EDF a confirmé, le 16 juin, la réapparition de corrosion sous contrainte (CSC) sur une tuyauterie de la centrale nucléaire de Civaux, dans le département de la Vienne. Une crise technique et industrielle avait déjà bousculé l’énergéticien en 2022, avec des conséquences financières et opérationnelles inédites. Si la nouvelle fissure semble sans gravité immédiate, elle réactive une alerte jamais totalement éteinte.
Retour de la corrosion sous contrainte : EDF assure, mais les doutes persistent
La corrosion sous contrainte avait déjà cloué au sol une bonne partie du parc français en 2022, forçant EDF à stopper jusqu’à 12 réacteurs, provoquant des pertes colossales et aggravant la flambée des prix de l’électricité. Le diagnostic de l’époque avait été clair, remplacer en urgence tous les tronçons à risque. En 2022, le coude désormais fissuré à Civaux 2 faisait justement partie de ces éléments changés à titre préventif. Et pourtant, le phénomène revient. « On a détecté deux indications », a reconnu Régis Clément, directeur adjoint de la production nucléaire d’EDF, le 17 juin, lors d’un point presse.
« L’un concerne de la fatigue thermique […]. Le deuxième défaut détecté est de la corrosion sous contrainte. » Une microfissure d’un à deux millimètres a ainsi été identifiée sur une tuyauterie de secours à Civaux 2, réacteur actuellement à l’arrêt. La découverte s’est faite lors d’un contrôle par ultrasons dans le cadre d’une maintenance programmée. EDF insiste sur le fait qu’il s’agit d’un cas isolé, sans impact sur la disponibilité du parc : « Non significatif sur la durée et la disponibilité du réacteur », selon Régis Clément, cité par Les Echos.
Nucléaire : Civaux comme révélateur d’un système encore fragile chez EDF
L’incident n’a pas nécessité de déclaration auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), mais l’organisme a été informé. L’enquête technique, elle, se poursuit. EDF admet ne pas connaître l’origine exacte de cette récidive, sur un coude pourtant neuf. Pollution des matériaux ? Défaut de soudure ? Erreur de conception ? L’ombre du doute plane à nouveau sur une technologie que l’énergéticien cherche à redorer.
Dans sa défense, EDF met en avant les avancées en matière de détection, les remplacements anticipés réalisés en 2022–2023, ainsi que l’utilisation d’une nouvelle technique : l’arasage, qui aplanit le relief des soudures et pourrait limiter les risques de fissuration. À ce jour, plus de 200 examens sur les 350 programmés cette année ont déjà été réalisés, sans autre cas de corrosion détecté, selon l’industriel. Mais EDF n’exclut rien. « Ça ne veut pas dire que ce sera le dernier. Le phénomène on le connaît aujourd’hui, on le prévient, on le détecte tôt, mais il peut revenir », a concédé Régis Clément.
EDF entre transparence et urgence de crédibilité sur la filière nucléaire
Les précédentes années ont laissé des traces. En 2022, EDF a enregistré une perte historique de 17,9 milliards d’euros, principalement en raison de ses déboires nucléaires. La baisse de production a contraint le groupe à racheter de l’électricité à prix fort, alimentant une inflation énergétique sévère pour les consommateurs et les industriels. Depuis, le groupe veut montrer patte blanche.
Les réacteurs les plus sensibles, ceux de 1 300 MW et les modèles N4 à 1 450 MW, sont scrutés avec une précision redoublée. Neuf d’entre eux ont déjà subi un remplacement de tronçons, et les derniers examens s’étendront jusqu’en 2026. Pour Civaux 2, EDF promet un redémarrage au 30 juillet, avec deux semaines de retard seulement. Reste à savoir si les engagements pris cette fois résisteront mieux à la réalité métallurgique.






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