L’UE a payé 7,88 milliards pour du gaz russe en neuf mois

Entre janvier et septembre 2026, l’Union européenne a importé 12,18 millions de tonnes de GNL du projet arctique russe Yamal, soit 9,5 % de plus qu’en 2025. L’interdiction des contrats courts n’a produit aucun effet visible. Washington pourrait sanctionner ce commerce dès le 18 octobre.

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L’UE a payé 7,88 milliards pour du gaz russe en neuf mois © L'EnerGeek

 L’Union européenne a reçu 12,18 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié en provenance du projet Yamal, en Russie arctique, au cours des neuf premiers mois de 2026. Soit une hausse de 9,5 % par rapport à la même période l’année précédente. La facture estimée s’élève à 7,88 milliards d’euros, selon l’analyse de l’ONG allemande Urgewald basée sur les données de Kpler. En moyenne, l’Europe a réceptionné une cargaison tous les 1,6 jours. Autrement dit, plus de 44 000 tonnes par jour.

Le troisième trimestre a certes marqué un léger recul de 13,6 % par rapport au troisième trimestre 2025, avec 2,21 millions de tonnes livrées. Mais la facture pour cette seule période atteint encore 1,92 milliard d’euros. Et surtout, les livraisons de septembre 2026 sont restées au même niveau qu’en septembre 2025, avec 792 440 tonnes pour un montant estimé à 818 millions d’euros. Or, l’interdiction européenne des contrats courts était entrée en vigueur le 25 avril 2026. Aucun effet visible, donc.

L’Europe absorbe 85 % de la production de Yamal

Le paradoxe devient encore plus frappant lorsqu’on observe la répartition mondiale des livraisons. Sur les 167 cargaisons déchargées dans des ports européens entre janvier et septembre, l’Union a absorbé 85 % du volume total enregistré pour le projet Yamal. Pendant ce temps, les livraisons mondiales du projet ont reculé de 1,3 %. En clair, l’Europe a pris une part croissante d’un gâteau en diminution. Elle n’a pas réduit sa dépendance, elle l’a consolidée.

La France a joué un rôle central dans ce dispositif. En septembre, elle a réceptionné près des trois quarts des livraisons européennes. L’Espagne et le terminal belge de Zeebrugge n’ont, eux, enregistré aucune cargaison ce mois-là. Mais reprenons : pourquoi cette concentration ? Parce que les ports européens offrent un débouché proche, permettant aux méthaniers spécialisés de classe Arc7, seuls capables de naviguer dans les eaux arctiques, de faire des rotations rapides. Fermer cette route compliquerait sérieusement la logistique russe.

Washington peut désormais sanctionner à tout moment

Le calendrier politique ajoute une couche d’incertitude. Le 18 septembre 2026, l’administration Trump a promulgué le Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act. Ce texte donne à Washington le pouvoir de sanctionner les dirigeants de Yamal, les navires étrangers transportant du GNL russe, ainsi que les ports et opérateurs portuaires qui accueillent ces navires. La première révision prévue par la loi doit intervenir au plus tard le 18 octobre. À partir de cette date, l’Union européenne dépendra donc du bon vouloir de Donald Trump pour continuer à recevoir du gaz arctique russe.

Le projet Arctic LNG 2 est déjà sous sanctions américaines. Résultat : seule la Chine achète encore ses cargaisons. Yamal, lui, continue de fonctionner grâce à sa flotte de méthaniers Arc7 et à l’accès aux infrastructures européennes. Si Washington décide d’appliquer pleinement la loi Graham, les conséquences pourraient être immédiates. Reste que l’application effective dépend de décisions présidentielles et de dérogations possibles. Autrement dit, la géopolitique du gaz se joue désormais à la Maison-Blanche, pas à Bruxelles.

L’embargo de 2027, un cautère sur une jambe de bois ?

L’Union européenne a bien prévu une interdiction totale des importations de GNL russe, mais elle n’entrera en vigueur que le 1er janvier 2027. D’ici là, les contrats long terme existants restent autorisés. L’interdiction des contrats courts, censée produire un effet dès avril 2026, n’a manifestement rien changé. Sebastian Rötters, responsable de campagne sanctions chez Urgewald, le dit sans détour : « L’interdiction des contrats courts a eu un impact limité sur ce commerce. Seule l’interdiction totale d’importation à partir de 2027 commencera à exercer une pression sérieuse sur le secteur gazier russe. »

En attendant, chaque mois de commerce quasi ininterrompu signifie des revenus supplémentaires pour Moscou. Et pendant ce temps, l’Ukraine subit des attaques quotidiennes de missiles et de drones. Le problème, c’est que l’Europe a choisi une stratégie de sanctions graduelles, étalées dans le temps, avec des exemptions multiples.

Fermer les échappatoires ou attendre passivement ?

L’ONG Urgewald appelle l’Union européenne à ne pas attendre passivement l’embargo de 2027. Elle recommande de fermer dès maintenant les failles restantes, en particulier celles qui permettent à la flotte de méthaniers Arc7 de continuer à opérer. Ces navires sont indispensables au fonctionnement de Yamal. Sans eux, le projet perd sa viabilité logistique. Les sanctionner, ainsi que les services portuaires qui les accueillent, reviendrait à couper l’artère principale du commerce gazier arctique russe.

Mais l’Europe semble prisonnière de ses propres contradictions. D’un côté, elle affiche une volonté de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. De l’autre, elle continue d’absorber une part croissante de la production de Yamal, tout en repoussant les mesures vraiment contraignantes à 2027. Entre-temps, elle dépend de plus en plus de décisions américaines qu’elle ne contrôle pas. Le réalisme énergétique, dans ce contexte, ressemble surtout à un mélange d’improvisation et d’attentisme.

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