En plein virage électrique de l’industrie automobile, une annonce discrète pourrait bien rebattre les cartes du recyclage industriel en Europe. Deux acteurs aux profils très différents viennent d’unir lers forces sur un terrain où tout reste à construire.
Les déchets industriels de demain s’organisent aujourd’hui. À Bruyère-sur-Oise, une commune habituellement absente des radars de la transition énergétique, s’érigera d’ici deux ans un centre stratégique : une unité de traitement capable de recycler plus de 20 000 accumulateurs usagés chaque année. Un projet né d’une fusion entre Derichebourg, poids lourd du traitement des alliages, et LG Energy Solution, géant sud-coréen des cellules pour voitures électriques. Ensemble, ils entendent capturer un maillon encore sous-exploité de la chaîne : celui du recyclage systémique et local des batteries usées.
Une coentreprise pour électriser le recyclage
Derichebourg n’en est pas à son coup d’essai dans le démantèlement des déchets métalliques. Quant à LG Energy Solution, il figure parmi les premiers producteurs mondiaux de batteries pour véhicules électriques, avec des sites de production aussi bien en Asie qu’en Europe. Leur coentreprise, officiellement annoncée le 29 avril 2025, reposera sur une infrastructure située à Bruyère-sur-Oise (Val-d’Oise), avec une capacité annoncée de plus de 20 000 tonnes par an.
Selon les deux entreprises, l’unité traitera en priorité les rebuts issus de l’usine de LG Energy Solution en Pologne. Une stratégie intégrée, donc, qui conjugue maîtrise des flux industriels et réduction des importations de matériaux critiques.
Derrière cette annonce se profile un enjeu crucial : l’indépendance européenne dans la gestion des ressources nécessaires à l’électrification. Aujourd’hui, la plupart des batteries usagées quittent le continent pour être traitées en Asie. La mise en place d’un site français capable de transformer ces déchets en matières réutilisables (cobalt, lithium, nickel) pourrait rebattre les cartes.
Comme l’indique le communiqué : « La réussite de ce projet reposera sur le réseau d’installations de collecte et l’expertise du groupe Derichebourg en matière de recyclage des métaux, combinés à la connaissance de la chaîne de valeur complète des batteries électriques de LG Energy Solution ».
Une échéance fixée à 2027
Encore faut-il que l’usine voie le jour. Car malgré les annonces enthousiastes, les permis administratifs restent à obtenir. Les travaux ne commenceront qu’en 2026, avec une mise en service prévue en 2027. Ce calendrier, quoique raisonnable, souligne les lourdeurs réglementaires et la lenteur inhérente aux grands projets industriels en France.
Mais si les délais sont tenus, cette usine pourrait bien devenir un modèle de coopération industrielle franco-asiatique, et poser les bases d’une économie circulaire dans un secteur jusqu’ici dominé par l’export de déchets.
Ce partenariat n’est probablement qu’un avant-goût. Car le vrai sujet reste la capacité à structurer une filière européenne du recyclage, en lien direct avec les besoins futurs de la mobilité électrique. La montée en puissance des voitures électriques dans l’Hexagone va de pair avec une explosion des volumes de batteries à retraiter d’ici à 2030. Et les acteurs qui maîtriseront cette phase critique auront une longueur d’avance.






