L’Assemblée nationale a adopté un amendement imposant un moratoire sur les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire. Une manière, pour les détracteurs du gouvernement, de consolider la place du nucléaire dans le mix énergétique français. Mais la ministre chargée du dossier, Agnès Pannier-Runacher, estime que cet amendement pourrait détruire 150 000 emplois.
De nombreux emplois menacés à cause d’un moratoire
Il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a adopté un moratoire immédiat sur toute nouvelle installation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Et ce, grâce à une coalition entre Les Républicains et l’extrême droite. Depuis, cette mesure déclenche un tollé, à commencer par la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, qui s’est insurgée publiquement contre ce qu’elle qualifie d’« absurdité politique ».
Invitée sur France 3, la ministre n’a pas mâché ses mots : « Ce qui est profondément grave (…), c’est (…) que ce vote nous met dans la main de pays qui sont nos ennemis », a-t-elle affirmé. Elle pointe également une perte flagrante de souveraineté énergétique : « Nous ne produisons pas de gaz naturel ni de pétrole en France, donc nous sommes totalement à la merci du Moyen-Orient, de la Russie et des États-Unis. »
Le mot est lâché : « 150 000 emplois ». C’est le chiffre avancé par la ministre, évoquant le nombre de postes menacés dans le secteur des énergies renouvelables en France. Dans le détail, les filières solaire et éolienne regroupent aujourd’hui plus de 44 000 emplois directs et indirects, selon les données croisées du Syndicat des énergies renouvelables et de l’Ademe. Pour Agnès Pannier-Runacher, cet amendement est « une catastrophe économique et industrielle », un avis partagé par Antoine Armand, rapporteur du texte, qui refuse néanmoins son retrait.
L’impact potentiel de ce moratoire ne se limite pas aux salariés : la chaîne de sous-traitance, les fournisseurs et les territoires ruraux investis dans ces filières seraient également frappés de plein fouet.
Moratoire ou mirage : une stratégie énergétique en péril
Derrière ce moratoire se cache une réalité politique. L’amendement, porté par le député LR Jérôme Nury, prétend « suspendre les nouvelles installations renouvelables jusqu’à la publication d’un rapport indépendant sur le mix énergétique ». Une étude technique qui, selon les services de l’Assemblée, pourrait prendre jusqu’à six mois. Pendant ce temps, les appels d’offres sont suspendus, les investissements gelés.
Pour Agnès Pannier-Runacher, ce moratoire reflète « une méconnaissance profonde de ce qu’est un mix énergétique équilibré ». Elle rappelle que l’objectif national, confirmé par le ministère de la Transition écologique, reste de faire passer la part des énergies fossiles de 60 % à 42 % d’ici 2030. Impossible sans les renouvelables : « Il nous faut à la fois du nucléaire et du renouvelable », insiste la ministre. D’autant que, selon elle, « les éoliennes marines coûtent moins cher ou autant que le nucléaire existant ».
Par ailleurs, les projets éoliens terrestres et marins en cours représentent plusieurs milliards d’euros d’investissement, selon l’Agence internationale de l’énergie. Geler ces chantiers, c’est geler les perspectives de baisse des coûts énergétiques pour les ménages français. Le vote définitif est attendu le 24 juin 2025, avant un second passage au Sénat dès le 8 juillet 2025. La ministre, sans annoncer le retrait du texte, en appelle à la « responsabilité » des parlementaires. Ils ont encore le pouvoir de retirer l’amendement.






