La Russie et la Chine, deux acteurs majeurs sur la scène mondiale aux intérêts qui se rejoignent, renforcent leur collaboration dans le secteur de l’énergie. Ce rapprochement intervient après que la Russie a dû revoir ses exportations en raison des sanctions américaines instaurées après l’invasion de l’Ukraine en 2022. La signature d’un mémorandum concernant le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 » marque une nouvelle étape dans ce partenariat stratégique, même si quelques interrogations subsistent sur sa réalisation concrète.
Le projet « Force de Sibérie 2 » : une ambition partagée mais encore floue
Le gazoduc « Force de Sibérie 2 », discuté depuis plusieurs années, constitue un enjeu majeur pour Moscou et Pékin. Traversant la Mongolie, il doit relier les gisements russes de Bovanenkovo et Kharasavey dans la péninsule de Yamal en Sibérie au nord-est de la Chine. Ce projet permettrait d’acheminer 50 milliards de mètres cubes de gaz par an vers le marché chinois. Alexeï Miller, patron de Gazprom, a qualifié le mémorandum de « juridiquement contraignant ». Pourtant, Alexander Gabuev précise qu’il ne s’agit pas encore d’un accord définitif parce qu’aucun prix ni calendrier précis n’a été fixé.
Pékin n’a pas donné de confirmation officielle sur ce mémorandum, signe d’une certaine prudence face aux conditions économiques du projet. En effet, Xi Jinping avait exprimé des réserves quant à « Force de Sibérie 2 », notamment à cause des coûts élevés qu’impliquerait sa mise en route. Pour que ce projet soit viable pour la Chine, il faut que les prix restent bas et que les engagements restent souples.
Le gazoduc « Force de Sibérie 1 » et les nouveaux accords énergétiques
Parallèlement, la Chine continue de recevoir du gaz via le gazoduc « Force de Sibérie 1 ». Un nouvel accord a permis d’augmenter la quantité de gaz livrée, passant de 38 à 44 milliards de mètres cubes par an. Cette hausse montre que les deux pays tiennent à intensifier leurs échanges énergétiques.
De plus, lors d’une visite officielle à Pékin, Vladimir Poutine a concrétisé vingt accords de coopération dans divers domaines, dont l’énergie. Même si ces accords illustrent l’envie de Pékin de renforcer ses liens avec Moscou, les autorités chinoises restent attentives à négocier des conditions avantageuses avant de s’engager définitivement sur « Force de Sibérie 2 ».
Le secteur énergétique russe et la donne européenne
Pour la Russie, le développement de ce gazoduc pourrait redonner un coup de fouet à un secteur énergétique affaibli par la crise énergétique. En 2021, 45 % du gaz européen provenait de la Russie ; cette part est tombée à 19 % en 2024, conséquence directe des tensions politiques et économiques actuelles. Gazprom a même enregistré une perte record de 6,4 milliards d’euros l’année précédente à cause du recul du marché européen.
Du côté européen, Bruxelles affiche nettement son intention de stopper toutes importations de gaz russe d’ici fin 2027, dans le cadre de son plan d’indépendance énergétique. Ursula von der Leyen n’hésite pas à critiquer vivement l’utilisation par Moscou des approvisionnements énergétiques comme levier dans ses négociations.
Des liens sino-russes qui se renforcent
La visite récente de Vladimir Poutine en Chine a aussi montré que Xi Jinping et lui se rapprochent de plus en plus. Les deux dirigeants ont souligné leur collaboration stratégique complète et leur relation, qu’ils qualifient de « niveau sans précédent ». Parallèlement aux accords sur l’énergie, Poutine doit aussi assister à un défilé militaire à Pékin, qui commémore la fin de la Seconde Guerre mondiale.






