Incompréhensibles, les rapports du GIEC ? - L'EnerGeek

Incompréhensibles, les rapports du GIEC ?

Greenland_Glaciers_outside_of_Ammassalik - RussaviaUne étude publiée lundi 12 octobre par un groupe de chercheurs européens (Français, Anglais, Allemands et Italiens) dans la revue Nature Climate Change, remet en cause la clarté des rapports et documents émis par le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC). Ces experts du climat et du réchauffement climatique fourniraient, en effet, des documents bien trop techniques et fastidieux pour les géologues profanes que sont les politiciens à qui les rapports sont destinés, ce qui handicaperait la prise de décision en la matière.

Des rapports complexes et “facilement mal interprétés”

Les rapports émis par le GIEC tous les 6 ans environ sont toujours divisés en trois parties : éléments scientifiques, impacts et adaptation et enfin atténuation du changement climatique. Chacune de ces parties faisant plusieurs centaines voire milliers de pages, un résumé d’une vingtaine de pages à l’attention des décideurs est mis au point pour synthétiser chaque aspect du rapport.

Pourtant, même ces condensés destinés à des non-experts en géologie et en climatologie s’avèrent être beaucoup trop difficiles à appréhender. Étudiés par Ralf Barkemeyer, professeur à la Kedge Business School, l’école de management de Bordeaux, à l’aide d’un outil d’analyse linguistique, ces résumés “se distinguent par leur faible lisibilité” et se compliqueraient davantage d’année en année.

Même constat venant de l’Université britannique de Leeds, dont le Centre for climate change economics and policy (CCCEP) a estimé qu’il faudrait que les politiciens aient l’équivalent d’un doctorat en sciences du climat pour pouvoir appréhender sereinement et sans erreur d’interprétation les rapports du GIEC et leurs résumés. Pour les chercheurs à l’origine de l’étude parue dans Nature Climate Change, la complexité de ces documents rend encore plus difficile la prise de décision pour les politiques.

A qui la faute ?

La climatologue française Valérie Masson-Delmotte, récemment élue au bureau du GIEC, a jugé l’étude “intéressante” et a reconnu la difficulté pour les scientifiques du groupe de traduire en langage courant les résultats de leurs recherches. Pour répondre à ce problème, certains groupes du GIEC dont le sien ont déjà mis en place un système de “résumés des résumés” également appelé “résumés pour les premiers ministres”. Ces textes écrits en langage courant ne mesure qu’une vingtaine de lignes et expliquent le plus pédagogiquement possible les résultats des recherches du GIEC. Le groupe reconnaît donc ses difficultés mais cherche à y remédier.

Avec Jean Jouzel, son prédécesseur au bureau du GIEC, la scientifique estime également que l’incompréhension est un bon prétexte pour l’inaction. Mais, selon eux, beaucoup de données pourtant complexes sont à présent comprises par les ministres, qui sont, par expérience, familiarisés avec ces données. Plus encore, les experts font des efforts pédagogiques au niveau national pour expliquer leurs études aux gouvernements. Jean Jouzel a, par exemple, lui-même passé plusieurs heures avec François Hollande pour lui expliquer le dernier rapport du GIEC.

Selon les chercheurs donc, si les rapports publiés par leurs groupes sont effectivement difficile d’accès, le GIEC fait de son côté les efforts nécessaires pour qu’ils soient compris par la sphère politique. Le vrai problème résiderait davantage dans le fond que dans la forme. Les mesures à prendre nécessitent en effet une modification totale de notre modèle de développement. De telles mesures ne seront pas faciles à prendre et les politiques préfèrent les retarder au maximum, quitte à plaider l’incompréhension.

Enfin, les journalistes ont également un rôle à jouer. Si leurs analyses s’efforcent d’être de plus en plus lisibles sur le sujet, certains journaux, les tabloïds notamment, ont aujourd’hui l’habitude de dramatiser la situation en citant des scénarios catastrophes dont la probabilité d’apparition est, en réalité, très faible, ce qui a pour effet de brouiller davantage l’information.

Crédit photo : Russavia

Rédigé par : La Rédaction

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COMMENTAIRES

  • Il est également possible que les climatologues se rendent compte, au fur et à mesure des années, que le climat est infiniment plus complexe qu’ils ont imaginé lors du COP3 au Kyoto en 1997.

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