L’EPR d’Hinkley Point : un gouffre financier pour EDF

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L’EPR d’Hinkley Point : un gouffre financier pour EDF
L’EPR d’Hinkley Point : un gouffre financier pour EDF © L'EnerGeek

Lors d’un débat sans vote à l’Assemblée nationale le 29 avril, les députés Aurélie Trouvé (La France insoumise) et Charles de Courson (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) ont lancé une charge frontale contre le projet EPR d’Hinkley Point, qualifié de « gouffre financier ». Le chantier britannique, piloté par EDF, aujourd’hui entièrement détenue par l’État, suscite une inquiétude croissante quant à ses dérives budgétaires et ses conséquences sur les contribuables français.

L’EPR d’Hinkley Point, quand la facture explose

Le réacteur pressurisé européen (EPR), conçu comme vitrine technologique de l’industrie nucléaire française, accumule retards, complications techniques et envolées de coûts. Hinkley Point C, dans le Somerset, en est la démonstration la plus éclatante, et inquiétante. Estimé à 18 milliards de livres sterling en 2016, le budget global atteint désormais 46 milliards de livres, soit environ 54 milliards d’euros. « C’est un véritable gouffre financier », a dénoncé Aurélie Trouvé le 29 avril depuis l’Assemblée nationale, après une mission de contrôle de cinq heures à la direction du Trésor le 16 avril.

La députée LFI précise dans des propos rapportés par BFM TV que « 85 % [de cette somme] est aujourd’hui à la charge d’EDF », une entreprise désormais entièrement étatisée. L’alerte n’est pas nouvelle. Dès 2015, des notes internes mettaient en garde contre des estimations « probablement sous-évaluées ». Pourtant, malgré les signaux, l’engagement s’est poursuivi sans véritable garde-fou parlementaire. Pire encore, les deux députés révèlent que « Bercy ne dispose pas du contrat » de construction, ce qui les pousse à parler d’« anomalie démocratique ».

EDF, actionnaire unique, contribuable otage

La nationalisation complète d’EDF en 2023 redéfinit brutalement les enjeux. En finançant Hinkley Point, l’entreprise publique française engage de fait l’argent du contribuable. Aurélie Trouvé s’insurge : « L’État était déjà actionnaire à 85 % au moment des négociations en 2015, il l’est aujourd’hui à 100 % », ce qui rend incompréhensible l’absence de contrôle sur un contrat aussi engageant. Le désengagement du partenaire chinois CGN (China General Nuclear), initialement censé participer au financement, aggrave la situation. En avril 2025, le ministre français de l’Énergie, Marc Ferracci, a sommé Londres de « prendre ses responsabilités quant au financement » du projet.

Le silence britannique, doublé d’un retrait chinois, laisse EDF seule face aux surcoûts massifs. La Cour des comptes, dans un rapport publié en janvier 2025, a recommandé que « tout nouveau projet international dans le domaine du nucléaire soit générateur de gains chiffrés et ne retarde pas le calendrier du programme EPR2 en France ». Or, c’est tout le contraire qui semble se produire : EDF encaisse les pertes à l’étranger pendant que le programme EPR2, censé relancer la filière nucléaire nationale, s’enlise.

Hinkley Point : symbole d’un naufrage industriel

Les dérives du chantier britannique ne se limitent pas aux finances. Le site d’Hinkley Point C est devenu un cauchemar logistique et humain. D’après une enquête du Guardian, des ouvriers dénoncent des conditions de travail indignes, allant jusqu’à signaler une « infestation de rats ». Les retards s’accumulent, et la mise en service n’est plus attendue avant 2029, voire 2031. En février 2024, EDF a dû enregistrer une dépréciation de 12,9 milliards d’euros liée aux difficultés du chantier.

Les conséquences sur la santé financière du groupe sont majeures. En juin 2023, l’agence Moody’s a abaissé l’évaluation du profil de crédit intrinsèque d’EDF (Baseline Credit Assessment) en raison des fortes pressions financières pesant sur l’entreprise, liées notamment à la complexité de ses investissements dans le nucléaire, en France comme à l’étranger. Si la note globale d’EDF a ensuite été maintenue à Baa1 avec perspective stable, les agences de notation continuent de surveiller les conséquences budgétaires des projets internationaux comme Hinkley Point C. Face à ce désastre, Charles de Courson interpelle : « Hélas, ces décisions échappent au Parlement alors qu’elles ont des conséquences directes sur les finances publiques. » L’absence de débat démocratique est d’autant plus choquante que la feuille de route énergétique de la France, attendue d’ici l’été, doit dessiner les grandes orientations pour les dix prochaines années.

2 réflexions au sujet de “L’EPR d’Hinkley Point : un gouffre financier pour EDF”

  1. Les EPR quels qu’ils soient sont une catastrophe financière et technique.
    Aucun de ceux déjà en activité ne tient ses promesses sur quelque critère que ce soit. Et c’est sur ce constat d’échec que Macron, sans aucun debat, engage la France pour les 100 ans à venir.
    Consternant !
    Serge Rochain

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