Parmi les 82 institutions financières européennes évaluées par Axylia, les banques françaises se retrouvent dans une impasse technique : 99% des émissions de CO2 du secteur proviennent des activités financées, mais seules 54% d’entre elles les mesurent réellement. Les trois grandes banques françaises ? Elles obtiennent un zéro sur cent au Standard B.
Le 16 septembre 2026, le cabinet Axylia, expert en finance responsable et certifié B Corp, a publié le Score Carbone Finance (SCF), le premier outil européen d’évaluation du reporting carbone des institutions financières. L’étude, qui analyse plus de 16 000 pages de documents de 82 banques, assureurs et gestionnaires d’actifs cotés, met en lumière l’écart technique considérable entre les banques pionnières nordiques et celles en retard en France. Alors que sept banques obtiennent une note moyenne de 77/100, la majorité reste à 51/100. Plus préoccupant : BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale affichent un score de 0/100 sur le Standard B du protocole PCAF®, qui évalue les émissions intermédiées.
Scope 3 : un défi technique pour les banques françaises
Selon Axylia, « les émissions de CO2 d’une institution financière ne se trouvent jamais dans ses bureaux, 99% se concentrent dans les activités qu’elle finance, facilite ou assure ». Le scope 3, catégorie 15 du GHG Protocol, inclut les émissions financées par les prêts, investissements et contrats d’assurance. Par exemple, un crédit immobilier finance des chaudières à gaz, et un prêt automobile des moteurs thermiques. L’impact climatique réel d’une banque se mesure dans ces flux, et non dans ses bureaux certifiés HQE.
Pourtant, seules 54% des banques européennes publient des données concernant le Standard B de PCAF®, qui couvre les émissions intermédiées. Les 46% restantes se limitent au Standard A, focalisé sur les prêts et investissements directs. Cette lacune est critique : les activités de marché représentent souvent la moitié du bilan des grandes banques universelles.
Pourquoi les grandes banques françaises échouent au Standard B de PCAF®
Axylia délivre un constat sévère : les trois piliers du secteur bancaire français affichent une note nulle au Standard B, par manque de données « suffisamment complètes ». BNP Paribas se classe 31e sur 82, Crédit Agricole 34e, Société Générale 40e. Un échec technique qui contraste avec leurs engagements déclarés dans la Net-Zero Banking Alliance.
Le Standard B exige la mesure des émissions issues des financements structurés, des émissions obligataires et des conseils en fusion-acquisition. Or, ces informations nécessitent une granularité que les systèmes d’information français ne capturent pas. Faute de méthodologie harmonisée et de données client exploitables, les banques françaises restent aveugles sur une part massive de leur empreinte carbone, explique un analyste ESG à Les Échos.
Les limites du standard PCAF® face à la complexité des portefeuilles
Le Standard B rencontre une difficulté matérielle : l’absence de données client normalisées. Lorsqu’une banque organise une émission obligataire pour un groupe industriel, elle doit connaître le mix énergétique de l’émetteur et d’autres détails rarement disponibles dans les systèmes de gestion de crédit conçus pour évaluer le risque financier, pas l’impact climatique.
PCAF® propose une méthodologie en cascade : utiliser des données réelles si disponibles, sinon des moyennes sectorielles ou des proxy économiques. Mais cette flexibilité entraîne des écarts de qualité importants. Une banque utilisant 80% de données réelles et une autre s’appuyant sur 80% de proxy affichent des résultats incomparables, bien que conformes au standard. Axylia note que seulement 30% des banques publient le score de qualité de leurs données, rendant toute comparaison hasardeuse.
Avance des banques nordiques sur le reporting carbone
Les banques néerlandaises (ABN AMRO, ING), scandinaves (Nordea, Handelsbanken) et britanniques (Barclays, Lloyds, NatWest) dominent le classement. Ce leadership repose sur trois facteurs structurels : leur participation à la création de PCAF® en 2015, des réglementations nationales plus strictes, et une culture de transparence financière bien ancrée.
Vincent Auriac et Ferdinand Raffy d’Axylia soulignent : « Notre ambition est de faire du Score Carbone Finance une feuille de route concrète pour améliorer les pratiques, renforcer la transparence et mieux piloter les enjeux climatiques. » Cet outil pourrait devenir une référence pour l’Autorité bancaire européenne (EBA) et l’Autorité européenne des assurances (EIOPA), qui préparent un cadre harmonisé de reporting climatique pour 2027.
Les banques françaises ont peu de temps pour rattraper leur retard. La directive CSRD, applicable dès janvier 2024, impose une granularité accrue. Les scandales de données trafiquées, comme au Japon dans le nucléaire, illustrent les risques réputationnels d’un reporting défaillant. Sans une avancée technique rapide, les grandes banques françaises risquent de perdre en valorisation face aux investisseurs ESG, qui représentent 35% des actifs sous gestion en Europe d’après Eurosif.
Le secteur financier français affiche des ambitions climatiques, mais doit encore progresser concrètement, sous peine de voir sa crédibilité dans la transition énergétique remise en question.



