Depuis 2011, le taux d’électrification des communes et des foyers a fortement progressé en Côte d’Ivoire, et la production électrique a doublé. Le pays est devenu un exportateur net d’électricité, s’imposant comme un hub énergétique régional. Pour prolonger cette dynamique, le gouvernement a engagé, cette année, un diagnostic de son réseau électrique suivant trois priorités : accroître la part des énergies renouvelables dans un mix encore largement carboné, achever l’électrification du territoire et renforcer les capacités d’exportation.
Fin mars 2026, le gouvernement ivoirien a initié un audit de son réseau électrique qui doit lui permettre d’identifier les communes non raccordées et les besoins d’extension des infrastructures, afin d’accélérer l’électrification du pays.
Électricité : l’essor rapide de la Côte d’Ivoire
Depuis quinze ans, le retour à la stabilité politique a permis le déploiement de politiques énergétiques volontaristes, notamment en termes d’électrification. Entre 2011 et 2020, l’État a investi 1 290 milliards FCFA dans le transport et la distribution d’électricité, ainsi que 600 milliards FCFA pour le programme PRONER d’électrification rurale. Cette stratégie a produit des résultats visibles. Entre 2011 et 2025, la part de localités électrifiées est passée de 33 % à 95,7 % en Côte d’Ivoire. L’accélération est nette entre 2017 et 2023 : de 45,6 % à 88 % en six ans.
Parallèlement, pour répondre à la hausse de la demande électrique, portée par les ménages et l’industrie, la Côte d’Ivoire a plus que doublé sa capacité de production. Elle est passée de 1 391 MW en 2011 à 3 019 MW en 2024, tirée surtout par la construction de centrales thermiques au gaz. Le pays a par ailleurs mis en service deux barrages hydroélectriques supplémentaires, à Soubré et à Gribo-Popoli, et s’est ouvert au solaire avec l’inauguration, en 2024, de la centrale photovoltaïque de Boundiali.
Grâce à ces nouvelles capacités, la production électrique nationale a bondi entre 2011 et 2024, passant de moins de 6 GWh à près de 14 GWh. Le mix électrique reste dominé par le thermique fossile (75 %), devant l’hydraulique (24,5 %) et le solaire (0,5 %), soit environ un quart d’énergies renouvelables.
Un exportateur clé de l’Afrique de l’Ouest
Aucun autre pays d’Afrique de l’Ouest n’a connu une progression aussi rapide dans l’électrification des communes. En 2011, la Côte d’Ivoire se situait dans la moyenne régionale ; elle occupe désormais la deuxième place, derrière le Cap-Vert (100 %). La tendance est comparable pour l’accès réel à l’électricité. La Côte d’Ivoire se classe actuellement au quatrième rang régional, derrière le Cap-Vert, le Ghana et le Sénégal, des économies stables depuis des décennies.
Le pays bénéficie surtout d’une production d’électricité structurellement supérieure à sa consommation. Il est ainsi devenu l’un des deux principaux exportateurs d’électricité d’Afrique de l’Ouest, aux côtés du Ghana. Les investissements dans les interconnexions avec les pays limitrophes ont fait de la Côte d’Ivoire un hub énergétique régional. Aussi, ce rôle de stabilisation renforce-t-il son influence.
Au nord, ses deux voisins sahéliens dépendent fortement de l’électricité ivoirienne. Chaque année, le Burkina Faso importe depuis la Côte d’Ivoire entre 15 et 20 % de sa consommation et le Mali entre 8 et 12 %. Le pays fournit également près de 10 % de l’électricité consommée au Liberia et en Sierra Leone.
Soutien à l’électrification universelle et aux interconnexions
La réélection d’Alassane Ouattara à la présidence de la République, fin 2025, assure la continuité des politiques énergétiques engagées, notamment au travers du Pacte national Énergie 2025-2030. Le volet « électricité » de ce plan repose sur trois priorités.
La première est d’atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, avec l’intégralité des communes raccordées et la totalité des foyers réellement électrifiés. L’État prévoit d’investir 1 700 milliards FCFA sur six ans dans les infrastructures de transport et de distribution. L’audit du réseau doit aider à identifier les priorités opérationnelles.
Le renforcement des interconnexions avec les pays voisins constitue le deuxième axe de cette stratégie. Le pays souhaite accroître ses capacités d’exportation vers le Burkina Faso, le Mali, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, et développer ses capacités d’échanges d’électricité avec le Ghana. Les réseaux des deux pays se soutiennent en effet mutuellement : selon les besoins, la Côte d’Ivoire peut exporter vers ou importer depuis le Ghana, notamment pour limiter le recours aux centrales fossiles.
Cap sur les renouvelables
Troisième priorité : porter la capacité électrique installée à 5 128 MW (+70 % en six ans), en privilégiant les énergies renouvelables. L’exécutif vise 1 000 MW de photovoltaïque d’ici 2030. Le Pacte prévoit aussi une centrale à biomasse à Aboisso, destinée à valoriser les déchets issus de la filière palmier à huile, et deux nouveaux barrages hydroélectriques, à Singrobo-Ahouaty et Boutoubré. Pour stabiliser le réseau, l’exécutif va construire de nouvelles centrales à gaz, dont un projet de 358 MW à Songon.
Ces infrastructures fossiles offriront des capacités pilotables rapidement mobilisables en cas de baisse de production renouvelable ou de pics de consommation. La priorité sera toutefois donnée aux sources bas-carbone. L’objectif est d’atteindre 45 % de renouvelables dans le mix de production électrique en 2030, soit une hausse de 20 points.





