Les résultats d’un sondage Ifop pour La Centrale sont venus confirmer, le 4 juin, ce que beaucoup de professionnels du secteur pressentaient. La voiture électrique n’a pas encore conquis le cœur des Français. À tarif égal avec un véhicule thermique, seuls 13 % d’entre eux franchiraient immédiatement le pas. Des résistances, culturelles, pratiques et économiques, freinent encore l’adoption de la voiture électrique en France.
Voiture électrique : une offre qui s’envole, une demande qui patine
L’année 2024 a été celle de la profusion. L’offre de voitures électriques a bondi de 85 % selon La Centrale, contre une progression anémique de 2 % pour les modèles thermiques. Les constructeurs se sont rués sur ce créneau, portés par des réglementations européennes de plus en plus strictes et par des aides publiques attractives. Pourtant, cette dynamique industrielle ne trouve pas de miroir côté acheteurs.
Dans le détail, le sondage Ifop dévoilé par Le Figaro le 4 juin montre que seuls 13 % des Français choisiraient une voiture électrique à prix égal, et 24 % déclarent qu’ils pourraient envisager ce choix, mais plus tard. Autrement dit, près des deux tiers de la population restent réticents, malgré l’alignement tarifaire progressif avec les véhicules thermiques. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l’Ifop, y voit une désaffection multifactorielle, dans des propos rapportés par Le Figaro : « L’achat de véhicules électriques marque le pas, certes en raison du prix élevé de ces modèles. Mais la question du prix n’est manifestement pas le seul frein ».
Des freins profonds : anxiété, incertitudes et barrières sociales
Le coût de la batterie, sa durée de vie incertaine et la complexité de l’achat en occasion figurent parmi les principaux points noirs. Une étude Kantar pour La Centrale révélait en avril 2024 que 58 % des acheteurs potentiels redoutent le coût de remplacement des batteries, tandis que 55 % doutent de leur longévité. Et quand on parle de marché de l’occasion, 60 % des Français le jugent complexe, anxiogène ou chronophage. Ces données montrent une chose, la peur de l’inconnu domine encore le débat.
L’automobile, plus que tout autre bien de consommation, touche à l’intimité de la vie quotidienne, à la liberté de mouvement, à la sécurité. Et sur ces plans, la voiture électrique peine à rassurer. Anaïs Harmant, directrice marketing de La Centrale, met le doigt sur ce qu’elle nomme un « frein culturel », sur « un marché qui est peu mature ». Elle compare cette réticence à celle des débuts du numérique dans des propos rapportés par Le Figaro : « Il y a quelques années, les gens regardaient leur compte en banque sur leur ordinateur en pensant que c’était plus sécurisé que sur leur mobile. Aujourd’hui, cela paraît incongru ».
Une fracture générationnelle, sociale et géographique
Si la résistance est massive, elle n’est pas homogène. Le sondage Ifop met en évidence des clivages nets : 47 % des 18-24 ans et 53 % des 25-34 ans se disent prêts à rouler en voiture électrique. Cette ouverture se retrouve aussi chez les catégories socio-professionnelles supérieures (50 %) et les Franciliens (50 %).
En revanche, dans les zones rurales, chez les familles nombreuses ou les ménages modestes, la méfiance reste vive. Si vous vivez en milieu rural avec une famille à charge, vos préoccupations diffèrent radicalement de celles d’un jeune urbain qui se déplace en transports en commun depuis Nanterre.
Occasion : frémissement sur l’électrique, percée de l’hybride
Certes, il y a des signaux faibles. Les annonces de véhicules électriques d’occasion sur La Centrale ont vu leurs vues grimper de 90 % en 2024, puis de 115 % en 2025. Un frémissement, peut-être. Mais dans les faits, l’hybride fait bien meilleure figure, occupant 12 % du marché de l’occasion, contre seulement 4 % pour les électriques.
Dans ce cadre, opter pour un véhicule hybride s’impose comme une solution intermédiaire crédible, conciliant les avantages du thermique et de l’électrique. Un entre-deux pragmatique qui traduit une demande de transition mesurée, loin des injonctions gouvernementales.






