Lors d’un séminaire organisé à Stockholm, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a lancé un appel pressant à l’Europe. Selon lui, le continent est à la croisée des chemins pour prendre la tête de ce qu’il appelle « l’ère de l’électricité ». Si l’Europe pourrait occuper ce rôle, il existe un large consensus pour dire qu’elle n’y est pas encore. Cette déclaration met en lumière les défis et les opportunités que rencontre l’Europe alors qu’elle cherche à transformer son paysage énergétique, dans un environnement géopolitique instable.
Électrifier l’économie : un vrai défi pour l’Europe
La situation inquiète. Pendant que la Chine porte la part de l’électricité dans son énergie totale à 32 %, celle de l’Europe reste bloquée à 20 % depuis une décennie. Fatih Birol souligne que même il y a dix ans cette part était déjà de 20 %, ce qui montre un manque de progrès notable. Pendant ce temps, la Chine étend sa domination énergétique, un signal d’alarme pour l’Europe selon Birol.
Il insiste sur une nécessité simple : si le Vieux Continent veut garantir prospérité et sécurité, il doit électrifier rapidement ses économies : « Si nous voulons être prospères, si nous voulons notre sécurité, nous devons électrifier nos économies et je suis désolé de vous dire que nous en sommes loin. » relaye BFMTV.
Outre une plus grande électrification, Birol plaide pour une diversification des sources d’énergie afin d’éviter une dépendance excessive : « Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Diversifiez autant que possible. Pas un seul pays, pas une seule route commerciale, pas une seule entreprise. » Cette transformation inclut une augmentation significative de la production d’énergie renouvelable, notamment solaire et éolienne.
Des erreurs passées, mais des progrès à espérer
Plusieurs choix stratégiques ont freiné le passage à l’ère électrique. Par le passé, le continent a basculé vers une forte dépendance à l’égard de la Russie pour le gaz naturel, s’est éloigné du nucléaire, et a tardé à monter en puissance face au défi chinois. En plus, 85 % de toutes les centrales nucléaires construites ces cinq dernières années l’ont été en Chine et en Russie, ce qui souligne le retard européen sur cette filière.
Pour autant, il y a des signes positifs, malgré des revers. En mars 2025, le fabricant suédois de batteries Northvolt, longtemps présenté comme une « pierre angulaire » des efforts européens, a dû « mettre la clef sous la porte ». La société, étouffée par des dettes et des retards de production, illustre les difficultés rencontrées par l’Europe pour rattraper ses concurrents asiatiques. Fatih Birol appelle toutefois à ne pas se laisser abattre : l’opportunité de se repositionner passe par un engagement constant et déterminé vers le leadership électrique.
La réticence de l’Union européenne à interdire la vente de voitures thermiques neuves d’ici 2035, sous la pression du secteur automobile et de Berlin, est un autre exemple d’une transition compliquée. Pourtant, cette échéance est nécessaire pour stimuler l’innovation et marquer un tournant décisif vers l’énergie propre.
L’avenir énergétique de l’Europe n’est pas seulement une question économique : c’est aussi un enjeu stratégique et de sécurité. Dans un monde où les crises sont fréquentes, devenir leader de l’électrification pourrait garantir non seulement la prospérité, mais aussi la souveraineté énergétique. Fatih Birol résume cette vision ainsi : « Je vois l’avenir de l’Europe comme étant électrique. »






