Le 19 juin 2025, EDF a interrompu les essais de montée en puissance de l’EPR de Flamanville à la suite d’une fuite repérée sur une soupape du pressuriseur. Ce composant, situé au sommet du circuit primaire, maintient la pression du fluide caloporteur dans des marges extrêmement strictes. Prévu pour être connecté au réseau le 2 juillet, le réacteur ne redémarrera pas avant le 13 août 2025. Flamanville, encore à l’arrêt.
Flamanville : quand la sûreté prime sur l’électricité
Le cœur du problème, c’est une soupape de sûreté pilotée, implantée au sommet du pressuriseur. C’est ici que le circuit primaire se régule, que la pression se stabilise, que la température se contrôle. Le moindre défaut n’est pas tolérable.
Le 19 juin à 19h05, les capteurs ont détecté une perte d’étanchéité : le clapet, qui aurait dû se refermer hermétiquement, laisse fuir le fluide sous pression. Selon Julien Collet, directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), « cette soupape fuit ». Il ajoute : « EDF devra intervenir pour rétablir son étanchéité », affirme La Tribune.
Première étape : tentative de fermeture à froid. Si cela échoue, il faudra isoler la ligne, purger le circuit, démonter la soupape, et vérifier l’intégrité du siège et du clapet. Une opération réalisée en zone radiologique, sous protocoles dosimétriques stricts.
Nucléaire : un nouveau retard pour le démarrage de l’EPR
Cette fuite s’est produite en pleine phase d’essais à 60 % de puissance nominale, amorcée fin mai. Ces tests, destinés à vérifier le comportement thermique et mécanique du réacteur à différents régimes, précèdent le couplage au réseau.
EDF a d’abord suspendu les opérations. Puis, le 2 juillet, l’énergéticien a officiellement annoncé le report du redémarrage au 13 août 2025. Soit six semaines de glissement, supplémentaires. Chaque mois compte : l’EPR n’a encore produit aucun kilowattheure. Plus de 13 milliards d’euros ont été investis dans l’ouvrage, dont la construction a débuté en 2007. Quinze ans plus tard, la France attend toujours l’électricité.
Le pressuriseur en question : une pièce maîtresse sous surveillance
Dans le réacteur EPR, le pressuriseur est relié au circuit primaire via des lignes d’interconnexion. Il contient un mélange liquide-vapeur sous une pression de 155 bars. Trois soupapes de sûreté y sont fixées, avec déclenchement à seuils variables.
Le composant défaillant à Flamanville est l’une de ces soupapes, conçue pour évacuer la vapeur en cas de surpression. Le défaut d’étanchéité observé pourrait provenir :
- d’un mauvais positionnement du clapet après ouverture,
- d’une usure prématurée du joint métallique,
- ou d’un encrassement lors des séquences de test à mi-charge.
Chaque hypothèse entraîne une procédure spécifique. Dans tous les cas, l’incident oblige à suspendre les essais et à réévaluer les marges de sûreté du composant.
Un signal technique préoccupant pour la filière nucléaire
Ce nouvel arrêt soulève des questions sur la fiabilité de la chaîne industrielle. Les soupapes de sûreté sont testées en usine, qualifiées par simulation, et soumises à des batteries de vérifications. Pourtant, à Flamanville, une défaillance survient en phase finale.
Le contexte est sensible. Le programme EPR2, qui doit répliquer le modèle sur six nouveaux sites, s’appuie sur le retour d’expérience de Flamanville. Or, tant que l’EPR normand n’a pas produit de courant, la filière reste suspendue.
L’incident pose aussi la question de la maintenance en exploitation. À l’avenir, les équipes devront intervenir en zone chaude sur ces composants. Une fuite en fonctionnement impliquerait un arrêt imprévu, des rejets potentiels, une exposition accrue. La sûreté passe avant tout.






