Début 2025, la Chine, premier producteur mondial d’électricité, affronte un dilemme énergétique déterminant : produire toujours plus, sans renoncer au charbon. Ce secteur, longtemps majoritaire, représente aujourd’hui environ 50 % de la production électrique, contre près de 75 % en 2016, selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA) et Global Energy Monitor. Le renouveau renouvelable bat des records alors que le charbon persiste, c’est l’énergie au cœur de cette transition.
Le renouveau solaire impose son rythme
Le premier semestre 2025 marque un tournant inédit. La Chine a installé 212 GW de panneaux solaires, dépassant ainsi la capacité totale des États-Unis fin 2024, d’après CREA et GEM relayés par Radio-Canada. Ce bond colossal s’explique par une ruée avant une réforme tarifaire prévue en juin, entraînant une production d’énergie propre hors hydraulique de 270 TWh face à une demande de seulement 170 TWh sur la période, selon Carbon Brief. Cette explosion solaire contribue directement à la diminution des émissions de CO₂.
Celles-ci ont reculé de 1 % au premier semestre 2025, tandis que les émissions issues du secteur électrique ont chuté de 3 %, malgré une hausse de 6 % du recours au gaz, précise Reuters. Dans le même temps, la Chine a accéléré la construction d’une méga-ferme solaire de 610 km² au Tibet, susceptible de devenir la plus vaste au monde, selon Associated Press.
Une relance du charbon qui défie la transition
Malgré la percée des renouvelables, le charbon persiste, et même repart à la hausse. La mise en service de 21 GW de centrales à charbon au premier semestre 2025 atteint un niveau record pour une telle période depuis 2016, d’après CREA et GEM via Radio-Canada. À cela s’ajoutent 46 GW de projets relancés ou en démarrage et 75 GW de nouvelles initiatives, l’équivalent de la capacité charbonnière de la Corée du Sud, souligne l’AFP. Pourtant, Xi Jinping avait promis en 2021 de « strictement contrôler » la croissance du charbon avant une réduction entre 2026 et 2030.
Mais seulement 1 GW de capacité charbonnière a été retiré au premier semestre, loin de l’objectif de 30 GW fixé pour la fin de l’année, précise le South China Morning Post repris par Hong Kong Free Press. « De puissants intérêts liés au charbon continuent de pousser pour de nouveaux projets », a averti Qi Qin, analyste du CREA, cité par plusieurs médias internationaux.
Une transition énergétique en tension
Ce double mouvement paradoxal, renouvelables en plein boom et expansion charbonnière simultanée, enferme la Chine dans une dynamique complexe. Le solaire inonde le réseau, la demande est comblée par les énergies propres, et pourtant le charbon reste un pilier solide du mix énergétique. L’utilisation croissante du charbon pour la chimie a bondi de 20 % au premier semestre, contribuant à une hausse de 3 % des émissions depuis 2020, avec un risque d’augmentation supplémentaire de 2 % d’ici 2029, selon Carbon Brief.
Ce récit illustre le dilemme énergétique chinois, préserver la sécurité nationale et les intérêts industriels tout en propulsant une croissance renouvelable vertigineuse et en réduisant les émissions. L’énergie devient à la fois moteur de croissance et terrain d’affrontement stratégique, où se joue l’avenir climatique de la Chine et, par extension, de la planète.






