La Chine a dévoilé son projet ambitieux de construire le barrage de Motuo, un ouvrage titanesque dans la province autonome du Tibet, au pied de la chaîne himalayenne. Le pays veut en faire le plus grand barrage hydroélectrique de l’histoire, une étape phare de sa transition vers une économie plus verte. Situé dans une zone à la fois stratégique et sensible, ce chantier suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes sur les plans écologique, social et géopolitique.
Un chantier technique hors norme
Le barrage de Motuo se situe sur le fleuve Yarlung Zangbo, connu sous le nom de Yarlung Tsangpo au Tibet, avant de devenir le Brahmapoutre en Inde, rapporte La Tribune. Ce fleuve, souvent présenté comme le plus haut du monde, traverse des paysages spectaculaires, notamment le vaste canyon sous la montagne Namcha Barwa. En exploitant un dénivelé impressionnant de 2 500 mètres sur une distance de 50 kilomètres, le projet vise une puissance projetée de 60 GW, soit à peu près la même capacité que l’ensemble du parc nucléaire français.
Les turbines prévues, de 1 000 MW chacune, se distinguent par leur taille et leur puissance. Elles retiendront des milliards de mètres cubes d’eau, une capacité trois fois supérieure à celle du barrage des Trois-Gorges, lequel fournit 22 GW.
Ce que ça change pour l’énergie et l’environnement
Un des objectifs affichés est de réduire la dépendance au charbon, qui pèse encore pour 60 % du mix électrique chinois. La Chine dispose déjà d’environ 1 400 GW de capacités installées en solaire et éolien. Le pays s’est fixé la neutralité carbone pour 2060, et l’hydroélectricité produite par Motuo serait destinée à l’Est du pays dans le cadre de sa transition énergétique.
Mais plusieurs ONG, dont l’International Campaign for Tibet, expriment de vives inquiétudes sur les conséquences humaines et environnementales. Le risque de déplacement forcé de 1 200 000 personnes et la menace pesant sur le patrimoine culturel sont particulièrement préoccupants. Les risques géologiques, liés à la forte activité sismique de l’Himalaya, et les aléas climatiques, avec un débit du fleuve difficile à prévoir, renforcent ces craintes.
Tensions avec les voisins et enjeux diplomatiques
Le projet n’est pas sans répercussions régionales. Inde et Bangladesh font part de fortes préoccupations autour d’un possible accaparement de l’eau par la Chine, d’autant que l’ouvrage pourrait influer sur l’approvisionnement en eau de près de 1 800 000 000 personnes. Même si Pékin assure vouloir tenir compte de toutes les parties, des précédents d’assèchement du Mékong nourrissent la méfiance dans ce projet ambitieux.
New Delhi a d’ores et déjà dit qu’elle était prête à prendre les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts, ce qui laisse entrevoir de possibles tensions diplomatiques. Dans le cadre d’un investissement colossal de 151,8 milliards d’euros, cette entreprise devrait transformer durablement cet écosystème unique, et pose la question de la viabilité et des conséquences humaines d’un tel projet.






