Pourquoi la NASA a enfermé 3 301 abeilles dans une navette spatiale en 1984, et ce qu’elles ont bâti en sept jours sans gravité

En apesanteur, des abeilles ont bâti un nid presque identique à celui d’une colonie restée sur Terre. Mais un détail troublant a intrigué les scientifiques : leur reine n’a jamais réussi à faire éclore ses œufs.

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Pourquoi la NASA a enfermé 3 301 abeilles dans une navette spatiale en 1984, et ce qu'elles ont bâti en sept jours sans gravité
Pourquoi la NASA a enfermé 3 301 abeilles dans une navette spatiale en 1984, et ce qu’elles ont bâti en sept jours sans gravité © L'EnerGeek

En avril 1984, la NASA a embarqué une colonie d’environ 3 300 abeilles ouvrières, ainsi que leur reine, à bord de la navette spatiale Challenger, lors de la mission STS-41-C, raconte le magazine Science et Vie. L’expérience, imaginée par Dan Poskevich, un lycéen de Waverly, dans le Tennessee, avait été retenue dans le cadre d’un programme de la NASA invitant des élèves à concevoir de véritables expériences pour l’orbite.

La question posée était simple : privées de gravité, les abeilles seraient-elles encore capables de bâtir un rayon de cire, avec sa géométrie hexagonale habituelle ?

Les insectes voyageaient dans une petite enceinte vitrée, le Bee Enclosure Module, fournie par l’industriel Honeywell, avec de quoi les nourrir pendant sept jours. Une ruche jumelle, rigoureusement identique, était restée au sol dans les mêmes conditions de température et d’obscurité, pour servir de point de comparaison.

Les premiers jours ont été chaotiques. Sur Terre, les abeilles utilisent la gravité comme point de repère pour s’orienter et pour construire leurs rayons, un peu comme elles s’en servent pour orienter leur fameuse danse de communication. En orbite, ce repère a disparu d’un coup : plusieurs abeilles tentaient de décoller puis s’écrasaient contre les parois du caisson, comme désorientées, considérant le plafond du module comme un support tout aussi valable que le cadre prévu pour les guider.

Le comportement s’est stabilisé en une semaine à peine. Vers la fin de la mission, un grand nombre d’abeilles naviguaient d’un point à un autre sans plus se cogner contre la partie supérieure du caisson, certaines atteignant même une vitesse de vol supérieure à celle qu’elles auraient sur Terre.

Un rayon presque identique à celui du groupe témoin resté au sol

Au terme du vol, les ouvrières avaient construit environ 200 cm² de rayon en cire blanchâtre, à peine plus grand qu’une carte postale. Ce résultat était presque identique à celui de la ruche témoin restée au sol, alors que celle-ci ne présentait encore aucune construction visible lors des premières inspections comparatives.

Après dissection, les chercheurs ont comparé la géométrie, la profondeur, le diamètre et l’épaisseur des parois des cellules avec les constructions terrestres. Les alvéoles bâties dans l’espace affichaient un diamètre moyen plus réduit et des parois plus épaisses, tout en conservant une profondeur similaire. Certaines cellules ont servi à stocker le sirop sucré distribué aux abeilles pour leur subsistance.

La colonie a par ailleurs maintenu la quasi-totalité de ses routines sociales : ventilation du module pour réguler température et humidité, gestion des réserves d’eau, de nectar et de pollen, transport des congénères mortes vers un compartiment extérieur. Une vingtaine d’individus seulement avaient péri, un taux jugé conforme à l’usure habituelle d’une colonie, et la grande majorité de l’essaim a survécu jusqu’à la fin de la mission.

La reproduction, en revanche, n’a pas suivi. La reine a pondu une trentaine d’œufs pendant le trajet, contre plusieurs centaines habituellement en une semaine sur Terre. Aucun n’a éclos après le retour. Les scientifiques n’ont jamais réussi à déterminer si la brièveté de la mission, le stress du lancement ou l’absence de poids était en cause, ce qui a empêché d’étudier une génération d’abeilles conçue en apesanteur.

Les résultats ont ensuite été analysés dans une étude publiée dans la revue Apidologie, qui a conclu que les abeilles étaient capables d’adapter leur comportement à l’apesanteur et de continuer à construire des cellules hexagonales reconnaissables. L’expérience n’a en revanche rien prouvé sur une reproduction durable, la pollinisation ou la production de miel lors de missions de longue durée.

Le sujet garde pourtant un intérêt à mesure que les agences spatiales envisagent des missions de plus en plus longues vers la Lune ou Mars, où produire de la nourriture et maintenir des écosystèmes sur de longues périodes suppose de trouver un rôle aux insectes pollinisateurs.

Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Physiology a d’ailleurs inclus les abeilles parmi les espèces méritant d’être étudiées plus en profondeur pour les futurs systèmes alimentaires spatiaux. Depuis l’expérience de 1984, d’autres insectes, fourmis et mouches notamment, ont été envoyés à bord de la Station spatiale internationale pour comprendre comment le vivant recompose ses repères en l’absence de poids.

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