La pollution générée par les bateaux de plaisance motorisée revient au centre des préoccupations environnementales, tandis que des solutions électriques et hybrides gagnent du terrain. À Marseille, les chiffres récemment publiés posent les bases d’une transition énergétique possible dans le secteur maritime récréatif.
Le 6 juin 2025, une étude menée par AtmoSud en collaboration avec le CNRS a mis en évidence la forte contribution des bateaux de plaisance à la pollution de l’air, en particulier dans les zones côtières de Marseille. Ces résultats s’inscrivent dans une tendance plus large : les motorisations thermiques, longtemps considérées comme incontournables en mer, sont aujourd’hui remises en question face aux avancées technologiques dans le domaine de l’électrique et de l’hybride.
Des émissions plus importantes que prévu
Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont relevé des concentrations élevées de dioxyde d’azote dans la zone portuaire, notamment dans les 300 mètres proches du littoral. Ces émissions, largement supérieures aux seuils réglementaires à certains moments de la journée, proviennent en grande partie des moteurs thermiques embarqués à bord des bateaux de plaisance.
Les résultats indiquent que certaines embarcations peuvent, dans les conditions observées, générer jusqu’à trente-sept fois plus de polluants qu’un véhicule automobile de dernière génération. Ces données interpellent les experts du secteur énergétique, notamment sur le potentiel sous-exploité de l’électrification dans la plaisance.
L’électrification : une réponse technologique crédible
Depuis quelques années, les motorisations électriques suscitent un intérêt croissant dans le domaine nautique. Si elles sont encore marginales en volume, elles offrent une réponse concrète aux enjeux de réduction des émissions, en particulier pour les usages côtiers.
Le principal avantage de l’électrique réside dans l’élimination des émissions en phase d’usage, mais aussi dans le gain en confort sonore et la réduction de l’usure mécanique. Dans les zones sensibles comme les calanques ou les ports urbains, ces atouts se traduisent par une amélioration significative de la qualité de l’air et du cadre de vie.
L’hybride comme étape de transition
Pour répondre aux contraintes spécifiques du secteur, notamment en matière d’autonomie, plusieurs acteurs industriels explorent des solutions hybrides. Celles-ci combinent un moteur thermique pour les trajets longue distance et un moteur électrique pour les manœuvres ou la navigation en zone réglementée.
À Marseille, des expérimentations ont été menées avec succès. Des prototypes sont à l’étude pour adapter ce type de motorisation à des bateaux existants. L’hybridation est aujourd’hui perçue comme un levier pragmatique pour amorcer la transition sans imposer une rupture technologique brutale.
Des initiatives locales structurantes
La dynamique actuelle s’appuie également sur un réseau d’acteurs locaux mobilisés autour de la question énergétique. Des entreprises telles que Ozo, implantée en région PACA, développent des solutions de conversion électrique adaptées aux petits bateaux. Ce marché du « retrofit » maritime émerge progressivement, offrant des alternatives concrètes aux plaisanciers désireux de réduire leur impact environnemental sans changer de bateau.
À l’échelle associative, des projets pilotes sont menés pour équiper des embarcations traditionnelles de moteurs électriques couplés à des panneaux photovoltaïques. Ces expérimentations, menées en lien avec les collectivités territoriales, permettent de tester la viabilité technique et économique de ces solutions sur le terrain.
Un cadre réglementaire encore en évolution
Sur le plan juridique, la directive européenne 2013/53/UE encadre les émissions des moteurs marins neufs, mais n’impose aucune obligation rétroactive sur les flottes existantes. En France, les mesures spécifiques applicables aux bateaux de plaisance restent rares et relèvent en grande partie des initiatives locales.
Toutefois, les résultats de l’étude marseillaise pourraient alimenter une réflexion nationale sur l’encadrement des motorisations thermiques dans les zones côtières. L’instauration de zones de navigation à faibles émissions, ou l’octroi d’aides à la conversion énergétique, figurent parmi les pistes évoquées dans les milieux institutionnels et industriels.
Une opportunité pour le secteur énergétique
Pour les entreprises de la filière énergétique, cette évolution représente une opportunité stratégique. Le développement de batteries adaptées aux conditions marines, la conception de systèmes de recharge en milieu portuaire ou l’optimisation de la gestion énergétique à bord sont autant de domaines à fort potentiel.
Les acteurs de la transition énergétique identifient également la plaisance comme un terrain propice à l’innovation. Moins contraints que le transport commercial, ces usages peuvent servir de laboratoire pour tester des technologies réplicables à plus grande échelle. En ce sens, l’électrification du nautisme pourrait devenir un vecteur d’accélération pour les solutions énergétiques propres en milieu maritime.





