La santé financière d’EDF se dégrade de façon importante. Dans un rapport, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Elle estime que son modèle économique doit impérativement se renouveler.
La Cour des comptes s’inquiète de la santé financière d’EDF
La Cour des comptes adresse un rapport critique à la commission des finances de l’Assemblée nationale, soulignant un déséquilibre croissant dans le modèle économique d’EDF. La Cour avertit que l’entreprise publique fait face à des défis financiers majeurs, avec des questions cruciales sur sa santé financière, son endettement et les modalités de financement de ses projets énergétiques futurs.
Fin 2024, EDF affichait une dette financière nette de plus de 53 milliards d’euros. Entre 2012 et 2024, cette dette a progressé de 23 milliards malgré des recapitalisations et des cessions d’actifs. La Cour des comptes relève que la rentabilité des capitaux engagés s’est effondrée sur cette période. Elle impute ce recul notamment à la baisse de la disponibilité du parc nucléaire français, aggravée depuis 2022 par la corrosion sous contrainte. Dans ce contexte, l’autofinancement apparaît insuffisant pour couvrir les investissements massifs qui attendent EDF.
Un « mur d’investissements » à financer
Selon les projections reprises par la Cour, les besoins d’investissement nets d’EDF entre 2025 et 2040 pourraient atteindre 460 milliards d’euros. Dans le détail, ces montants se répartissent comme suit : 90 milliards pour la prolongation et la maintenance du parc nucléaire existant, 115 milliards pour la construction de 14 réacteurs EPR2 (dont 75 milliards pour les 6 premiers), mais aussi 100 milliards dans le réseau de distribution via Enedis, sans oublier 30 milliards pour les énergies renouvelables à l’international, 15 milliards pour le rachat des barrages et 30 milliards pour la gestion des déchets nucléaires et les activités aval du cycle.
La Cour des comptes souligne la magnitude du défi : « un important programme d’investissements attend le groupe sur les prochaines années ». Elle met en garde contre un déséquilibre structurel si ces investissements reposent essentiellement sur la dette ou une croissance non soutenable des recettes.
Incertitudes et recommandations pour l’avenir
La Cour insiste sur le fait que la fin de l’Arenh (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) au 1ᵉʳ janvier 2026 exposera davantage EDF aux fluctuations des prix de gros de l’électricité. Dans ce nouveau cadre, l’institution souligne que pour que EDF puisse créer de la valeur, ses ventes d’électricité devront se situer autour de 60 à 65 €/MWh (euros 2022).
La Cour formule plusieurs recommandations essentielles pour restaurer un modèle plus soutenable : D’une part, clarifier la répartition de l’effort financier entre l’État (actionnaire unique), EDF et les consommateurs finaux. Par ailleurs, il faut absolument déterminer au préalable le partage des risques pour chaque programme d’investissement, en particulier les EPR2, sans oublier de préciser la politique de dividendes d’EDF à l’État. Enfin, l’entreprise doit engager une revue stratégique des filiales et participations, voire des cessions d’actifs selon les scénarios les plus défavorables.






