Nucléaire, renouvelables, gaz : l’Europe recompose son paysage énergétique

À l’échelle globale, la demande d’énergie a progressé de 2,2 % en 2024, tandis que la croissance du PIB mondial atteignait 3,2 %.

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Le 24 mars 2025, l’AIE (Agence internationale de l’énergie) publiait son Global Energy Review 2025, dressant le portrait d’une année 2024 marquée par une reconfiguration rapide du secteur énergétique. La France et l’Union européenne se sont retrouvées à l’avant-poste de la transition, entre performances inédites, retournements de tendances et contraintes géopolitiques.

France : export record pour l’énergie, basculement nucléaire et retour de confiance

La surprise de l’année vient de France, où la production d’électricité a atteint 536,5 TWh, soit une hausse de 10 % sur un an, atteignant son plus haut niveau depuis cinq ans selon RTE. La France est redevenue exportateur net d’électricité, avec un solde prévisionnel de 85 TWh, surpassant le record de 2002.

La clef ? Une remise en service massive de réacteurs nucléaires. Après une année 2022 chaotique, l’outil nucléaire français a retrouvé sa puissance, contribuant à plus de 67 % de la production totale. Ce rebond a permis à l’électricité française d’afficher une intensité carbone parmi les plus basses d’Europe, renforçant sa compétitivité sur les marchés d’exportation.

Côté renouvelables, la dynamique reste soutenue. La part de l’électricité verte a progressé à 27,6 %, portée par l’hydroélectricité, l’éolien terrestre et les progrès du solaire. En revanche, le développement des ENR marines reste à la peine, freinées par des conflits d’usage et des délais administratifs à rallonge.

Union européenne : des progrès majeurs mais des fractures persistantes

L’Union européenne a augmenté sa consommation électrique de 1,5 % en 2024, selon l’AIE, une performance modeste mais significative après une année 2023 en net recul. L’Europe a renoué avec une trajectoire de croissance après plusieurs années de sobriété énergétique forcée liée à la crise du gaz russe et à l’effondrement industriel.

La progression repose avant tout sur la montée en puissance des renouvelables, qui ont représenté près de 50 % de la production électrique de l’UE. Pour la première fois, l’éolien et le solaire ont dépassé la part cumulée du gaz et du charbon dans le mix européen, un tournant historique. L’électricité d’origine nucléaire, quant à elle, a couvert 23 % des besoins, avec des performances contrastées selon les États : hausse marquée en France, relance en Slovaquie, mais stagnation en Belgique et en Allemagne.

Le charbon, autrefois pilier énergétique, poursuit son déclin structurel. La consommation européenne a chuté de plus de 10 %, avec des fermetures symboliques comme celle du dernier site britannique en septembre 2024. En Allemagne, malgré les tensions hivernales, le recours au charbon est resté marginal grâce à un hiver relativement doux et à l’essor du solaire domestique.

En revanche, le gaz naturel conserve une place ambivalente. Sa part a diminué dans la production d’électricité (-5 %), mais la consommation industrielle a repris avec la baisse des prix. L’Europe est donc confrontée à un dilemme : accélérer la transition tout en sécurisant son approvisionnement gazier face à la volatilité des marchés internationaux.

Consommation d’Energie : le monde suit une autre cadence

À l’échelle globale, la demande d’énergie a progressé de 2,2 % en 2024, tandis que la croissance du PIB mondial atteignait 3,2 %. La hausse de consommation a été tirée par l’Asie émergente, avec plus de 80 % de la croissance mondiale. La Chine a ralenti (+3 %), mais reste le premier moteur absolu, suivie de l’Inde, dont la consommation a bondi de 4,9 %.

L’électricité mondiale a crû de 1 100 TWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle du Japon. Cette explosion est attribuée à :

  • l’essor du transport électrique (+25 % de ventes de voitures électriques, soit 17 millions d’unités),
  • le boom des data centers (+20 % de capacité installée),
  • la climatisation, stimulée par une année encore plus chaude que 2023.

Côté production, les sources bas-carbone (renouvelables + nucléaire) ont couvert 80 % de cette croissance électrique, un record. Les ajouts solaires ont dépassé les 550 GW, un niveau jamais atteint.

Mais les fossiles ne lâchent rien

  • Le gaz naturel, malgré les ambitions climatiques, a bondi de 2,7 % : la chaleur extrême a imposé un recours massif au gaz pour la climatisation, notamment en Chine, en Inde et aux États-Unis.
  • Le charbon a vu sa consommation croître de 1,1 %, atteignant un sommet historique. Il reste la première source de production électrique dans le monde.
  • Le pétrole, quant à lui, plafonne à 102,9 millions de barils par jour, mais demeure dominant dans les transports non électrifiés.

La France et l’Europe confirment en 2024 leur trajectoire vers un modèle énergétique bas-carbone, électrique et interconnecté, malgré des défis logistiques et géopolitiques non résolus. Pendant ce temps, la planète entière accélère, mais à des rythmes divergents, avec un appétit énergétique dopé par la croissance, le numérique et le climat. Le XXe siècle a eu le pétrole, le XXIe aura… ses contradictions.

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