Hydroélectricité : les barrages français et belges au cœur d’un accord stratégique

En levant des incertitudes juridiques vieilles de vingt ans, ce compromis ouvre une nouvelle phase de modernisation et de valorisation des grands ouvrages hydroélectriques des deux pays.

Publié le
Lecture : 3 min
barrages hydroélectriques français
Hydroélectricité : les barrages français et belges au cœur d’un accord stratégique © L'EnerGeek

Le 28 août 2025, Paris et Bruxelles ont annoncé un accord sur la gestion des barrages hydroélectriques, après plus de deux décennies de différends avec la Commission européenne. Cet accord est vital : en France, l’hydroélectricité représente 75,1 TWh en 2024, soit 13,9 % de l’électricité produite. En Belgique, cette filière contribue modestement avec 114 MW de puissance installée et environ 2 % du mix électrique.

L’accord franco-belge : lever l’incertitude pour investir dans l’énergie renouvelable

Depuis 2015, la Commission européenne contestait le monopole d’EDF sur l’exploitation des concessions hydroélectriques françaises. Deux procédures précontentieuses avaient été engagées, exigeant l’ouverture à la concurrence.

L’accord signé en août 2025 clarifie la situation : il valide un schéma de gestion mixte entre concessions et autorisations, donnant plus de visibilité aux exploitants. Cette sortie de crise va permettre de débloquer les projets de modernisation des barrages. EDF a annoncé la mise à disposition de 6 GW de capacité hydroélectrique dans le cadre du nouvel accord, détaille Zonebourse. Ces capacités équivalent à près de 10 % de la puissance hydroélectrique nationale. Pour la Belgique, qui dépend largement des importations d’électricité française, ce compromis garantit aussi une meilleure sécurité d’approvisionnement.

La production hydroélectrique en France : pilier des renouvelables et grands barrages emblématiques

En 2024, l’hydroélectricité a représenté 50,47 % de la production renouvelable française, loin devant l’éolien ou le solaire, rappelle BFMTV. Le pays compte environ 340 concessions, dont 61 arrivent à échéance fin 2025. Côté énergéticiens, EDF détient 70 % du parc, la CNR 25 % et la SHEM 3 %.

La puissance installée dépasse 25 GW, faisant de la France le premier pays hydraulique d’Europe occidentale. Les STEP (stations de transfert d’énergie par pompage) comme celle de Montézic apportent en plus une flexibilité indispensable pour stocker l’électricité excédentaire.

Trois barrages phares en France

  • Montézic (Aveyron) : mis en service en 1982, c’est l’une des plus grandes STEP d’Europe, avec 910 MW de puissance. Elle peut turbiner ou pomper rapidement, offrant une sécurité au réseau lors des pics de consommation.
  • Monteynard-Avignonet (Isère/Drac) : d’une puissance de 360 MW, ce barrage alimente chaque année près de 500 GWh, soit l’équivalent de la consommation de 200 000 habitants.
  • Marèges (Corrèze) : inauguré en 1935, modernisé depuis, il développe 272 MW et produit environ 330 GWh/an. Il illustre la modernisation réussie des ouvrages historiques.

Ces barrages, emblématiques par leur taille et leur rôle dans l’équilibre du réseau, illustrent la diversité du parc français, entre ouvrages anciens rénovés et STEP modernes.

La production hydroélectrique en Belgique : un potentiel limité

La Belgique ne dispose pas des reliefs alpins ou pyrénéens, mais a su tirer parti de ses rivières et vallées ardennaises. En 2020, son parc atteignait 114 MW sur 166 sites, quasi exclusivement situés en Wallonie (Renouvelle, 2020). L’hydroélectricité fournit environ 2 % du mix électrique belge, ce qui reste modeste mais précieux pour stabiliser le réseau.

En 2024, les centrales de l’Ourthe ont fourni l’équivalent de la consommation de 2 600 ménages, une hausse de 40 % par rapport à 2023. Si les volumes sont faibles, cette progression souligne l’importance de chaque mégawatt produit.

Trois barrages phares en Belgique

  • Barrage de la Gileppe (province de Liège) : construit au XIXᵉ siècle, modernisé, il dispose d’une retenue de 26,5 millions de m³ et alimente deux turbines de 321 kW chacune, produisant environ 3,3 GWh/an.
  • Barrage de Butgenbach (Warche) : d’une puissance modeste, il génère entre 1,1 et 2,2 GWh/an, un apport local essentiel.
  • Complexe des lacs de l’Eau d’Heure (Hainaut/Namur) : le plus grand ensemble hydroélectrique du pays, il alimente des turbines capables de répondre à la consommation de plusieurs dizaines de milliers de foyers.

Le compromis franco-belge, soutenu par la Commission, a donc une portée continentale. D’une part, il débloque l’investissement dans les infrastructures françaises, permettant de prolonger la durée de vie des barrages et d’accroître leur rendement. D’autre part, il garantit à la Belgique un accès pérenne à l’électricité renouvelable d’origine hydraulique, essentielle pour un pays très dépendant des importations.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.