La consigne du verre revient, dès ce jeudi 12 juin, dans quatre régions pilotes, Bretagne, Normandie, Hauts-de-France et Pays-de-la-Loire. À travers une vaste expérimentation pilotée par l’éco-organisme Citeo, cette initiative entend réactiver une pratique jadis banale mais tombée en désuétude depuis les années 1990. Derrière cette opération logistique, c’est tout un modèle de consommation qui doit être repensé.
Retour de la consigne du verre : un changement d’époque dans quatre régions
On l’avait oubliée, ou presque. Avant les années 1990, rapporter ses bouteilles en magasin pour quelques centimes d’euros relevait du geste quotidien. La consigne du verre, évincée au profit du tout-jetable, fait aujourd’hui l’objet d’un come-back scruté. Dès ce jeudi 13 juin 2025, une expérimentation de dix-huit mois s’enclenche dans les régions Pays-de-la-Loire, Bretagne, Normandie et Hauts-de-France, soit potentiellement seize millions d’habitants concernés.
Ce retour n’est pas anodin. Seules les bouteilles dotées d’un macaron jaune et violet, indiquant « Rapportez-moi pour le réemploi» ou « Récupérez le montant de votre consigne en rapportant cet emballage», seront acceptées. Il ne s’agit donc pas d’un recyclage classique, mais bien d’un système pensé pour la réutilisation directe des contenants.
Consigne du verre : une logistique calibrée pour séduire la grande distribution et les industriels
Le dispositif, financé et encadré par Citeo, vise une incitation financière directe : 10 centimes d’euro pour les petits contenants, 20 centimes pour les grands formats, reversés sous forme de bon d’achat, carte bancaire ou monnaie. Un geste simple, mais contraint par un marquage rigoureux. « Ce dispositif permettra de récupérer évidemment son montant de consigne initial et de rendre l’emballage pour qu’il puisse être collecté, lavé et remis en circulation », explique Valentin Fournel, directeur innovation, écoconception et réemploi chez Citeo, dans 20 Minutes.
Huit enseignes ont accepté de jouer le jeu : Carrefour, Système U, Intermarché, Monoprix, Biocoop, Leclerc, Auchan et la Brasserie du Bout du Monde. Côté industriels, plus de cinquante entreprises, majoritairement issues du secteur des boissons, se sont déjà engagées. Pour l’instant, seuls les contenants de bière, de jus ou de sodas sont concernés. Les bocaux alimentaires pourraient suivre dans une seconde phase.
Objectifs, freins et ambitions : la consigne du verre à l’épreuve du réel
L’ambition est 55 millions d’emballages réemployables mis en circulation dans 750 points de vente d’ici 2026, dont 30 millions dès 2025. Derrière cette dynamique se trouve un objectif législatif bien plus vaste : la loi Agec (Anti-gaspillage pour une économie circulaire), adoptée en 2020, impose 10 % d’emballages réemployés d’ici 2027, avec un palier de 5 % pour 2023… que la France a largement manqué.
Pourquoi un tel retard ? Les raisons sont multiples : inertie des filières industrielles, coûts logistiques élevés, complexité du lavage et du réacheminement, sans oublier un manque criant de coordination entre producteurs, distributeurs et collectivités locales. Le retour de la consigne, aussi vertueux soit-il, ne sera donc pas un long fleuve tranquille. Et puis, il y a la question de l’adhésion citoyenne. Entre nostalgie des bouteilles consignées et méfiance vis-à-vis des dispositifs écologiques, rien ne dit que les consommateurs joueront le jeu. Le fléchage des emballages est-il suffisamment visible ? Les modalités de remboursement sont-elles claires ? Les points de retour seront-ils accessibles pour tous ?
Une consigne à l’épreuve des faits… et des ambitions climatiques
Derrière ce retour orchestré, une réalité s’impose, la consigne du verre ne sauvera pas, à elle seule, l’économie circulaire. Mais elle pourrait en devenir un levier structurant. En ciblant d’abord les régions pionnières et en associant grandes enseignes et PME, Citeo espère établir un précédent. La France peut-elle, à terme, rejoindre l’Allemagne ou les Pays-Bas dans leur modèle de réemploi systématique ?
Cela suppose un effort collectif, des consommateurs rigoureux, des industriels coopérants, et surtout, des politiques publiques claires et contraignantes. Car derrière chaque bouteille consignée, c’est bien une guerre de paradigmes qui se joue. Réutiliser plutôt que jeter. Récompenser plutôt que punir. Réparer plutôt que racheter. Bref, réinventer la consommation, en commençant par un geste aussi simple que de rapporter son verre vide.






