Le 2 octobre 2025, les autorités taïwanaises ont reconnu la place centrale du pétrole russe dans leur approvisionnement énergétique. Si le gouvernement affirme coopérer avec la communauté internationale pour appliquer d’éventuelles sanctions, les flux d’importations soulignent l’ampleur de la relation entre Taïwan et la Russie dans le secteur pétrolier.
Un record d’importations de pétrole russe pour Taïwan
Au premier semestre 2025, Taïwan a importé 1,9 million de tonnes de naphte russe, pour une valeur totale de 1,3 milliard de dollars selon le Financial Times. Ces volumes font de l’île le premier importateur mondial de ce dérivé du pétrole, dépassant des acteurs majeurs du marché asiatique. L’ampleur du phénomène est confirmée par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), qui rappelle que depuis le début de la guerre en Ukraine, Taïwan a réceptionné 6,8 millions de tonnes de naphte russe, représentant 4,9 milliards de dollars de transactions entre février 2022 et juin 2025.
Cette trajectoire traduit une intensification nette : les importations quotidiennes de produits pétroliers raffinés ont atteint 102 000 barils par jour sur les neuf premiers mois de 2025, contre 76 000 barils en 2024, d’après les données de Kpler citées par Reuters. Ces volumes illustrent la montée en puissance du rôle russe dans le bouquet énergétique taïwanais, alors même que l’île a drastiquement réduit ses achats de charbon russe, en baisse de 67 % sur un an.
Une dépendance structurée par l’industrie pétrochimique
Cette dépendance croissante s’explique en grande partie par l’activité du complexe pétrochimique de Mailiao, exploité par Formosa Petrochemical Corporation (FPCC). Selon CREA, 96 % des cargaisons de naphte russe débarquées à Taïwan en 2025 transitent par ce site stratégique. Avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, la part du naphte russe dans les approvisionnements de FPCC ne représentait que 9 %. Or, au premier semestre 2025, cette proportion a bondi à 90 %, soulignant un basculement radical de l’approvisionnement énergétique de l’entreprise.
Pour les experts, ce virage s’apparente davantage à une opportunité économique qu’à une fatalité stratégique. John Lough, analyste cité par The Guardian, estime ainsi : « Cela ressemble à de l’opportunisme de la part de l’industrie pétrochimique taïwanaise. » En d’autres termes, les prix compétitifs du pétrole russe, écoulé avec des rabais sur les marchés asiatiques depuis l’imposition des sanctions occidentales, offrent à Taïwan un accès à une ressource abondante, au détriment d’une cohérence diplomatique.
Taïwan épinglée tente de justifier ses importations
Face à la montée des critiques, le gouvernement taïwanais insiste sur son alignement avec ses alliés. Le ministère de l’Économie a rappelé que les entreprises publiques avaient cessé d’acheter du pétrole russe dès 2023, mais a reconnu que les sociétés privées poursuivaient leurs importations. Dans un communiqué, le ministère a affirmé : « Si les alliés internationaux imposent de nouvelles restrictions sur les produits énergétiques russes ou d’autres biens, Taïwan coopérera activement, démontrant sa détermination inébranlable à s’opposer à l’agression et à défendre l’ordre international. »
Cependant, cette position officielle se heurte aux constats des ONG. Hsin Hsuan Sun, directrice de l’Environmental Rights Foundation, a ainsi averti dans le rapport CREA : « Taïwan ne peut pas se permettre d’ignorer les risques créés par sa dépendance croissante aux combustibles fossiles russes. »






