Contrats non sollicités, factures invisibles, paiements envolés : Wekiwi, Primagaz et JPME viennent de se faire épingler par le médiateur de l’énergie. Un rapport accablant qui pose une seule question : combien de fois faudra-t-il tirer la sonnette d’alarme avant qu’on arrête les dégâts ?
Certains acteurs du marché de l’énergie franchissent des lignes rouges… et récidivent.
Des cartons rouges pour trois fournisseurs
Wekiwi, Primagaz et JPME ne sont plus de simples contrevenants. Ils incarnent aujourd’hui les fournisseurs les plus préoccupants d’un système énergétique où le consommateur se transforme trop souvent en victime. Dans son rapport annuel publié le 19 mai 2025, le médiateur de l’énergie Olivier Challan Belval ne mâche pas ses termes : ces trois fournisseurs affichent des comportements qui vont bien au-delà de la négligence.
Wekiwi, déjà deux fois sanctionné en 2022 et 2023, reçoit un troisième carton rouge pour des pratiques qualifiées de « démarchages abusifs » et de « souscriptions non sollicitées », ce dernier point étant particulièrement grave : des clients se retrouvent liés à des contrats sans même en avoir demandé un. Le taux de saisine contre Wekiwi ? « Vingt-cinq fois plus élevé que la moyenne », selon le rapport. L’entreprise a d’ailleurs écopé d’une amende de 130.000 euros infligée par la DGCCRF. Rien que ça.
Pour Primagaz, le désastre vient d’un basculement informatique raté à l’automne 2023. Résultat : des retards de livraison massifs, des factures perdues, des commandes fantômes et un service client aux abonnés absents. En décembre 2024, le magazine 60 Millions de consommateurs sonnait déjà l’alerte : « Des clients se sont retrouvés sans facture, mais surtout sans chauffage au cœur de l’hiver ». Un cauchemar devenu réalité pour des foyers déjà fragilisés.
En un an, le nombre de saisines a été multiplié par cinq, passant de 89 à 441. Pire : les trois premiers mois de 2025 enregistrent déjà 200 plaintes. Le médiateur rappelle une vérité trop souvent ignorée : changer de fournisseur de GPL reste complexe, long, et très coûteux, les frais de résiliation dépassent fréquemment les 1 500 euros !
Une facture salée pour les mauvais élèves
Le cas JPME frôle l’absurde. Ce fournisseur d’électricité se présente comme acheteur pour les petits producteurs de solaire… sans jamais les payer. Le rapport signale des défauts systématiques de paiement, une hotline qui ne répond pas, et un recours à une pseudo-médiation associative pour détourner les réclamations légitimes. Le tout, sans aucune correction malgré les signalements répétés.
188 saisines en 2024. 250 supplémentaires rien que sur le premier trimestre 2025. Le médiateur a officiellement demandé le retrait de son autorisation d’achat pour revente d’électricité. Et pourtant, JPME continue à opérer.
Face à ces abus, l’intervention du médiateur n’est pas sans effets. En 2024, plus de 15 millions d’euros ont été versés aux clients lésés, soit 90 % des montants recommandés par l’instance. Une preuve, s’il en fallait, que la médiation joue encore son rôle… tant bien que mal. Le médiateur espère désormais des « avancées législatives renforçant la protection des consommateurs », notamment l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement, toujours en discussion au Parlement.
Pour Olivier Challan Belval, l’espoir reste mince mais vital. Car derrière les statistiques, il y a des foyers, des entrepreneurs, des ménages pris au piège de pratiques qu’on ne peut plus appeler des dérapages.





