Un projet relancé dans la Marne et l’Aube sous tension énergétique
Le 9 mars 2026, un projet de réactivation de puits de pétrole dans le bassin parisien a refait surface dans le débat énergétique régional. Les sites concernés se situent à Saint-Just-Sauvage, dans la Marne, et à proximité de Romilly-sur-Seine, dans l’Aube. L’initiative émane de la Société pétrolière de production et d’exploitation (SPPE), qui a engagé des démarches administratives auprès de l’État dès 2023 afin de remettre en service ces installations d’extraction. Selon l’article publié par Le Parisien, l’exploitation pourrait démarrer en 2027 et se poursuivre jusqu’au 31 décembre 2039, date limite fixée par la législation française pour l’exploitation d’hydrocarbures. Cependant, ces puits de pétrole ne sont pas des infrastructures nouvelles. Les gisements avaient déjà été identifiés dans les années 1980, période durant laquelle plusieurs forages avaient été réalisés dans la région.
L’activité s’était arrêtée à la fin des années 1980 et au début des années 1990, avant que les installations ne soient abandonnées et cimentées. D’après l’avis de l’Autorité environnementale publié le 12 février 2026, ces gisements restent exploitables et pourraient produire environ 74 000 tonnes de pétrole brut, soit près de 546 000 barils, sur toute la durée de la concession envisagée. Dans ce contexte, les tensions internationales et l’évolution du prix du pétrole sur les marchés mondiaux donnent une dimension stratégique au dossier. La hausse des cours de l’or noir, notamment en lien avec l’extension de conflits au Moyen-Orient, pousse certains acteurs à envisager une relance ponctuelle de productions locales. Toutefois, les volumes attendus demeurent modestes à l’échelle nationale : la France a consommé 60,9 millions de tonnes de produits pétroliers raffinés en 2024, ce qui relativise le poids économique potentiel de ces puits de pétrole.
Puits de pétrole : un gisement modeste mais exploitable jusqu’en 2039
Le projet de réouverture des puits de pétrole repose principalement sur la remise en état d’infrastructures existantes. En effet, la SPPE ne prévoit pas de nouveaux forages majeurs mais plutôt la réhabilitation de plateformes déjà présentes sur les sites. La concession demandée couvre un périmètre d’environ 105 kilomètres carrés, à cheval entre la Marne et l’Aube, ce qui en ferait l’une des zones d’exploitation les plus vastes du bassin parisien. Dans le détail, deux plateformes concentreraient l’essentiel des opérations. Le site de Saint-Éloi, près de Romilly-sur-Seine, comprend notamment un puits producteur et un puits injecteur destinés à gérer l’eau extraite en même temps que le pétrole. Le site de Saint-Just-Sauvage, quant à lui, comporte trois puits dont un actuellement en phase de test. Les techniques d’exploitation reposeraient sur un système de pompage primaire et sur la séparation du pétrole et de l’eau directement sur place, avant stockage et transport vers une raffinerie.
Le pétrole brut produit serait ensuite acheminé par camions-citernes vers le dépôt pétrolier du Havre, avec un trafic estimé entre trois et cinq poids lourds par semaine, selon le dossier examiné par les autorités environnementales le 12 février 2026. Malgré ces perspectives, les responsables locaux relativisent l’ampleur économique du projet. Bruno Martin, maire de Saint-Just-Sauvage, souligne le caractère limité de cette exploitation. « C’est un vieux projet, c’est la reconduction d’une autorisation de pompage », explique l’élu dans Le Parisien. Il ajoute également que l’impact visuel et industriel devrait rester très discret pour les habitants. « C’est un appoint, ça ne sera pas Dallas ici ! », affirme-t-il dans le même article. La commune ne s’attend d’ailleurs pas à un afflux massif de recettes fiscales liées à ces puits de pétrole. Les taxes perçues lors des exploitations précédentes étaient relativement modestes.
Un projet surveillé sur le plan environnemental
Si la remise en service des puits de pétrole reste techniquement possible, elle s’accompagne néanmoins d’un suivi environnemental strict. L’Autorité environnementale a examiné le projet pour le compte de l’État et a rendu un avis détaillé sur ses impacts potentiels. Selon cet organisme, les opérations envisagées « ne présentent pas de risque majeur pour l’environnement », notamment parce qu’elles reposent sur des installations déjà existantes et n’impliquent pas de nouveaux forages profonds. Toutefois, certaines réserves subsistent. Les experts ont notamment souligné l’importance des émissions de gaz à effet de serre liées à l’exploitation. La SPPE estime que l’ensemble du projet générerait environ 244 000 tonnes de CO₂ équivalent sur la durée totale de la concession. Ce volume correspond approximativement à l’empreinte carbone annuelle de 30 000 personnes. De plus, l’Autorité environnementale estime que les calculs initiaux pourraient sous-évaluer certaines émissions liées aux gaz dissous présents dans le gisement de Saint-Just-Sauvage.
L’institution considère ainsi que les émissions réelles pourraient être supérieures aux estimations fournies par l’exploitant. Dans ce contexte, les autorités publiques pourraient demander des précisions supplémentaires sur les dispositifs de traitement des gaz et sur la gestion globale du bilan carbone. Enfin, ce projet s’inscrit dans un cadre juridique particulier. La loi du 30 décembre 2017, souvent appelée loi Hulot, prévoit la fin de la production d’hydrocarbures sur le territoire français à l’horizon 2040. Par conséquent, toute concession accordée aujourd’hui ne peut dépasser le 31 décembre 2039. Les puits de pétrole de Saint-Just-Sauvage et de Saint-Éloi ne feraient pas exception à cette règle, ce qui limite mécaniquement la durée de l’exploitation envisagée. Dans un paysage énergétique marqué par les tensions géopolitiques et la transition énergétique, ce type de projet illustre les arbitrages complexes entre souveraineté énergétique, contraintes climatiques et réalités économiques.






