Prix du carburant : 44 % des Français ont déjà renoncé à un voyage

Près de la moitié des Français ont déjà renoncé à un voyage ou changé de destination en raison de la hausse du prix de l’essence, selon une étude menée auprès de 1.078 personnes. Face à cette contrainte budgétaire, 67 % ont modifié leur façon de voyager au cours des douze derniers mois. Les arbitrages portent sur les dates, les destinations, les modes de transport et les dépenses sur place.

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Prix du carburant : 44 % des Français ont déjà renoncé à un voyage © L'EnerGeek

Quarante-quatre pour cent des Français ont déjà renoncé à un voyage ou changé de destination à cause du prix de l’essence. Le chiffre, extrait d’une étude menée par Radical Storage auprès de 1.078 personnes entre septembre et octobre 2026, ne relève pas de l’anecdote. Il traduit une réalité économique simple : le coût du carburant, lorsqu’il augmente durablement, ne pèse pas seulement sur le budget des ménages, il modifie leurs comportements, leurs arbitrages et, in fine, leur rapport au voyage.

Vingt-six pour cent des répondants ont effectué cet arbitrage plusieurs fois, 18 % une fois. À cela s’ajoutent 35 % qui n’ont jamais franchi le pas mais y ont déjà pensé. Autrement dit, près de huit Français sur dix ont envisagé, à un moment ou un autre, de revoir leurs projets de déplacement pour des raisons budgétaires liées au carburant. Seuls 21 % déclarent n’avoir jamais envisagé de modifier leurs projets pour cette raison.

Le voyage, variable d’ajustement du pouvoir d’achat

Le voyage n’est pas un bien de première nécessité. Dans une économie sous pression, il devient donc l’une des premières dépenses à ajuster. Le mécanisme est connu : lorsque les prix de l’énergie augmentent, les ménages revoient leurs priorités. Le plein de la voiture, qui coûtait 60 euros il y a quelques années, en coûte désormais 80 ou 90. La différence, multipliée par plusieurs trajets, finit par peser lourd dans le budget annuel.

L’étude montre que 67 % des personnes interrogées ont modifié leur façon de voyager au cours des douze derniers mois : 47 % « un peu », 20 % « beaucoup ». Seuls 29 % n’ont rien changé à leurs habitudes. Ce chiffre témoigne d’une adaptation massive, qui ne concerne plus seulement les ménages les plus fragiles, mais une large part de la population.

Reste que cette adaptation ne signifie pas renoncement total. Les Français ne cessent pas de voyager, ils voyagent autrement. Ils décalent, comparent, arbitrent, réduisent. En somme, ils déploient des stratégies d’optimisation qui, jusqu’à récemment, n’étaient pas systématiques.

Réserver plus tôt, partir hors saison, changer de destination

Premier réflexe : anticiper. Soixante-trois pour cent des répondants déclarent réserver leurs voyages plus tôt qu’auparavant pour essayer de payer moins cher. Trente-quatre pour cent le font beaucoup plus tôt, 29 % un peu plus tôt. À l’inverse, 5 % seulement attendent les offres de dernière minute, tandis que 32 % n’ont pas changé leurs habitudes.

Le décalage dans le temps constitue un autre levier. Partir hors saison, une concession que 46 % des répondants se disent prêts à faire, permet d’éviter les pics de prix. Mais partir hors saison, pour beaucoup de salariés, suppose aussi une flexibilité que tous n’ont pas. Les congés scolaires, les ponts, les périodes estivales restent des contraintes fortes, qui limitent les marges de manœuvre.

Vient ensuite le choix du transport. Trente et un pour cent des répondants se disent prêts à privilégier le train ou le bus plutôt que la voiture ou l’avion. Le problème, c’est que le train, en France, n’est pas toujours moins cher que la voiture, surtout pour une famille de quatre personnes. Les prix des billets TGV ont augmenté, les offres low-cost ne couvrent pas toutes les destinations, et les lignes régionales ont été réduites. Autrement dit, le report modal, souvent présenté comme une solution écologique et économique, se heurte à une réalité tarifaire et logistique qui limite son attractivité.

Vingt-neuf pour cent accepteraient de partir moins loin, autant de choisir un hébergement moins cher. La destination elle-même devient un paramètre ajustable. On renonce à l’Italie pour la Bretagne, à la Bretagne pour la Normandie, à la Normandie pour un week-end dans la région voisine.

Sur place, les dépenses sont aussi passées au crible

L’adaptation ne s’arrête pas à la réservation. Une fois sur place, les voyageurs modifient également leurs comportements. Vingt-huit pour cent des répondants indiquent faire leurs courses et cuisiner plutôt que de manger au restaurant. Vingt-quatre pour cent privilégient les activités et visites gratuites. Dix-neuf pour cent préfèrent se déplacer à pied ou en transports en commun plutôt qu’en taxi ou VTC.

D’autres réflexes permettent de contenir les dépenses au quotidien : 13 % se fixent un budget journalier à ne pas dépasser, 9 % limitent les achats de souvenirs, 7 % réservent leurs activités en ligne à l’avance lorsqu’elles sont proposées à un tarif plus avantageux. La maîtrise du budget ne s’arrête donc plus à la réservation : les dépenses réalisées pendant le séjour deviennent elles aussi un levier d’économie.

Pour un week-end en France, la barre des 250 euros devient une limite

Interrogés sur le budget maximum qu’ils seraient prêts à consacrer à un week-end de deux nuits en France, transport et hébergement compris, 34 % des répondants fixent la limite entre 150 et 250 euros par personne. Vingt-quatre pour cent ne souhaitent même pas dépasser 150 euros. Au total, 58 % des personnes interrogées ne souhaitent donc pas dépasser 250 euros par personne.

Vingt-huit pour cent sont prêts à consacrer entre 251 et 400 euros à leur séjour. Au-delà, les voyageurs deviennent nettement moins nombreux : 14 % seulement envisagent un budget supérieur à 400 euros. La concentration des réponses autour de la barre des 250 euros témoigne d’une sensibilité budgétaire forte, qui limite mécaniquement les possibilités de consommation touristique.

Pour les acteurs du secteur, le message est clair : le prix et la transparence tarifaire deviennent des critères de plus en plus importants à chaque étape du parcours. Les voyageurs ne semblent pas vouloir renoncer au voyage, mais ils deviennent beaucoup plus attentifs à chaque dépense. Ils comparent, anticipent davantage et cherchent des solutions qui leur permettent de conserver de la flexibilité sans alourdir le coût de leur séjour.

Le tourisme, en France, représente environ 8 % du PIB et emploie près de deux millions de personnes. Si les comportements de consommation se modifient durablement, les conséquences sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’hôtellerie à la restauration en passant par les transports, pourraient être significatives. Le voyage, en somme, ne se contente pas de subir la hausse des prix du carburant. Il s’y adapte, se contracte, se reconfigure. Reste à savoir si cette adaptation sera temporaire ou si elle marque un changement structurel dans les pratiques de mobilité des Français.

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