Le ministère américain de l’Énergie (DOE) prête jusqu’à 4,4 milliards de dollars pour redémarrer trois centrales nucléaires à l’arrêt : la Palisades Power Plant dans le Michigan, le Crane Clean Energy Center sur le site de Three Mile Island en Pennsylvanie, et le Duane Arnold Energy Center dans l’Iowa. Ensemble, ces trois sites doivent restaurer une capacité de 2,25 gigawatts, de quoi alimenter environ 2 millions de foyers et d’entreprises, rapporte le LA Times.
Aucune des trois centrales n’a fermé parce que sa licence d’exploitation avait expiré. Toutes ont cessé de produire parce que leur électricité coûtait trop cher face à la concurrence. Deux d’entre elles ont depuis trouvé un nouveau modèle économique : des contrats avec de grandes entreprises technologiques, prêtes à payer un supplément pour obtenir de l’énergie décarbonée destinée à leurs centres de données d’intelligence artificielle.
Pour Todd Allen, doyen associé à la recherche au College of Engineering de l’université du Michigan, redémarrer un réacteur permet d’obtenir rapidement beaucoup d’électricité, à moindre coût qu’une construction neuve. Il explique qu’il existe une demande de davantage d’énergie dans le pays, et que ces installations étaient auparavant raccordées et opérationnelles, ce qui permet de relativement vite les faire produire à nouveau.
Il compare l’opération à la remise en route d’une voiture restée immobilisée plusieurs années : il faut un permis valide, des pièces qui fonctionnent, mais sur un système bien plus vaste.
Edwin Lyman, directeur de la sûreté nucléaire à l’Union of Concerned Scientists, voit les choses autrement. Il juge que l’argent public devrait d’abord servir à traiter les risques de sûreté, rappelant que la plupart des centrales américaines ont été construites entre 1970 et 1990, conçues pour résister aux catastrophes naturelles de l’époque, alors que le changement climatique rend désormais les événements météorologiques extrêmes plus fréquents et plus graves.
Il estime que c’est possible, à condition qu’ils fixent le bon niveau de sûreté et dépensent les fonds nécessaires, mais que ce n’est pas ce qui se passe actuellement.
Trois sites, trois calendriers de redémarrage
Dans l’Iowa, le Duane Arnold Energy Center, entré en service en 1975, avait fermé prématurément en août 2020 après avoir été endommagé par un derecho, une tempête violente. Sa propriétaire, NextEra Energy, collabore avec Google pour le remettre en service d’ici début 2029.
Son PDG John Ketchum s’est dit confiant dans un entretien, estimant qu’il s’agit d’un exemple parfait de centres de données qui assument eux-mêmes leurs coûts, aucun des coûts n’étant supporté par les clients résidentiels de l’Iowa.
Dans le Michigan, Palisades a fonctionné de 1971 à 2022, avant qu’Entergy ne quitte le secteur du nucléaire alors que sa licence courait jusqu’en 2031. Holtec International a racheté le site et entamé son démantèlement, sans qu’aucune étape ne soit irréversible.
Les autorités du Michigan ont poussé à la réouverture et versé un financement public. L’administration Biden avait approuvé un prêt de 1,5 milliard de dollars en 2024, poursuivi par l’administration Trump. En août (2026), Holtec a commencé à charger le combustible, l’une des dernières étapes avant redémarrage, mais le processus a été suspendu après qu’un assemblage s’est incliné hors de sa position verticale.
L’entreprise doit en déterminer la cause avant de reprendre, alors que ses accords d’achat d’électricité imposent une mise en service d’ici mars 2027. Palisades serait la première centrale au monde à reprendre sa production après avoir entamé un démantèlement : aucun réacteur commercial n’y est jamais parvenu jusqu’ici, même si certains ont redémarré après de longs arrêts.
En Pennsylvanie, le Crane Clean Energy Center occupe le site de Three Mile Island, théâtre en 1979 de l’accident nucléaire commercial le plus grave de l’histoire américaine. En 2019, Exelon avait fermé le réacteur restant, invoquant des pertes financières et le refus des élus de Pennsylvanie de le subventionner.
Constellation Energy a annoncé en 2024 un investissement de 1,6 milliard de dollars pour le relancer, adossé à un contrat de vingt ans avec Microsoft, avec un objectif de remise en service en 2027. Le DOE y consacre un prêt de 1 milliard de dollars. Le secrétaire adjoint à l’Énergie James Danly s’est rendu sur place la semaine précédant le 17 octobre 2026.
Le financement public divise. Jack Spencer, qui dirige le Center for Energy, Climate and Environment de la Heritage Foundation, dit ne pouvoir imaginer pire usage de l’argent des contribuables pour des projets à faible risque, où la demande est déjà massive. Jennifer Gordon, à la tête de la Nuclear Energy Policy Initiative de l’Atlantic Council, y voit au contraire un bon moyen de mobiliser un financement fédéral pour obtenir l’électricité nécessaire.
La World Nuclear Association juge, elle, que ces redémarrages méritent d’être salués, tout en rappelant que la meilleure option resterait d’empêcher ces fermetures prématurées. Elle cite des précédents au Canada, en Arménie, en Belgique, au Japon, en Inde et en Corée du Sud, où des réacteurs ont déjà été redémarrés ou remis en état après de longs arrêts.






