Le Kazakhstan vient d’officialiser un partenariat clé dans son programme de transition énergétique. L’entreprise française Assystem est désignée comme conseillère technique principale du projet de centrale nucléaire d’Ulken, un engagement inédit dans l’histoire énergétique de l’Asie centrale. Cette mission, loin d’un simple accompagnement contractuel, positionne la société comme véritable cheville ouvrière du pilotage méthodologique du chantier nucléaire du Kazakhstan.
Pourquoi Assystem ? Un choix de confiance et de compétence
Ce choix intervient dans un contexte de mutation stratégique : le Kazakhstan, riche en hydrocarbures, cherche à diversifier son mix énergétique et réduire sa dépendance au charbon. Objectif : atteindre 50% d’électricité à faible teneur en carbone d’ici 2050, comme stipulé dans la stratégie nationale « Kazakhstan-2050 ».
L’État kazakhstanais ne s’est pas tourné vers un constructeur, mais vers un architecte méthodologique. Spécialisée dans l’ingénierie nucléaire et l’infrastructure à haute criticité, Assystem justifie son statut par plus de 55 années d’expertise, des interventions dans plus de 12 pays et des projets réalisés en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et en Turquie. Son rôle ici est clair : concevoir une méthode de sélection du leader du consortium international chargé de construire la centrale.
Cette démarche repose sur des standards rigoureux, notamment les prescriptions de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les candidats à l’appel d’offres – EDF (France), Rosatom (Russie), KHNP (Corée du Sud) et CNNC (Chine) – seront évalués selon leur conformité à la norme NP-T-1.10, aux capacités technologiques, aux garanties de sûreté, et aux exigences d’intégration locale.
De l’évaluation à la diplomatie technique : un rôle stratégique
La mission d’Assystem dépasse la simple supervision technique. Elle structure la prise de décision stratégique de l’État kazakhstanais. En maîtrisant la matrice d’analyse du projet, Assystem devient un vecteur de transparence et de neutralité entre partenaires étrangers. Ce rôle, bien plus politique qu’il n’y paraît, place l’entreprise française au cœur de l’équilibre géopolitique énergétique régional. Comme l’indique Stéphane Aubarbier, directeur général adjoint d’Assystem : « Nous sommes heureux de collaborer avec le Kazakhstan dans le cadre de son nouveau programme nucléaire. Nous nous concentrons sur sa mise en œuvre sûre et efficace, conformément aux exigences de l’AIEA et de KAES ».
Vers une souveraineté énergétique fondée sur le nucléaire
Par ce projet, le Kazakhstan ne cherche pas seulement à réduire ses émissions. Il vise à gagner en autonomie dans la production, la gestion et la gouvernance de son énergie. Depuis le référendum de 2024 – qui a recueilli 71% de votes favorables à la construction d’une première centrale nucléaire – l’exécutif multiplie les signaux d’ouverture tout en gardant un contrôle étroit sur la sécurité des installations. Le site d’Ulken, sélectionné pour sa stabilité géologique et sa proximité des infrastructures existantes, accueillera un réacteur de 2 GW. La construction pourrait démarrer en 2026, avec une mise en service visée avant 2033. Le budget total est estimé entre 10 et 15 milliards de dollars, soit environ 9 à 13 milliards d’euros.
Dans ce schéma, Assystem encadre le transfert de savoir-faire, la formation des ingénieurs locaux et le déploiement de processus de sûreté fondés sur une logique de double validation : conformité AIEA et spécificités kazakhstanaises.






