Pétrole : le baril perd 20 dollars en quelques jours

Le pétrole a perdu près de 20 dollars en deux jours, le Brent tombant à 93,83 dollars le 5 novembre 2026 après huit mois de blocus iranien du Détroit d’Ormuz. La victoire démocrate aux élections législatives américaines fait espérer une désescalade diplomatique, mais les stocks critiques de diesel et la volatilité géopolitique maintiennent la pression sur les marchés énergétiques.

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Pétrole : le baril perd 20 dollars en quelques jours © L'EnerGeek

Le baril de Brent s’est effondré à 93,83 dollars le 5 novembre 2026 après huit mois de tensions géopolitiques au Moyen-Orient : une chute de 8 à 9 % en deux jours qui révèle comment le déblocage du Détroit d’Ormuz remet en circulation une offre pétrolière jusque-là comprimée, tandis que les stocks critiques de diesel restent fragiles.

Brent à 93,83 $, WTI à 88 $ : -8 à -9 % en deux jours, retour sous la barre des 100 $

Le pétrole a enregistré l’une de ses corrections les plus brutales depuis février 2026. Le 4 novembre, vers 16h50 GMT, le Brent perdait 8,98 % et le WTI 7,93 %. Au matin du 5 novembre, à 05h24, le Brent s’établissait à 93,83 dollars, tandis que le WTI glissait à 86,92 dollars. Depuis le vendredi précédent, le Brent accuse une baisse cumulée de 19,7 %, soit une perte hebdomadaire de 14 %. Le baril repasse ainsi sous les 100 dollars pour la première fois depuis début octobre 2026, période où les tensions au Moyen-Orient avaient fait grimper les cours.

Comparaison Brent vs WTI : divergence de prix et implications géographiques

L’écart entre Brent et WTI s’est creusé à environ 7 dollars, traduisant des dynamiques régionales distinctes. Le Brent, référence européenne et mondiale, intègre directement l’impact du déblocage du Détroit d’Ormuz sur les flux vers l’Europe et l’Asie. Le WTI, ancré sur le marché nord-américain, reflète davantage les données domestiques américaines. La baisse plus marquée du Brent (-8,98 % contre -7,93 % pour le WTI le 4 novembre) signale que les marchés européens et asiatiques anticipent un soulagement immédiat de l’offre. Le WTI reste contraint par des fondamentaux américains plus tendus, notamment la faiblesse des stocks stratégiques de diesel.

Le facteur géopolitique : blocus du Détroit d’Ormuz et perturbations d’approvisionnement

Février-novembre 2026 : 8 mois de tensions et hausse structurelle

Depuis février 2026, le blocus iranien du Détroit d’Ormuz a perturbé l’approvisionnement énergétique mondial pendant huit mois consécutifs. Le détroit, passage obligé pour environ 20 % du pétrole mondial, est resté partiellement fermé, comprimant l’offre et propulsant les prix au-delà de 100 dollars dès octobre. CNBC souligne que la guerre Iran-États-Unis a maintenu une prime de risque élevée sur les cours pendant toute cette période. Les cargaisons ont dû emprunter des routes alternatives, allongeant les délais et renchérissant les coûts logistiques. Le marché pétrolier vivait sous contrainte structurelle, incapable d’absorber tout choc supplémentaire.

Dégagement de la route maritime : déverrouillage de l’offre et contraction rapide

Le résultat des élections législatives américaines du 4 novembre 2026, marqué par une victoire démocrate aux deux chambres du Congrès, a changé la donne. Les marchés ont immédiatement anticipé une pression diplomatique accrue pour rouvrir le détroit. Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, explique : « Le nouveau Congrès pourrait utiliser son influence sur les dépenses pour contester des financements militaires supplémentaires et accroître la pression en faveur d’une solution diplomatique une fois qu’il prendra ses fonctions en janvier. » Le simple espoir d’un déblocage a suffi à inverser la tendance. Les traders ont vendu massivement, pariant sur un retour rapide de volumes iraniens sur le marché mondial. Le pétrole a ainsi perdu près de 20 dollars en quelques jours.

Données EIA : Baisse de 900 000 barils des réserves commerciales

L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) a publié des données révélatrices la semaine précédente. Les réserves commerciales de pétrole brut américaines ont diminué de 900 000 barils, un recul modéré qui traduit une consommation soutenue mais pas de pénurie critique. La baisse reste inférieure aux attentes du marché, suggérant que les approvisionnements domestiques tiennent malgré les perturbations moyen-orientales. Les États-Unis, premier producteur mondial avec environ 13 millions de barils par jour, ont compensé en partie les déficits d’importation grâce à leur production de schiste. Toutefois, la marge de manœuvre reste limitée : les capacités d’extraction ne peuvent augmenter indéfiniment sans nouveaux investissements.

Stocks de diesel au plus bas depuis 2003

Paradoxalement, la chute du brut ne résout pas toutes les tensions. Les stocks de diesel américains atteignent leur plus bas niveau depuis 2003, une donnée alarmante pour les secteurs agricole, logistique et industriel. Le diesel, carburant essentiel pour le transport routier et les machines agricoles, reste sous pression. Même avec la baisse du brut, les prix du gazole tardent à suivre. L’EIA pointe des capacités de raffinage saturées et des marges de raffinage élevées. Le marché du diesel fonctionne selon une logique propre, déconnectée du brut : tant que les raffineries n’augmentent pas leur production de distillats, les stocks resteront tendus et les prix élevés.

Gaz naturel européen : Le TTF recule de 104,35 € à 86-88 €/MWh

Le gaz naturel européen, coté sur le hub TTF néerlandais, a également chuté. Vendredi dernier, le TTF s’établissait à 104,35 euros par mégawattheure. Mercredi, il oscillait entre 86 et 88 euros, soit un recul de près de 17 % en quelques jours. Le gaz suit historiquement les mouvements du pétrole, les deux énergies étant partiellement substituables dans certaines applications industrielles et électriques. Le déblocage anticipé d’Ormuz rassure également sur les livraisons de GNL (gaz naturel liquéfié) en provenance du Moyen-Orient. Les terminaux européens, déjà sollicités depuis la crise ukrainienne de 2022-2024, bénéficient d’une détente relative. Toutefois, l’hiver 2026-2027 approche, et les réserves européennes, bien que reconstituées à 85 % début novembre, restent vulnérables à tout coup de froid prolongé.

Pourquoi le gaz ne suit pas le pétrole à la baisse

Le gaz naturel obéit à des fondamentaux distincts du pétrole. Contrairement au brut, le gaz est moins liquide sur le marché mondial : les infrastructures de transport (gazoducs, méthaniers) limitent la flexibilité. Une baisse du pétrole ne garantit donc pas une baisse proportionnelle du gaz. De plus, la demande européenne de gaz pour le chauffage et l’électricité reste rigide à court terme. Les producteurs de GNL, notamment le Qatar et les États-Unis, peuvent arbitrer entre marchés asiatiques et européens selon les prix. Si l’Asie offre des primes attractives, l’Europe risque de voir ses approvisionnements contraints, même avec un pétrole bon marché.

Scénarios de prix : facteurs de soutien et risques de volatilité

Trois scénarios se dessinent pour les prochains mois. Scénario 1 : accord diplomatique rapide entre Washington et Téhéran dès janvier 2027, réouverture complète d’Ormuz, retour du brut iranien (environ 2 millions de barils par jour) sur le marché mondial. Le Brent pourrait alors stabiliser entre 80 et 90 dollars. Scénario 2 : statu quo, négociations longues sans percée, maintien d’une prime de risque modérée. Le Brent oscillerait entre 90 et 105 dollars. Scénario 3 : escalade militaire renouvelée, fermeture totale d’Ormuz, envolée des prix au-delà de 120 dollars. Geo.tv rappelle que Donald Trump reste divisé entre escalade et diplomatie, et que son administration pourrait ignorer les pressions du Congrès démocrate. La volatilité restera donc élevée jusqu’à clarification politique.

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