Des millions de foyers soudain privés de courant. Des métros à l’arrêt, des hôpitaux sur générateurs, des files d’attente interminables devant les distributeurs et des messages qui n’arrivent plus nulle part. Lundi 28 avril 2025, l’Espagne et le Portugal se sont figés. Le courant est revenu, oui. Mais l’origine du basculement reste opaque. Alors que les autorités temporisent, une question s’impose : comment un réseau censé être ultra-sécurisé peut-il s’effondrer sans préavis ?
Ce n’était pas un simple incident technique.
C’était un effondrement brutal, en chaîne, d’un réseau énergétique tout entier. Quinze gigawatts évaporés en cinq secondes. Des villes entières plongées dans l’improvisation. Et ce matin, un constat gênant : personne ne sait — vraiment — ce qui s’est passé.
Le chaos en Espagne et au Portugal : une nuit pour tout réparer
Lundi 28 avril 2025, une gigantesque coupure d’électricité a paralysé l’Espagne, le Portugal et une partie du sud-ouest de la France, provoquant un chaos sans précédent. Dès 12h32, les métropoles de Madrid, Barcelone, Séville ou Lisbonne ont été plongées dans l’obscurité. Les transports, communications, aéroports et infrastructures vitales ont été lourdement touchés. Selon Red Eléctrica (REE), « 15 gigawatts d’électricité ont été soudainement perdus sur le réseau espagnol, le tout en à peine cinq secondes ».
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué une réunion extraordinaire du Conseil national de sécurité et a exhorté la population à « s’informer par les canaux officiels ». Malgré des interventions d’urgence, Oscar Puente, ministre des Transports, a reconnu que « la circulation ferroviaire de moyenne et longue distance ne serait pas rétablie lundi ». Du côté portugais, la situation a été décrite comme « grave et inédite » par le Premier ministre Luis Montenegro.
À cette heure, les autorités se montrent prudentes. Selon Eduardo Prieto, responsable de REE, « nous ne pouvons pas spéculer pour l’instant sur les causes ». Parmi les pistes évoquées : un « phénomène atmosphérique rare », impliquant des oscillations sur les lignes à très haute tension, serait à l’origine du dysfonctionnement du réseau.
La piste d’un incendie dans le sud-ouest de la France a été formellement démentie par RTE : « aucun incendie n’a été signalé entre Perpignan et Narbonne ». Quant à une éventuelle cyberattaque, Antonio Costa, président du Conseil européen, a précisé sur X qu’« il n’y avait pas d’indication d’une cyberattaque à ce stade ».
Un coup de semonce pour l’Europe énergétique
Face à l’ampleur du sinistre, plusieurs régions espagnoles, dont Madrid et l’Andalousie, ont déclaré l’état d’urgence nationale. Les forces armées ont porté secours à près de 35 000 passagers bloqués dans les gares. Les hôpitaux, eux, ont basculé sur générateurs, évitant une catastrophe sanitaire.
À minuit trente, plus de 60 % du courant était restauré sur le territoire espagnol. Ce mardi matin, Red Eléctrica annonce avoir retrouvé 99,95 % de l’approvisionnement en énergie, tandis que la totalité du réseau portugais est stabilisée.
Au-delà de l’urgence immédiate, cet incident met crûment en lumière la vulnérabilité des réseaux électriques interconnectés. Le 28 avril, la péninsule ibérique a été « coupée du monde en moins de cinq minutes ». Alors que les interconnexions européennes étaient censées offrir plus de robustesse, elles révèlent aussi une fragilité alarmante : une panne d’un côté de la frontière peut aujourd’hui faire vaciller plusieurs pays simultanément.
L’Espagne a pu compter sur la solidarité énergétique de la France, RTE ayant augmenté son assistance à 950 MW. Mais pour le Portugal, la situation a souligné une dépendance lourde envers son voisin. Comme l’a reconnu João Faria Conceição, directeur du fournisseur portugais : « Nous sommes périphériques ».





