ou même faciliter le transfer à des tiers de l’uranium produit par SOMAÏR ». Cette injonction bloque de fait toute tentative de cession d’uranium par l’État nigérien et conforte Orano dans sa stratégie de protection de ses actifs.

Orano précise également que le tribunal a demandé la libération de son administrateur pays, Ibrahim Courmo, détenu depuis mai. L’entreprise rappelle que la Cour d’appel de Niamey avait déjà jugé cette détention illégale en juillet.

Niamey contrôle la production d’uranium

À court terme, la priorité du groupe est de maintenir les mesures conservatoires et d’empêcher toute sortie d’uranium en dehors des circuits contrôlés. La coentreprise SOMAÏR, détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par SOPAMIN, est désormais supervisée par l’État nigérien. Ce contexte accroît le risque de rupture contractuelle et justifie, pour l’entreprise française, le recours à l’arbitrage international, relaye World Nuclear News.

D’un point de vue opérationnel, la valeur stratégique est considérable : les 1 500 tonnes entreposées représentent une ressource vitale pour le cycle du combustible nucléaire. Avec une hausse de près de 30 % des prix de l’uranium depuis mars 2025, ce stock constitue un levier de puissance autant qu’une source de tension.

Du côté de Niamey, la position officielle est ferme : le gouvernement militaire revendique la pleine souveraineté sur l’uranium. Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Ali Lamine Zeine a affirmé que « l’uranium a apporté misère, pollution, rébellion, corruption et désolation aux Nigériens tout en enrichissant la France », relaye Reuters. L’État contrôle désormais la production via SOPAMIN. Mais le stock actuel, d’une valeur estimée à 270 millions de dollars, reste juridiquement intouchable.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.