Le neuvième sommet Choose France a affiché une récolte record : 93 milliards d’euros d’investissements annoncés, dont une part écrasante fléchée vers l’intelligence artificielle et les data centers. Derrière les discours triomphants, une vérité s’impose que peu d’orateurs ont osé formuler clairement : ce qui attire les géants mondiaux de la tech en France, ce n’est pas la qualité de notre administration ni la souplesse de notre droit du travail. C’est notre électricité.
L’électricité nucléaire : notre seul vrai avantage compétitif
Soyons honnêtes une bonne fois pour toutes. La France ne gagne pas cette bataille des investissements grâce à ses 47 strates administratives, à son code du travail de 3 500 pages ou à ses délais de permis de construire dignes d’un musée de l’inefficacité bureaucratique. Elle la gagne parce qu’EDF produit encore une électricité abondante, pilotable et relativement décarbonée, grâce à un parc nucléaire que nos voisins européens, dans un moment d’égarement idéologique spectaculaire, ont choisi de démanteler.
Microsoft, Google, Amazon, Meta — tous ces groupes qui font la queue devant l’Élysée ont un problème commun et massif : leurs data centers et leurs fermes de calcul pour l’IA consomment des quantités d’électricité proprement vertigineuses. Un grand centre de calcul dédié à l’entraînement de modèles d’IA peut engloutir plusieurs centaines de mégawatts en continu, soit la consommation d’une ville moyenne. Ces entreprises ne cherchent pas seulement du courant bon marché — elles cherchent du courant garanti, disponible 24 heures sur 24, sans intermittence. Ce que le solaire et l’éolien, par définition physique, ne peuvent pas leur offrir seuls.
La France, avec son mix nucléaire, coche cette case. C’est notre pétrole du XXIe siècle. Et force est de constater que nous avons failli le dilapider.
L’urgence de ne pas gâcher cet avantage
Le vrai risque, maintenant que les capitaux affluent, c’est de les accueillir avec nos travers habituels. Je pense notamment à la lenteur de raccordement au réseau électrique — Enedis vient d’ailleurs de se faire tancer par le Médiateur de l’énergie dans son rapport annuel 2025, et ce n’est pas un détail anecdotique. Quand un data center ne peut pas être raccordé dans des délais raisonnables, l’investisseur prend son projet — et ses emplois — et va s’installer aux Pays-Bas ou en Suède, qui ont su industrialiser leurs procédures de connexion au réseau.
La seconde menace, c’est la fiscalité. L’énergie électrique supportée par les industriels en France reste l’une des plus taxées d’Europe, hors coût de production. Paradoxe absurde : nous disposons d’un outil de production compétitif, et nous le rendons artificiellement moins attractif par des couches successives de taxes et de contributions diverses, conçues pour financer des politiques publiques qui n’ont parfois rien à voir avec l’énergie.
Ce que Choose France ne règle pas
93 milliards d’euros d’annonces, c’est spectaculaire. Mais une annonce n’est pas un investissement réalisé. Entre la photo avec le Président et la mise en service effective d’un data center ou d’une usine de semi-conducteurs, il y a des années de procédures, de recours, de négociations avec des administrations plus habituées à dire non qu’à faciliter.
La vraie question que je pose aux décideurs français est simple : sommes-nous capables d’accélérer le raccordement électrique, de stabiliser la fiscalité énergétique sur dix ans et de simplifier les autorisations d’urbanisme pour les infrastructures numériques stratégiques ? Si oui, Choose France sera une success story. Si non, nous aurons organisé le plus beau salon de l’investissement jamais vu — sans lendemain.
L’électricité nucléaire nous a donné une fenêtre d’opportunité historique. Ne la refermez pas avec des formulaires Cerfa.
Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste






