Le Japon a lancé, le 11 janvier 2026, une campagne minière expérimentale sans précédent, dans le but d’extraire des terres rares situées à plusieurs kilomètres sous la surface de l’océan. Les terres rares sont au cœur de cette démarche stratégique visant à affranchir Tokyo d’une dépendance vis-à-vis de la Chine. Cette tentative s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu et révèle les ambitions industrielles du Japon dans la course mondiale aux matériaux critiques.
Une mission pionnière à 6 000 mètres de fond
Sous l’égide de l’organisme scientifique japonais Jamstec, la mission a été engagée dans les profondeurs de la zone économique exclusive du Japon, à 1 900 kilomètres au sud-est de Tokyo. Le navire scientifique Chikyu est chargé de cette mission exploratoire qui doit se prolonger jusqu’au 14 février 2026. À travers cette opération, les autorités nippones visent à valider la faisabilité technique d’une extraction industrielle de terres rares en milieu extrême.
Les enjeux sont de taille. Selon TF1 Info, les fonds marins autour de Minamitori-shima abriteraient jusqu’à 16 millions de tonnes de terres rares. Ces métaux stratégiques, essentiels à la fabrication de composants électroniques, de batteries, de panneaux solaires ou d’aimants pour moteurs électriques, sont devenus l’oxygène de l’économie verte. Leur contrôle conditionne aujourd’hui la souveraineté énergétique et industrielle des nations. Shoichi Ishii, directeur du projet, a confié au média Channel News Asia / Reuters : « Après sept années de préparation rigoureuse, nous pouvons enfin commencer les tests de validation. C’est un moment profondément émouvant. »
Une réponse directe à la pression chinoise
La dépendance du Japon vis-à-vis de la Chine en matière de terres rares est une vulnérabilité que Tokyo cherche désormais à corriger. En effet, Pékin assure aujourd’hui plus de 60 % de la production mondiale de ces matériaux et contrôle plus de 85 % du raffinage global. Face à cette hégémonie, le Japon souhaite internaliser sa filière d’approvisionnement. Cette volonté s’est renforcée après que Pékin a instauré de nouvelles restrictions sur l’exportation de composants à double usage. Une manœuvre perçue comme une forme de pression géoéconomique sur Tokyo, dans un contexte où les tensions régionales se multiplient.
Mining.com a notamment rapporté que la Chine a récemment resserré les contrôles douaniers sur certains minerais critiques, entravant leur livraison à l’international. Jamstec, opérateur de la mission, a qualifié cette phase d’essai de « première étape vers l’industrialisation nationale des terres rares », selon FIRSTonline. Ce virage stratégique est partagé par les milieux économiques japonais. Pour Takahide Kiuchi, ancien membre du conseil de la Banque du Japon, « le Japon cherche à produire des terres rares à l’intérieur du pays », comme il l’a déclaré à Reuters.
Une ambition économique sous surveillance écologique
Si l’initiative japonaise ouvre une brèche dans l’oligopole chinois, elle pose aussi de sérieuses questions environnementales. Extraire des métaux à 6 000 mètres de profondeur revient à pénétrer une zone encore largement méconnue de la biosphère marine. Les scientifiques alertent sur les risques de perturbation des écosystèmes benthiques, où vivent des organismes extrêmement sensibles aux intrusions mécaniques.
Cette opération en eaux profondes constitue une première mondiale à cette échelle de profondeur. La technologie mobilisée par le navire Chikyu s’apparente à celle utilisée pour la recherche pétrolière offshore, mais adaptée aux conditions extrêmes des abysses océaniques. La mission pourrait ainsi faire figure de test grandeur nature pour d’autres pays confrontés aux mêmes dépendances stratégiques. Toutefois, Tokyo joue gros. En cas d’échec ou de catastrophe écologique, la légitimité de la démarche serait sévèrement entachée. À ce jour, aucune étude d’impact environnemental à long terme n’a encore été publiée.






