Le 18 décembre 2024, un séisme économique secoue le marché mondial de l’uranium. Rosatom, le géant russe du nucléaire, annonce son retrait de trois sites d’extraction au Kazakhstan. Ces actifs, développés conjointement avec Kazatomprom, passeront sous contrôle chinois. Ce transfert illustre un tournant géopolitique où la Russie perd du terrain face à la Chine, désormais incontournable en Asie centrale.
Pourquoi ce retrait de Rosatom ?
Rosatom, acteur clé dans le domaine nucléaire, se retire dans un contexte tendu marqué par les sanctions occidentales contre Moscou. Ces restrictions, liées à la guerre en Ukraine, compliquent les transactions internationales des entreprises russes, même dans des secteurs aussi critiques que l’énergie. Meirzhan Yussupov, directeur général de Kazatomprom, a confirmé cette réalité en septembre dernier dans le Financial Times, soulignant que vendre de l’uranium à l’Occident devenait presque impossible.
Par ailleurs, la Chine, en quête de sécuriser ses approvisionnements, s’impose comme un acheteur stratégique. En août 2024, Pékin annonçait son projet de construire 11 nouveaux réacteurs nucléaires, augmentant considérablement sa demande en uranium. Cette opération s’inscrit donc dans une logique de consolidation des relations économiques sino-kazakhes.
La Chine en position de force
Le Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium avec 43 % de la production globale, partage une frontière de 1 533 kilomètres avec la Chine. Cette proximité géographique facilite l’exportation vers son puissant voisin. Les sociétés chinoises prennent ainsi une position dominante dans une région historiquement influencée par Moscou.
Dans ce contexte, Kazatomprom, entreprise kazakhe leader, joue un rôle central. En 2024, elle a obtenu quatre nouvelles licences d’exploration pour des gisements contenant 180 000 tonnes d’uranium. Ce potentiel, combiné aux investissements chinois, redéfinit l’équilibre des forces en Asie centrale.
Tableau récapitulatif des acteurs et projets :
| Acteur/Partenaire | Rôle/Action | Impact |
|---|---|---|
| Rosatom (Russie) | Vente de parts dans 3 sites d’extraction | Retrait stratégique et perte d’influence |
| Kazatomprom (Kazakhstan) | Obtention de nouvelles licences pour 180 000 tonnes d’uranium | Renforcement du leadership national |
| Entreprises chinoises | Achat des actifs de Rosatom, construction de réacteurs | Sécurisation des approvisionnements |
Les enjeux énergétiques au Kazakhstan
Malgré sa richesse en uranium, le Kazakhstan souffre paradoxalement d’un déficit énergétique chronique. Le gouvernement kazakh a annoncé la construction d’une centrale nucléaire près du lac Balkhach. Ce projet, crucial pour stabiliser son réseau, attire plusieurs candidats, dont la Russie, la France, la Corée du Sud et la Chine. Le choix du futur partenaire pourrait également refléter le rééquilibrage des alliances économiques.
Ce désengagement est un coup dur pour Moscou, qui voit son influence historique en Asie centrale s’éroder. Depuis l’effondrement de l’URSS, la région était considérée comme un bastion stratégique russe. Cependant, les sanctions économiques et l’ascension fulgurante de la Chine modifient cette dynamique. Aujourd’hui, Pékin s’impose non seulement comme un partenaire économique, mais aussi comme un acteur géopolitique dominant.






