Changement climatique : entre adaptation et atténuation, il ne faut pas choisir

Changement climatique : entre adaptation et atténuation, il ne faut pas choisir

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Que faire face à la hausse des températures ? Donner la priorité à l’atténuation ou à l’adaptation ? Une tribune de Edwin Zaccai et Romain Weikmans, Université Libre de Bruxelles.

Cette question est revenue au premier plan après un été particulièrement désastreux sur le plan climatique dans plusieurs pays de l’hémisphère nord ; et plus généralement au regard des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixés depuis 2015 par l’Accord de Paris.

Ce choix n’en est cependant pas un, les deux approches étant également nécessaires.

Sans efforts d’atténuation – à savoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre – rapides et intenses, l’adaptation pourrait devenir de plus en plus difficile dans de nombreux endroits du globe, et pour longtemps. Mais la variabilité et les normes climatiques qui se modifient sur la planète année après année démontrent, par ailleurs, le caractère indispensable de l’adaptation.

Paradoxalement, alors que les mesures d’adaptation au changement climatique ont un impact très concret et rapide sur la vie quotidienne, elles sont toutefois moins bien connues aujourd’hui que celles relatives à l’atténuation.

De multiples formes d’adaptation au changement climatique

Si l’objectif de l’atténuation est bien connu et mesurable, les critères d’une adaptation réussie le sont moins.

Dans certains cas, une adaptation « incrémentale » ne changera pas fondamentalement les systèmes et les approches, comme lorsqu’il s’agit d’avancer la date des des vendanges dans l’année par exemple.

Dans d’autres cas, des adaptations « transformationnelles » impliqueront des modifications importantes d’activités ou la réaffectation de zones entières. Si ces dernières mesures sont plus ardues à établir, les premières ne sont pas nécessairement spontanées. Les formes d’adaptation sont diverses, de même que les événements qui les suscitent.

Face à ces phénomènes, la recherche académique s’est mobilisée : des réseaux internationaux prônent des échanges de connaissances, soulignant la nécessité de faire collaborer scientifiques et acteurs de terrain pour observer sur place les comportements et réactions face aux situations concrètes.

Des acteurs différents

Adaptation et atténuation se distinguent également au niveau des domaines de recherche et des professions impliquées.

Pour réduire les émissions, les procédés techniques sont centraux, même s’ils restent insuffisants sans incitations économiques et politiques, et sans changements de comportement des consommateurs. En matière d’adaptation, l’organisation de l’action sur le plan territorial, sectoriel ou sanitaire a la plus grande importance, soutenue par l’apport de modifications techniques (comme des normes de construction), de même que des incitations économiques et réglementaires.

S’il peut être nécessaire de construire des digues face à la montée des eaux, l’adaptation consistera aussi à modifier les critères d’habitat, anticiper les canicules et inondations dans des zones urbaines, envisager des changements dans l’agriculture et la foresterie en tenant compte des délais naturels de mise en œuvre (la croissance des arbres par exemple), travailler sur les assurances, s’accorder sur des règles pour des déplacements de personnes et les impacts sur les biens.

Des apprentissages sont possibles, comme le montre la diminution relative du nombre de victimes liées à des événements extrêmes dans le monde. Toutefois, le nombre de personnes affectées et les dommages matériels sont en croissance, et les prévisions ne sont pas bonnes.

C’est que, tant pour l’adaptation que pour l’atténuation, il est difficile d’agir aujourd’hui en prévision d’impacts futurs. D’où la nécessaire mise en évidence des bénéfices attendus pour des actions d’atténuation et d’adaptation. Ces bénéfices différant dans les deux domaines.

Réduire les émissions, c’est notamment améliorer la santé en diminuant la pollution de l’air ou encore augmenter l’indépendance énergétique par l’utilisation d’énergie renouvelable. Préparer l’adaptation, c’est souvent augmenter la résilience face à des impacts qui se produisent déjà, voire profiter de certains avantages d’un climat qui se modifie. Beaucoup de grandes entreprises l’ont d’ailleurs compris et font réaliser des études sur leur vulnérabilité climatique par des cabinets spécialisés.

Face aux inégalités

Tant dans le domaine de l’atténuation que de l’adaptation, le manque de connaissances et l’inertie des comportements représentent des freins importants.

Il est vrai que le changement climatique impose des changements structurels dans les sociétés, et rebat en partie les cartes en termes d’avantages et de désavantages. Dans le cas de l’atténuation, la dépendance fondamentale au secteur des énergies fossiles s’est avérée constituer un frein massif aux transformations. Dans celui de l’adaptation, les résistances sont plus diversifiées au vu des différents phénomènes impliqués, mais apparaissent également.

On peut remarquer à ce sujet que les relations de ces deux domaines aux inégalités économiques et sociales sont pour ainsi dire inverses.

Les émissions sont causées de façon disproportionnée par les plus riches, tant au niveau international que national. L’atténuation doit donc concerner en priorité ces acteurs. En revanche, face aux impacts, la richesse permet souvent de diminuer la vulnérabilité, que ce soit par l’instauration de protections ou en se déplaçant vers des zones aux conditions plus favorables. Différentes sortes de pauvreté et de vulnérabilité (âge ou état de santé notamment) influent défavorablement sur la capacité à réagir face à des stress climatiques.

Au niveau international, les pays tropicaux sont plus sujets à des impacts forts, du fait de leur situation géographique et de leur dépendance plus grande aux systèmes naturels. Ils ont pourtant des émissions par habitant assez faibles et portent, pour la plupart d’entre eux, une responsabilité historique limitée dans le problème du changement climatique.

Des oppositions

Des oppositions peuvent aussi exister entre adaptation et atténuation.

Le recours croissant à la climatisation (pour s’adapter aux températures élevées) génère par exemple des consommations d’énergie (défavorables à l’atténuation). Sachant que le bénéfice du conditionnement d’air est privatif tandis que de la chaleur est généralement rejetée dans l’atmosphère.

Mais de tels cas restent marginaux et ces différences d’approche entre adaptation et atténuation rendent tout à fait possible – et nécessaire – de les mener de front.

Il importe de sortir d’une stérile opposition entre ces orientations, comme d’une superficielle juxtaposition de plans qui évoquent les deux domaines, sans mise en œuvre à un niveau assez concret depuis le « bas vers le haut ». Il faut notamment donner toute son ampleur à l’adaptation, qui pourrait bien à l’avenir s’autonomiser davantage de l’atténuation en étant conduite par des responsables et des acteurs spécifiques.

Ces deux aspects de la réponse au changement climatique resteront liés de plusieurs façons, ne serait-ce que parce que les impacts éprouvés peuvent cruellement stimuler la nécessité d’accroître les efforts d’atténuation.

Des plans d’adaptation existent à différents niveaux, y compris pour la France, en mettant à profit l’avantage sur l’atténuation de ne pas nécessiter d’accord mondial sur les efforts à consentir. Il importe d’en prendre connaissance et de multiplier les observations à la fois d’impacts et des réactions à ces impacts, pour les intégrer du mieux possible au présent et à l’avenir de nos sociétés.


Edwin Zaccai et Romain Weikmans sont co-auteurs avec Valentine van Gameren de « L’adaptation au changement climatique », aux éditions La Découverte (2014).The Conversation

Edwin Zaccai, Professeur, directeur du Centre d’études du développement durable (CEDD), Université Libre de Bruxelles et Romain Weikmans, Chargé de recherches du Fonds de la recherche scientifique (F.R.S.-FNRS) au Centre d’Études du Développement Durable, Université Libre de Bruxelles

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Rédigé par : Edwin Zaccai & Romain Weikmans

Edwin Zaccai et Romain Weikmans sont co-auteurs avec Valentine van Gameren de « L’adaptation au changement climatique », aux éditions La Découverte (2014). Edwin Zaccai, Professeur, directeur du Centre d’études du développement durable (CEDD), Université Libre de Bruxelles et Romain Weikmans, Chargé de recherches du Fonds de la recherche scientifique (F.R.S.-FNRS) au Centre d’Études du Développement Durable, Université Libre de Bruxelles.
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COMMENTAIRES

  • Je ne suis pas seul à dire qu’il faut orienter les investissements à fond sur l’efficacité énergétique, les renouvelables, le stockage au plan énergie notamment ! :

    Encore un rapport qui va dans ce sens :

    “Des mesures énergiques pour lutter contre le changement climatique pourraient ajouter au moins 26 000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2030 par rapport à l’activité habituelle”, selon une étude récente de la Commission mondiale sur l’économie et le climat (GCEC-Washington)

    “Il y a toujours une perception selon laquelle il serait coûteux d’aboutir à une solution sobre en carbone”, a déclaré l’auteur principale Helen Mountford. “Ce que nous essayons de faire avec ce rapport est une fois pour toutes de démontrer que cette idée est totalement fausse”

    Des investissements plus judicieux dans les énergies propres, les villes, l’alimentation et l’utilisation des sols, l’eau et l’industrie pourraient créer 65 millions de nouveaux emplois en 2030, ce qui équivaut à la main-d’œuvre combinée de l’Égypte et de la Grande-Bretagne.

    Le passage des combustibles fossiles à des énergies plus propres, telles que l’énergie éolienne et solaire, permettrait d’éviter 700 000 décès prématurés dus à la pollution atmosphérique en 2030.

    Le rapport recommande des prix élevés pour les émissions de dioxyde de carbone de 40 à 80 dollars par tonne d’ici 2020 dans les principales économies. Les réformes des subventions dans le secteur de l’énergie, associées à la hausse des prix du carbone, pourraient générer 2 800 milliards de dollars de recettes par an en 2030.

    L’ancien président mexicain Felipe Calderon est président honoraire de la Commission. Paul Pohlman, directeur général du groupe de biens de consommation Unilever et le professeur Nicholas Stern de la London School of Economics, en sont les co-présidents.

    En dépit des signes d’action climatique, le rapport indique que «nous ne progressons pas assez vite» pour limiter l’augmentation des températures liée aux inondations, aux vagues de chaleur, aux incendies de forêt et à la montée des eaux.

    http://newclimateeconomy.net/content/press-release-bold-climate-action-could-deliver-us26-trillion-2030-finds-global-commission

    .

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  • Certes il y a bien une partie de l’humanité qui a profité etc. davantage et qui nous a conduit plus rapidement vers l’effondrement , mais sil est du devoir moral et éthique de chacun de se situer où se trouve sa propre responsabilité : dans quelle mesure où on déjà mis en place des mesures personnelles pour freiner un tel effondrement : recyclage, diminuer vos consommations, acheter durable et recyclable, consacrer une partie de votre budget pour tendre vers votre indépendance énergétique… au lieu de dépenser pour luxe, les voyages, les addictions, le futile … Exemples que je donne sous forme d’outils à concrétiser facilement par vous-même : récupérer l’eau de pluie, , osmoser l’eau, cuisiner basse température, recycler l’eau des douches pour les WC, surisoler son boiler, son réservoir tampon (détails sur http://www.autarcie;be) ; il n’est pas trop tard pour agir personnellement sans attendre de l’Etat providence qu’il le fasse efficacement.

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