Le compteur Linky, présent dans près de 95 % des foyers français (soit environ 37,6 millions d’unités), se retrouve au centre d’un vif débat national. En permettant une relève à distance et un suivi précis de la consommation électrique, ce système a fait couler beaucoup d’encre. Pourtant, de nombreuses polémiques l’entourent. Dès l’automne 2025, la situation a pris une tournure nouvelle lorsque Enedis a lancé l’envoi de courriers alarmants à des milliers de Français, sous l’intitulé « Contrôle du dispositif de comptage ».
Une vague de courriers qui inquiète
Les lettres envoyées mentionnent des soupçons de fraude sur les compteurs Linky, augmentant la pression pour les forcer à accepter les vérifications. Enedis y évoque une « succession d’événements suspects » et une « baisse anormale de l’énergie comptabilisée ». Ces doutes reposent sur une augmentation de la fraude notoire du nombre de compteurs trafiqués, chiffrée à 100 000 incidents sur les trois dernières années. Selon Enedis, ces fraudes entraînent des pertes financières de plusieurs centaines de millions d’euros.
Pour tenter de maîtriser la situation, Enedis a décidé de multiplier par trois les contrôles. Les courriers demandent une vérification immédiate et précisent qu’un refus d’accès au compteur pourrait conduire à une coupure d’électricité. Grâce à la technologie intégrée dans les compteurs Linky, des algorithmes pointus sont désormais utilisés pour repérer les anomalies et suivre la consommation à distance.
Des conséquences pour les consommateurs
Cette nouvelle démarche inquiète les ménages. Certains se retrouvent ainsi face à des demandes de paiement élevées, même quand les vérifications ne révèlent rien de suspect. Par exemple, Sylvain a dû débourser 1 500 € malgré une explication justifiée liée au décès récent de sa mère et un contrôle qui n’a rien relevé d’anormal. Dans plusieurs cas, les montants réclamés dépassent 1 000 euros, auxquels s’ajoutent 500 euros de frais d’intervention.
Bertrand Boutteau, directeur du programme « Pertes et fraude » chez Enedis, admet que des erreurs peuvent survenir dans la détection des fraudes. Le médiateur de l’énergie souligne que la plupart des procédures cessent après un contrôle sur le terrain, même si, dans la majorité des cas, la fraude est confirmée.
Réactions et critiques
Jacky Hébert, président de l’UFC-Que Choisir Manche, ne mâche pas ses mots. Il critique vivement le fait que les courriers d’Enedis n’offrent pas de débat contradictoire et dénonce ce qu’il considère comme une inversion injuste de la charge de la preuve. Le cas de Sylvain illustre bien cette situation : accusé à tort après une coupure suspecte et une consommation réduite liée à un deuil familial.
D’autre part, certaines méthodes frauduleuses ont refait surface, notamment l’utilisation de manipulation des compteurs illégalement (des techniques partagées sur les réseaux sociaux). Pour ces opérations, les sanctions peuvent être lourdes : jusqu’à 1 million d’euros d’amende et 10 ans de prison, en raison de l’escroquerie liée aux compteurs.
Enedis transmet systématiquement les dossiers suspects au procureur de la République.
Que faire en cas de litige ?
Avec le nombre de litiges qui a bondi — de moins de 100 saisines en 2024 à près de 200 en 2025 — il est conseillé aux consommateurs concernés de réagir rapidement. Il faut rassembler tous les documents justificatifs, prendre contact avec une association de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir, et prévenir son fournisseur d’électricité dès la réception du courrier.
Le médiateur recommande par ailleurs de ne pas signer le bordereau proposé par Enedis si vous êtes sûr de n’avoir rien à vous reprocher.



