Gazole russe : les acheteurs américains hésitent à recevoir les cargaisons malgré l’accord Trump-Poutine

Les premières livraisons de gazole russe vers les États-Unis se heurtent aux inquiétudes juridiques des importateurs : deux pétroliers ont changé de destination et aucun déchargement n’est confirmé.

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Gazole russe : les acheteurs américains hésitent à recevoir les cargaisons malgré l’accord Trump-Poutine © L'EnerGeek

Washington a autorisé temporairement l’importation de gazole russe pour tenter de faire baisser les prix du carburant. Mais les premières livraisons se heurtent à la méfiance des acheteurs et des opérateurs portuaires. Deux pétroliers ont déjà changé de destination, tandis qu’une troisième cargaison approche des États-Unis sans point de déchargement confirmé.

L’accord énergétique annoncé le 9 octobre 2026 entre Donald Trump et Vladimir Poutine peine à produire ses premiers résultats. Alors que Washington espérait accueillir rapidement du gazole russe pour soulager un marché américain sous tension, aucune livraison n’était encore confirmée au 6 novembre.

Selon le Financial Times, deux des trois premiers pétroliers chargés de carburant russe et initialement annoncés vers les États-Unis ont changé de destination. Le Talisman a rejoint la Méditerranée et le Leruo affiche désormais le Brésil. Le troisième, Agioi Fanendes, continue vers les côtes américaines, mais son port de déchargement n’est pas déterminé.

Ces trois navires transportent ensemble environ 140 000 tonnes de gazole, soit moins de la moitié des 300 000 tonnes annoncées pour la première phase de l’accord.

Une autorisation américaine qui ne rassure pas les importateurs

Le 9 octobre, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), organisme du Trésor américain chargé des sanctions, a publié la licence générale n° 135. Celle-ci autorise temporairement certaines transactions liées à la vente, au transport, au déchargement et à l’importation de gazole d’origine russe.

Cette dérogation doit rester valable jusqu’au 7 avril 2027. Elle vise notamment à permettre l’arrivée de carburant russe sur un marché américain confronté à une hausse exceptionnelle des prix.

Mais son application soulève une controverse juridique.

En avril 2022, le Congrès avait adopté une loi interdisant les importations américaines de produits énergétiques russes après l’invasion de l’Ukraine. Plusieurs responsables politiques estiment que cette interdiction législative ne peut pas être levée par une simple licence administrative.

Le 2 novembre, la gouverneure du New Jersey, Mikie Sherrill, a adressé une lettre aux opérateurs portuaires et aux terminaux pétroliers. Elle les avertit que l’importation de carburant russe pourrait entraîner des sanctions civiles et pénales, notamment des amendes pouvant atteindre la valeur de la cargaison.

Le Trésor américain soutient au contraire que son autorisation respecte le droit fédéral. Aucun tribunal n’a encore tranché ce différend.

Pour les entreprises, l’incertitude est importante. Les risques ne concernent pas seulement les acheteurs, mais également les banques, les assureurs, les armateurs et les exploitants des installations de stockage.

D’après les informations recueillies par le Financial Times auprès d’acteurs du secteur, l’intérêt des acheteurs américains reste limité, même lorsque les cargaisons russes sont proposées avec des décotes commerciales.

Le dernier pétrolier attendu à New York pourrait lui aussi changer de cap

L’Agioi Fanendes, qui transporte 40 000 tonnes de gazole russe à très faible teneur en soufre, devait initialement arriver à New York le 7 novembre.

Le navire poursuit sa traversée de l’Atlantique, mais indique désormais « For Orders », ce qui signifie que son port de déchargement n’est pas confirmé.

Matt Smith, analyste chez Kpler, a indiqué à Associated Press que les obstacles réglementaires et les risques liés aux sanctions pourraient empêcher cette cargaison d’être déchargée sur la côte américaine.

La société maritime Windward confirme que les deux autres pétroliers initialement annoncés vers les États-Unis ont modifié leur destination. Aucun des trois n’avait encore effectué de livraison américaine au dernier pointage disponible.

Des prix élevés malgré l’accord avec Moscou

Les difficultés des importateurs interviennent dans un contexte de forte tension sur le marché américain du gazole.

Selon le Financial Times, les stocks américains sont descendus sous 100 millions de barils, une première depuis plus de vingt ans. Les prix à la pompe atteignaient environ 6,27 dollars le gallon début novembre, tandis que les contrats à terme sur le diesel ont progressé de plus de 60 % depuis le déclenchement de la guerre américaine contre l’Iran.

Le gazole est particulièrement important pour le transport routier de marchandises, l’agriculture, la construction et certaines activités industrielles. Sa hausse renchérit les coûts logistiques et peut se répercuter sur les prix à la consommation.

La Russie connaît également des difficultés de production. Les frappes ukrainiennes contre ses raffineries ont réduit ses capacités de traitement, obligeant Moscou à restreindre certaines exportations avant leur reprise partielle en octobre, selon Reuters.

L’accord Trump-Poutine prévoyait initialement plus de 300 000 tonnes de gazole mises à disposition du marché, puis 500 000 tonnes supplémentaires en novembre et un million de tonnes par la suite. Ces volumes concernent les marchés américain et mondial, et non exclusivement les États-Unis.

Pour les raffineurs et les distributeurs américains, l’intérêt économique d’un approvisionnement russe dépend désormais de deux conditions : un prix suffisamment attractif et une sécurité juridique permettant de recevoir effectivement le carburant.

La prochaine étape sera l’arrivée éventuelle de l’Agioi Fanendes sur la côte américaine. Tant que les cargaisons ne sont pas déchargées et commercialisées, l’autorisation accordée par Washington ne se traduit par aucune offre supplémentaire effectivement livrée sur le marché américain.

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