La Commission européenne a ouvert, lundi 26 octobre, deux consultations destinées à préparer sa prochaine stratégie pour l’hydrogène. Les entreprises, collectivités, associations et citoyens peuvent contribuer jusqu’au 23 novembre 2026. Bruxelles cherche à ajuster sa politique à un marché dont le développement reste plus lent qu’espéré, notamment dans la production d’hydrogène renouvelable et bas carbone.
Selon le communiqué de la direction générale de l’énergie, la future stratégie doit renforcer la compétitivité de la chaîne de valeur européenne et donner davantage de visibilité aux investisseurs. Elle sera préparée parallèlement au cadre européen des énergies renouvelables pour la période allant jusqu’en 2040.
Une filière encore freinée par les coûts et les débouchés
Le diagnostic posé par la Commission est explicite : malgré le cadre réglementaire déjà adopté, les capacités opérationnelles restent limitées et de nombreux projets peinent à atteindre la maturité nécessaire à leur réalisation. Le défi dépasse la construction d’électrolyseurs. Il faut également des acheteurs industriels, une électricité compétitive, des raccordements et, lorsque les usages le justifient, des infrastructures de transport et de stockage.
Le rapport de suivi 2025 de l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) illustre ce décalage. D’après ses données relatives à 2024, la capacité européenne d’électrolyse avait progressé de 51 %, pour atteindre environ 308 MW, très loin de l’objectif de 6 GW alors fixé pour cette année. Le coût moyen estimé de l’hydrogène renouvelable était de 8 euros par kilogramme, soit quatre fois celui de l’hydrogène conventionnel. Ces chiffres décrivent la situation mesurée en 2024, et non un bilan arrêté en octobre 2026.
Dans son audit publié en 2024, la Cour des comptes européenne avait déjà demandé une réévaluation réaliste des ambitions de production et d’importation de l’Union. La nouvelle consultation ouvre précisément un espace pour discuter des conditions économiques et industrielles d’une montée en puissance.
Pourquoi la France est directement concernée
Pour les industriels français, l’enjeu est concret. L’hydrogène peut contribuer à décarboner des activités difficiles à électrifier directement, comme certains procédés chimiques ou sidérurgiques, et à produire des carburants de synthèse pour l’aviation et le transport maritime. Mais la viabilité de ces usages dépend du prix de l’énergie, de la demande et de la stabilité des règles européennes.
La stratégie française actualisée en avril 2025 vise jusqu’à 4,5 GW d’électrolyse en 2030 et 8 GW en 2035. Elle privilégie notamment des bassins industriels autour de Fos-sur-Mer, du Havre et de la vallée de la chimie. Les arbitrages européens sur les usages prioritaires, les investissements et les règles applicables à l’hydrogène renouvelable ou bas carbone pèseront donc sur un tissu de projets déjà identifié en France.
La distinction entre hydrogène renouvelable, produit notamment avec de l’électricité renouvelable, et hydrogène bas carbone est particulièrement importante pour un pays disposant d’un parc nucléaire significatif. Le cadre européen détermine les conditions dans lesquelles les différentes voies de production peuvent répondre aux obligations et aux besoins des industriels.
Deux consultations, deux façons de participer
La Commission a ouvert un appel général à contributions, accessible au public, ainsi qu’un questionnaire ciblé pour les acteurs concernés : producteurs, consommateurs industriels, opérateurs d’infrastructures, autorités publiques, chercheurs, financeurs et associations.
Le questionnaire ciblé est rédigé en anglais, mais les réponses peuvent être transmises dans n’importe quelle langue officielle de l’Union, dont le français. Les participants peuvent laisser de côté les questions qui ne les concernent pas. La date limite affichée pour ce questionnaire est le 23 novembre à 23 h 59, heure d’Europe centrale.
Cette étape doit permettre à Bruxelles de préciser les priorités de sa future stratégie. Les consultations portent sur des orientations : elles ne constituent ni l’adoption d’une nouvelle réglementation ni l’attribution d’une aide financière. Pour les entreprises françaises engagées dans la production, l’équipement ou l’utilisation de l’hydrogène, le mois qui s’ouvre offre surtout l’occasion de documenter les obstacles rencontrés et les investissements nécessaires.






