Gaz naturel liquéfié : l’Irlande se dote de son premier terminal offshore

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Face à sa dépendance aux importations de gaz en provenance du Royaume-Uni, l’Irlande franchit une étape décisive en validant la construction de son premier terminal offshore de gaz naturel liquéfié (GNL).

Une dépendance énergétique structurelle qui expose l’Irlande aux risques d’approvisionnement

L’Irlande est l’un des rares pays européens à ne pas disposer de terminal de GNL sur son territoire. Son approvisionnement repose à plus de 90 % sur les importations via des gazoducs sous-marins en provenance du Royaume-Uni, qui lui-même dépend en partie du gaz norvégien et des importations de GNL. Cette situation présente plusieurs vulnérabilités. En cas de perturbation de l’approvisionnement britannique, l’Irlande ne dispose d’aucune alternative immédiate, ce qui la place dans une situation critique vis-à-vis des normes européennes de sécurité énergétique.

La crise énergétique de 2022, provoquée par la guerre en Ukraine et la réduction des exportations de gaz russe vers l’Europe, a mis en évidence l’importance de la diversification des sources d’approvisionnement. Dans ce contexte, le gouvernement irlandais a décidé d’autoriser la construction de son premier terminal offshore de GNL, une installation qui permettra d’importer du gaz par voie maritime et de limiter la dépendance aux infrastructures britanniques.

Un terminal offshore de GNL : fonctionnement et objectifs

Le futur terminal prendra la forme d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU, Floating Storage and Regasification Unit). Il s’agit d’un navire équipé de cuves cryogéniques pour le stockage du GNL, ainsi que d’un système de regazéification permettant d’injecter directement le gaz dans le réseau national.

L’installation, dont l’emplacement exact n’a pas encore été précisé, aura une capacité de stockage d’environ 170 000 mètres cubes de GNL. Contrairement à d’autres terminaux européens qui opèrent sur un modèle commercial en réceptionnant et redistribuant du gaz aux acteurs du marché, l’infrastructure irlandaise aura un rôle principalement stratégique. Elle servira de réserve d’urgence en cas de rupture de l’approvisionnement principal par les gazoducs britanniques.

Le gouvernement met en avant la nécessité de cette infrastructure pour garantir la continuité des approvisionnements en gaz, qui représente encore plus de 30 % du mix énergétique du pays, notamment pour la production d’électricité et le chauffage domestique. L’Irlande est particulièrement exposée aux variations de prix et aux risques géopolitiques en raison de l’absence d’infrastructures locales de stockage de grande ampleur.

Sécurité énergétique et diversification des sources d’importation

L’un des principaux arguments en faveur du terminal est la diversification des sources d’approvisionnement. En se dotant d’une infrastructure capable d’accueillir des méthaniers, l’Irlande pourra s’approvisionner auprès de fournisseurs variés, notamment les États-Unis, le Qatar ou encore la Norvège. Cela réduit la dépendance aux décisions britanniques et sécurise davantage l’accès au gaz, notamment en période de tensions sur les marchés énergétiques.

En Europe, plusieurs pays ont accéléré la mise en place de terminaux flottants de GNL afin de compenser la diminution des importations russes. L’Allemagne, par exemple, a mis en service plusieurs FSRU en un temps record, permettant d’atténuer les risques de pénurie. L’Irlande suit cette dynamique en s’appuyant sur une technologie éprouvée, déjà largement utilisée à travers le monde pour des infrastructures temporaires ou pour des pays ne disposant pas de sites terrestres adaptés.

Le coût annoncé de 300 millions d’euros représente tout de même un investissement significatif pour une installation qui, en l’état actuel des plans, ne sera pas exploitée à des fins commerciales. L’absence de revenus issus de l’utilisation du terminal en dehors des situations de crise pourrait poser la question de sa rentabilité sur le long terme.

Des tensions entre sécurité énergétique et objectifs climatiques

Si l’argument de la sécurité énergétique est central, ce projet ne fait pas l’unanimité. L’Irlande s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de transition énergétique, avec un développement accru des énergies renouvelables, notamment l’éolien offshore. La mise en place d’un terminal GNL est perçue par certains comme un contre-signal dans une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le GNL présente en effet un bilan carbone supérieur à celui du gaz acheminé par gazoduc. Son transport par méthanier, son stockage et son processus de regazéification nécessitent des infrastructures et des opérations énergivores, qui augmentent son empreinte carbone. De plus, une partie du GNL exporté, notamment celui en provenance des États-Unis, provient de gaz de schiste, dont l’exploitation par fracturation hydraulique est fortement critiquée pour son impact environnemental.

Les opposants au projet estiment qu’au lieu d’investir dans de nouvelles infrastructures fossiles, l’Irlande devrait accélérer le déploiement des énergies renouvelables et renforcer ses capacités de stockage d’électricité. Le développement de solutions de flexibilité du réseau, comme le stockage par batteries ou la production d’hydrogène vert, pourrait constituer une alternative sur le long terme, bien que ces technologies ne permettent pas encore de répondre aux besoins énergétiques actuels avec la même fiabilité que le gaz.

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