Alors qu’il devait redémarrer début mars, l’EPR de Flamanville accumule les retards et les ajustements techniques. Après un raccordement au réseau électrique en décembre 2024, la centrale nucléaire la plus attendue de France peine à trouver son rythme. EDF assure que tout est sous contrôle, mais les reports successifs questionnent l’avenir de ce projet hors normes.
Le 21 décembre 2024, l’EPR de Flamanville, attendu depuis plus d’une décennie, était enfin raccordé au réseau électrique. Une victoire en demi-teinte, car trois mois plus tard, le réacteur accumule déjà 76 jours d’arrêt sur ses 100 premiers jours d’exploitation. Entre ajustements mécaniques et imprévus techniques, EDF multiplie les interventions, reportant sans cesse la mise en puissance de cette infrastructure stratégique pour la production d’électricité nucléaire en France. Que se passe-t-il vraiment ? Pourquoi l’EPR ne redémarrera-t-il pas avant le 30 mars 2025 ?
Flamanville : une montée en puissance laborieuse
L’EPR de Flamanville, premier réacteur nucléaire de nouvelle génération construit en France, devait symboliser le renouveau du parc atomique national. Après douze ans de retard et un budget multiplié par trois, il était enfin raccordé au réseau électrique en décembre 2024. Mais la montée en puissance prévue par EDF ne s’est pas déroulée comme prévu.
Dès le 15 février 2025, un arrêt imprévu a été décidé pour une série d’interventions techniques :
- Un débit d’eau insuffisant dans le circuit de refroidissement par eau de mer, nécessaire en cas d’urgence, a nécessité un contrôle approfondi.
- Une sonde défectueuse dans le circuit primaire a été détectée, obligeant EDF à profiter de l’arrêt pour la remplacer.
Ce n’était pourtant que le début d’un enchaînement d’imprévus.
Une turbine capricieuse : le nouveau casse-tête d’EDF
Alors que le redémarrage de l’EPR était annoncé pour le 5 mars 2025, un nouvel élément perturbateur est apparu : un problème d’échauffement sur deux des dix paliers de la turbine.
Lors d’essais techniques, EDF a constaté que les paliers 7 et 8 de la turbine affichaient une température dépassant les seuils autorisés. Cette surchauffe serait causée par un défaut d’alignement initial du groupe turbo-alternateur, pièce centrale du système de production d’électricité.
Pourquoi ce problème est-il préoccupant ?
- La turbine convertit l’énergie de la vapeur en électricité. Une surchauffe excessive risque d’entraîner une usure prématurée des composants.
- Le vide au condensateur, essentiel à l’efficacité de la machine, ne peut être maintenu dans ces conditions.
- EDF a dû modifier l’alignement des cales pour ajuster la structure, ajoutant un retard supplémentaire à la remise en route du réacteur.
| Problème rencontré | Nature du problème | Impact sur l’exploitation | Solution envisagée |
|---|---|---|---|
| Débit insuffisant dans le circuit EVU/SRU | Circuit de refroidissement d’ultime secours | Contrôle et nettoyage des pompes | Vérification et optimisation du circuit |
| Sonde défectueuse | Circuit primaire | Surveillance des températures | Remplacement de la sonde |
| Échauffement de la turbine | Alignement du groupe turbo-alternateur | Risque de surchauffe et d’usure prématurée | Ajustement des cales de la turbine |
Conséquence directe : un nouveau report au 30 mars 2025.
EDF rassure, mais jusqu’à quand ?
Malgré ces retards, EDF maintient son objectif d’une montée en puissance à 100 % d’ici l’été 2025. L’électricien public affirme que ces ajustements font partie d’un processus normal pour une infrastructure aussi complexe. Pourtant, cette communication optimiste peine à convaincre. Trois arrêts successifs en trois mois ne sont pas de simples ajustements, mais bien des interventions lourdes sur des composants critiques.
L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASNR), qui supervise la sûreté des installations, ne signale cependant aucun problème lié à la sécurité nucléaire. Les défaillances recensées sont d’ordre mécanique et technique, ce qui limite les risques en matière de sûreté.
Le feuilleton de l’EPR de Flamanville semble loin d’être terminé. Entre problèmes techniques et retards successifs, le réacteur peine à convaincre qu’il sera pleinement opérationnel dans les délais annoncés. Si EDF assure que la mise en service totale reste prévue pour l’été 2025, les ajustements de dernière minute laissent planer un doute. Flamanville tiendra-t-il enfin sa promesse d’une production stable d’ici quelques mois ? Ou faut-il s’attendre à de nouveaux rebondissements ?





