Captage de CO2 : le Royaume-Uni mise sur la mer d’Irlande avec Eni

Publié le
Lecture : 2 min
co2-captage-royaume-uni-mer-d-irlande
Captage de CO2 : le Royaume-Uni mise sur la mer d’Irlande avec Eni © L'EnerGeek

Londres injecte des milliards dans le stockage du CO2. Avec Eni, le Royaume-Uni veut faire de la mer d’Irlande un réservoir à carbone. Derrière l’annonce, une équation industrielle et énergétique loin d’être neutre.

Sur le papier, c’est propre, net, ambitieux : 10 millions de tonnes de CO2 stockées chaque année sous la mer d’Irlande. De quoi effacer l’empreinte carbone de 4 millions de voitures. Mais derrière les chiffres, c’est tout un modèle énergétique qui est en jeu. Et un pari industriel à plusieurs milliards que Londres espère gagnant.

Captage de CO2 : une stratégie industrielle plus qu’un simple projet environnemental

L’accord annoncé le 24 avril 2025 entre le gouvernement britannique et Eni enclenche la phase de construction d’un projet baptisé « HyNet ». Objectif : capturer les émissions issues des usines du nord-ouest de l’Angleterre et du nord du Pays de Galles, pour les enfouir dans d’anciens réservoirs de gaz épuisés, situés sous la baie de Liverpool.
Montant engagé par Eni : 2 milliards de livres, soit environ 2,3 milliards d’euros. Le projet bénéficiera d’infrastructures existantes (plateformes offshore, conduites) complétées par 35 kilomètres de tuyaux supplémentaires. Derrière cette mise en œuvre technique, l’enjeu est clair : faire émerger une nouvelle chaîne de valeur bas carbone, pilotée par des industriels comme Eni.
Le gouvernement, lui, y voit un levier pour « revitaliser les communautés industrielles« , comme l’a rappelé Ed Miliband, ministre de l’Énergie, et créer jusqu’à 2 000 emplois directs.

Ce projet s’intègre dans un plan plus vaste : 25,7 milliards d’euros prévus sur 25 ans pour structurer des « clusters » de captage et de stockage dans les friches industrielles britanniques. Autrement dit, une stratégie macro-énergétique pensée pour convertir le passé industriel en infrastructure de transition.
À terme, Londres veut s’appuyer sur ce socle technique pour conserver une base industrielle forte, compatible avec ses engagements climatiques. Une approche qui tranche avec la logique « 100 % renouvelables » prônée par d’autres pays, en misant sur une transition hybride, moins visible, mais potentiellement plus rapide.

Technologie d’appoint ou vrai levier de transformation ?

Le captage-stockage de CO2 (CSC) est vu par le GIEC comme un outil nécessaire pour décarboner les secteurs dits « incompressibles » : ciment, sidérurgie, chimie lourde. Mais cette technologie reste coûteuse, énergivore, et encore très peu déployée.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la capacité mondiale actuelle atteint à peine 50,5 millions de tonnes par an. Soit environ 0,1 % des émissions globales. Pas de quoi inverser la courbe. Et certainement pas sans soutien massif des pouvoirs publics.
Une commission parlementaire britannique a d’ailleurs dénoncé en février 2025 un « pari à haut risque ». Même son de cloche chez plusieurs ONG qui accusent Londres de financer une solution « de niche », au détriment des énergies renouvelables.

En réalité, l’intérêt de ce projet va bien au-delà de son volume de CO2 stocké. Il envoie un signal clair aux marchés de l’énergie : le Royaume-Uni s’aligne sur une logique d’économie bas carbone pilotée par l’industrie. Le CSC devient un outil de compétitivité territoriale, qui permet de conserver les grands émetteurs… sans sacrifier les objectifs climatiques.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.