Dans moins de deux semaines, dans la nuit du 24 au 25 octobre, les Français reculeront leurs montres d’une heure. Le changement d’heure d’hiver 2026 intervient à la date la plus précoce possible, le dernier dimanche du mois tombant cette année au 25 octobre. Pourtant, une interrogation persiste : le dispositif instauré en 1976 pour réduire la consommation électrique est-il encore valable face aux profils énergétiques actuels ? Selon les données actuelles, le changement d’heure génère plus de coûts énergétiques qu’il n’en économise.
Origine du changement d’heure : la crise pétrolière de 1973
Le changement d’heure a été instauré en réponse à la crise pétrolière de 1973-1974. Face à la hausse des prix du pétrole et aux pénuries, la France a introduit en 1976 un décalage horaire saisonnier pour aligner les heures d’activité sur l’ensoleillement. À cette époque, l’éclairage constituait 15 à 20% de la consommation électrique des ménages. L’objectif était de réduire la demande lors des pics de consommation en soirée.
Le modèle de 1976 reposait sur trois hypothèses : l’éclairage était le principal poste de consommation domestique, les activités humaines se concentraient entre 8h et 20h, et la demande de chauffage en intersaison était faible. Ces hypothèses reflètent une époque où les appareils électroniques permanents étaient absents et la climatisation rare. Les économies annuelles espérées étaient de 1 à 3% de la consommation électrique, soit environ 500 à 1 500 GWh pour la France.
Changements des profils énergétiques depuis 1998
En cinquante ans, les habitudes de consommation ont radicalement changé. Aujourd’hui, le chauffage et la climatisation représentent 60 à 70% de la facture énergétique des bâtiments. Le passage à l’heure d’hiver augmente les besoins de chauffage matinal, car les températures oscillent entre 5 et 12°C au lever du jour. L’éclairage, réduit à 5% de la consommation grâce aux LED, ne compense plus cette augmentation.
L’augmentation des appareils électroniques en veille a également modifié la donne. Box internet, serveurs et autres dispositifs consomment de l’énergie en continu, peu importe l’heure légale. Les data centers, inexistants en 1976, absorbent aujourd’hui 3 à 4% de la production électrique européenne. Le changement d’heure perturbe les cycles de refroidissement optimisés, créant des surconsommations temporaires. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ces perturbations représentent 0,2% de la consommation annuelle des infrastructures numériques, soit environ 200 GWh pour la France.
Avec l’essor des énergies renouvelables, le décalage horaire perd en pertinence. La production solaire suit le cycle astronomique et non l’heure légale. En hiver, le pic de production solaire se situe entre 11h et 14h heure solaire, alors que la demande résidentielle se décale vers 18h-20h avec l’heure d’hiver, nécessitant le recours à des centrales thermiques d’appoint.
Les études récentes : un bilan énergétique négatif
Les études récentes montrent que le gain énergétique du changement d’heure est faible, entre 0,03 et 0,1% de la consommation annuelle, soit 30 à 100 GWh pour la France. Une étude de l’ADEME de 2019 rapporte une économie de 351 GWh sur l’éclairage, mais une surconsommation de 270 GWh sur le chauffage, ramenant le bénéfice net à 81 GWh. Ce bénéfice représente 0,017% de la consommation annuelle de 475 TWh en France, un impact négligeable. Les coûts de transition sont également notables, avec des perturbations des systèmes de régulation thermique pendant plusieurs jours après le changement.
Blocage européen sur l’harmonisation : une impasse technique
Depuis 1998, les 27 États membres appliquent le même calendrier de changement d’heure. En 2018, une consultation publique européenne a révélé que 84% des participants souhaitaient sa suppression. Le Parlement européen a voté pour sa suppression en 2019, mais le projet est bloqué au Conseil de l’Union européenne depuis. Le dilemme technique persiste : conserver l’heure d’été ou d’hiver en permanence ? Les pays nordiques préfèrent l’heure d’hiver pour éviter des levers tardifs en décembre, tandis que les pays méditerranéens favorisent l’heure d’été pour réduire la climatisation estivale. La pandémie de Covid-19 a également interrompu les discussions. En 2026, malgré son inefficacité énergétique prouvée, le changement d’heure continue, avec un coût sanitaire estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an en Europe.
Le changement d’heure d’hiver 2026, prévu le 25 octobre, illustre l’obsolescence d’une politique énergétique devenue contre-productive. Conçu en 1976 pour économiser 1 à 3% de la consommation électrique, le dispositif n’offre aujourd’hui qu’un avantage net inférieur à 0,02%, largement compensé par les surconsommations de chauffage et les perturbations numériques. Le blocage politique empêche toute adaptation, malgré un large consensus citoyen. La question demeure : quand les États membres parviendront-ils à un accord technique sur l’heure à adopter définitivement ?





