La diminution de 3,2 millions de barils des stocks de pétrole aux États-Unis masque un déséquilibre plus inquiétant : les stocks de distillats sont 12 % inférieurs à leur moyenne historique, tandis que la côte Est fait face à une pénurie critique de 32 % en produits raffinés de saison. Selon les données hebdomadaires de l’Energy Information Administration (EIA) pour la semaine du 2 octobre 2026, bien que les réserves de brut soient proches des moyennes quinquennales, la raréfaction des produits raffinés menace la sécurité énergétique hivernale.
Analyse détaillée des données EIA : au-delà de la baisse des stocks de brut
La réduction de 3,2 millions de barils de brut a surpris les analystes qui attendaient une hausse de 1,7 million. Cet écart de près de 5 millions de barils constitue un signal haussier pour les prix du brut. Cependant, les stocks américains totalisent désormais 424,1 millions de barils, soit seulement 1 % au-dessus de la moyenne quinquennale, restant donc dans une norme relative malgré les perturbations au Moyen-Orient depuis février 2026.
L’EIA a relevé sa prévision de prix du Brent pour le quatrième trimestre 2026 à 105 dollars le baril, soit une augmentation de 14 dollars par rapport au mois précédent. Bien que les flux pétroliers du Moyen-Orient soient contraints, les arrêts régionaux ont diminué, et des routes alternatives atténuent les perturbations du détroit d’Ormuz.
Les stocks de distillats (diesel, fioul domestique, kérosène) sont restés stables, mais à un niveau 12 % inférieur à la moyenne quinquennale. L’EIA indique que les inventaires de distillats de la côte Est étaient 32 % sous leur moyenne saisonnière quinquennale en septembre et devraient rester environ 20 % en dessous cet hiver. La pénurie mondiale de diesel pousse les raffineurs à prioriser la production de distillats.
Les stocks de propane et propylène ont diminué de 1,8 million de barils, mais restent 18 % au-dessus de la moyenne quinquennale, offrant une marge pour les usages industriels et résidentiels. Le déséquilibre entre brut et distillats souligne une tension : la capacité de raffinage ne suit pas la demande de produits finis.
La côte Est sous pression : déficit de 32 % en distillats saisonniers
Le déficit de 32 % sur la côte Est constitue un risque majeur pour l’hiver. Le fioul domestique, essentiel pour le chauffage dans le Nord-Est, pourrait être soumis à des tensions tarifaires et à des ruptures si les températures chutent. L’EIA prévoit des stocks 20 % sous la moyenne pendant toute la saison froide, un niveau inédit.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé l’accélération des libérations de réserves stratégiques, avec un focus sur le diesel, une mesure coordonnée au niveau du G7. Cependant, l’annonce du 2 octobre n’a pas été intégrée aux prévisions EIA du 1er octobre, et l’effet sur les prix spot, en hausse de 18 % depuis août, reste à évaluer.
La géographie des stocks accentue les vulnérabilités. Alors que le golfe du Mexique dispose de capacités excédentaires, la côte Est dépend d’importations maritimes et de pipelines saturés. Les attaques sur le pipeline saoudien et les infrastructures régionales ont réduit les flux transatlantiques, généralement importés d’Europe et du Moyen-Orient. Les raffineries américaines fonctionnent à 92,7 % de leur capacité, limitant les marges de progression.
Taux de raffinage à 92,7 % : limites de la capacité de transformation
Le taux d’utilisation des raffineries de 92,7 % signale une exploitation proche du maximum. Les arrêts de maintenance et les contraintes environnementales empêchent de dépasser 95 %. Augmenter la production de distillats réduirait celle d’essence et de naphta. Les marges de raffinage pour le diesel sont à des niveaux records, incitant les opérateurs à maximiser les distillats, mais les installations ont des limites physiques.
La baisse des stocks de brut survient alors que la production américaine atteint des records, avec 14,3 millions de barils par jour prévus en 2027. Le problème réside dans le raffinage, pas l’extraction. Les investissements dans de nouvelles capacités de distillation prennent des années, rendant improbable une solution structurelle à court terme.
Prévisions EIA et scénarios d’approvisionnement pour la fin de 2026
L’EIA prévoit un Brent à 105 dollars le baril au quatrième trimestre 2026, puis une chute à 84 dollars en 2027, soit encore 10 dollars au-dessus des prévisions précédentes. L’agence précise que les flux pétroliers du Moyen-Orient devraient rester contraints, bien que la production fermée en septembre ait été la plus faible depuis le début des hostilités. Les révisions à la hausse reflètent les risques géopolitiques persistants, notamment les attaques houthies contre les infrastructures saoudiennes.
Le scénario central envisage une amélioration des flux au premier trimestre 2027 si les tensions iraniennes s’apaisent, mais les marchés restent vulnérables à une escalade. La pénurie de diesel pourrait durer jusqu’à mi-2027, même si les prix du brut se stabilisent.






