Borr Drilling : un punch-through fait couler Prospector 5 au Gabon

Le 24 octobre 2026, la plateforme Prospector 5 de Borr Drilling a coulé au large du Gabon après un punch-through lors d’opérations de précharge.

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MEDITERRANEAN SEA, ISRAEL - MARCH 28: In this handout image provided by Albatross, The Tamar drilling natural gas production platform is seen some 25 kilometers West of the Ashkelon shore on March 28, 2013 in Israel. The offshore Tamar drilling site which was originally dispatched from a shipyard in Texas at the end of last year is due to start producing natural gas next week. Over the past few years Israel has suffered from a shortage in natural gas, but with the new platform that weighs 34,000 tons and will be mainly operated by Israelis, the US company Nobel Energy which owns a 36% stake in Tamar, hopes to change Israel's energy situation as well as the economy as a whole. (Photo Photo by Albatross via Getty Images) | L'EnerGeek

Le 24 octobre 2026 à 20h37 heure locale, la plateforme auto-élévatrice Prospector 5 de Borr Drilling a sombré au large du Gabon. Cause : un punch-through, ce phénomène géotechnique redouté qui survient lorsque les jambes d’une plateforme jack-up s’enfoncent brutalement dans le sédiment marin. Sur 115 personnes à bord, 110 ont été secourues. Un ressortissant indien a été retrouvé décédé, quatre personnes restent portées disparues.

Qu’est-ce qu’un punch-through et pourquoi c’est critique en offshore ?

La physique du punch-through : quand une jambe de stabilisation s’enfonce brutalement

Le punch-through désigne la pénétration soudaine et incontrôlée d’une jambe de plateforme jack-up dans le sédiment du fond marin. Comme l’explique l’institut de formation Pisys, « les événements de punch-through comptent parmi les dangers les plus graves pour les opérations de plateformes auto-élévatrices. Ils surviennent sans avertissement et, dans les cas sévères, peuvent provoquer la chute d’une jambe de plusieurs pieds dans la boue, créant une inclinaison soudaine et importante ».

Le mécanisme physique repose sur la structure géologique du fond marin. Lorsqu’une couche sédimentaire rigide recouvre des sédiments plus mous, la plateforme peut sembler stable lors des premières phases de précharge. Mais sous la pression croissante, la couche superficielle cède brutalement. La jambe traverse alors la strate résistante et s’enfonce dans les sédiments sous-jacents, parfois sur plusieurs mètres. L’équilibre de la structure bascule en quelques secondes.

Précharge et pénétration soudaine du sédiment

Avant toute opération de forage, les plateformes jack-up doivent stabiliser leurs jambes au fond marin via une procédure appelée précharge (preload). Cette étape consiste à appliquer progressivement un poids sur les jambes pour tester la résistance du sol. L’objectif : garantir que le sédiment supporte la charge opérationnelle sans déformation excessive.

Selon Pisys, « les risques les plus élevés apparaissent lorsqu’une couche plus rigide recouvre des sédiments plus mous, ou lorsque la composition du limon n’est pas uniforme, donnant à l’opérateur l’impression que le fond possède plus de capacité portante qu’il n’en a réellement ». La Prospector 5 effectuait précisément ces opérations de levage des jambes (jacking operations) lorsque le punch-through s’est produit, comme l’a confirmé Borr Drilling dans son communiqué officiel.

L’incident du 24 octobre : Prospector 5 en zone Dussafu Marin, une plateforme jack-up en phase de stabilisation

La plateforme se trouvait dans le permis Dussafu Marin, au large du Gabon, à proximité de l’installation de production MaBoMo opérée par BW Energy. Selon World Oil, la Prospector 5 n’avait pas encore commencé ses opérations de forage. Elle se préparait pour une campagne programmée par BW Energy, qui détient 73,5% de la licence Dussafu, le reste appartenant à Panoro Energy (17,5%).

Les plateformes jack-up comme la Prospector 5 sont conçues pour les eaux peu profondes. Elles reposent sur trois ou quatre jambes hydrauliques qui se lèvent et s’abaissent pour ancrer la structure au fond marin, permettant à la coque de s’élever au-dessus de la surface. Ce système offre stabilité et mobilité, mais expose l’installation aux risques géotechniques lors des phases de positionnement.

20h37 heure locale : perte soudaine de stabilité et naufrage en cascade

À 20h37 (19h37 GMT), un punch-through s’est produit pendant les opérations de précharge. Une ou plusieurs jambes ont pénétré brutalement dans le sédiment, provoquant une perte de stabilité catastrophique. La plateforme a basculé puis coulé. Bruno Morand, PDG de Borr Drilling, a déclaré : « Nous sommes profondément préoccupés par ceux qui restent introuvables et par toutes les personnes affectées par cet incident. Notre priorité immédiate est de soutenir les efforts de recherche et de sauvetage en cours ainsi que le bien-être de tout le personnel impliqué ».

Sur les 115 personnes à bord, 110 ont été secourues et comptabilisées en sécurité. Les opérations de recherche et de sauvetage ont été activées immédiatement, mobilisant la marine gabonaise, le ministère du Pétrole et du Gaz, la compagnie pétrolière d’État Gabon Oil, ainsi que Borr Drilling et BW Energy. Malgré ces efforts, un ressortissant indien a été retrouvé décédé et quatre personnes, dont trois Gabonais et un expatrié, restent portées disparues.

Implications opérationnelles et protocoles de sécurité

L’incident soulève des questions sur la caractérisation géotechnique des fonds marins avant positionnement des plateformes. Les études de sol offshore reposent sur des carottages et des analyses sismiques pour identifier la composition et la résistance des sédiments. Mais la variabilité naturelle des sols marins rend la prédiction des punch-through complexe.

Le ministre gabonais du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, a ordonné une intensification des opérations de recherche et une enquête technique approfondie. L’objectif : déterminer si les protocoles de précharge ont été respectés, si les études géotechniques préalables étaient suffisantes, et si des marges de sécurité supplémentaires auraient pu prévenir l’incident.

Par ailleurs, BW Energy a confirmé l’arrêt temporaire de la production à l’installation MaBoMo, conformément aux procédures standard. Aucun dommage aux infrastructures ni déversement de substances nocives n’a été signalé, selon les communiqués de BW Energy et Panoro Energy.

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