Alors que la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) est censée guider la stratégie énergétique nationale pour les dix prochaines années, le Haut Conseil pour le Climat (HCC) tire la sonnette d’alarme.
Le 31 janvier 2025, le Haut Conseil pour le Climat (HCC) a rendu un avis particulièrement critique sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3), le document qui définit la trajectoire énergétique de la France pour la période 2025-2035. Ce plan, censé organiser la transition vers un modèle énergétique plus durable, est jugé imprécis et mal adapté aux défis à venir. Alors que la France s’engage à réduire sa dépendance aux énergies fossiles et à développer des sources d’énergie décarbonées, le HCC dénonce un texte « manquant de clarté, de mesures concrètes et de marges de manœuvre en cas d’imprévus ».
Un plan jugé imprécis et risqué par le Haut Conseil pour le Climat
Dans son rapport, le Haut Conseil pour le Climat ne cache pas son inquiétude face aux incertitudes entourant la PPE3. Jean-François Soussana, président du HCC, estime que les hypothèses énergétiques sous-jacentes manquent de transparence et d’argumentation. Une des critiques majeures repose sur les prévisions de consommation énergétique. La PPE3 prévoit une consommation finale supérieure de 150 térawattheures (TWh) par rapport à celle requise par la directive Fit for 55 de l’Union Européenne, un programme visant à accélérer la décarbonation des économies européennes. La part des énergies renouvelables prévue reste inférieure à 45 %, alors que l’Europe impose un seuil minimal.
Le gouvernement justifie cet écart par la réindustrialisation du pays, une dynamique censée relocaliser certaines activités stratégiques. Selon le HCC, 100 TWh restent sans explication claire, ce qui jette un doute sur la capacité de la PPE3 à garantir une trajectoire énergétique maîtrisée. Face à ces incertitudes, l’institution recommande la réalisation de stress tests approfondis, notamment sur la production nucléaire et les énergies renouvelables, afin d’anticiper d’éventuelles défaillances techniques ou climatiques.
La PPE3 : un projet sans filets de sécurité
Si la PPE3 affiche des ambitions fortes, notamment l’accélération de la sortie des énergies fossiles d’ici 2050, l’augmentation de la production d’électricité décarbonée et une meilleure structuration de l’électrification des usages, elle reste pourtant incertaine. Le HCC déplore l’absence de scénarios alternatifs permettant de faire face aux risques industriels ou climatiques. Aucun mécanisme ne semble prévu pour gérer d’éventuels retards sur le programme nucléaire ou des périodes prolongées de faible production des énergies renouvelables.
Un autre point inquiétant réside dans le manque de retour d’expérience de la PPE2, alors même que la loi impose un bilan des précédentes stratégies énergétiques. Selon le HCC, cette omission constitue une faille majeure et empêche d’ajuster les erreurs passées.
Financement et gouvernance : des lacunes importantes
L’un des principaux défis de la transition énergétique repose sur le financement des infrastructures nécessaires au déploiement des énergies renouvelables et à la sécurisation du réseau. La PPE3 demeure floue sur plusieurs aspects essentiels. Elle n’apporte aucune garantie de financement claire pour le développement des énergies renouvelables, des solutions de stockage et des mécanismes de flexibilité du réseau.
Le plan ne propose aucune mesure détaillée pour accompagner les ménages dans cette transition, en particulier ceux en situation de précarité énergétique. Une absence de soutien ciblé pourrait accentuer les inégalités entre les territoires et ralentir l’adhésion des citoyens aux efforts de décarbonation. Le manque de concertation avec les parties prenantes est également critiqué. Certaines associations, comme le collectif Impact France, dénoncent une consultation publique insuffisante et redoutent que des décisions soient prises de manière unilatérale, sans prendre en compte les réalités locales.
Un déséquilibre entre sobriété énergétique et production accrue
L’un des paris du gouvernement repose sur une électrification massive des usages, notamment via un développement accru du nucléaire et des énergies renouvelables. Le HCC estime que cet effort ne suffira pas si aucune politique efficace de sobriété énergétique n’est mise en place. Selon les experts du conseil, la PPE3 ne fixe pas d’objectifs clairs sur la réduction de la demande énergétique, ce qui pourrait nuire aux engagements climatiques de la France.





